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Tri des déchets :Pour une meilleure gestion des ressources

4 juin 2006, 00:00

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Cédric, 13 ans, connaît bien ce trajet. Comme chaque samedi, ses parents et lui se rendent au complexe commercial Jumbo, situé à Riche-Terre, pour faire les courses. Mais c’est une toute autre raison qui pousse le jeune garçon à accompagner ses parents. Il retire de la voiture familiale des sacs en plastique de grande taille, remplis de bouteilles de boissons gazeuses vides. « C’est pour les mettre dans la poubelle spéciale », lâche-t-il, tout fier.

Cédric, expliquent ses parents, s’est investi depuis deux mois maintenant dans le ramassage des bouteilles à la maison et chez les voisins. « Il est à fond dedans depuis qu’il y a eu la projection d’un documentaire sur les dégâts causés par le plastique à l’environnement », explique son père, qui dit en être fier. Depuis, poursuit-il, Cédric collecte des bouteilles en plastique qu’il place, chaque semaine, dans les poubelles spécialisées, installées dans le complexe commercial par l’entreprise Polypet Recyclers Ltd. Une bonne action, hélas, encore trop peu répandue à Maurice…

La journée internationale de l’Environnement, qui sera célébrée demain, et qui a pour thème « Déserts et désertification : ne désertez pas les terres ari-des ! », vient une fois encore nous rappeler la nécessité de remettre en cause notre mode de vie. Tous les acteurs engagés dans la protection de l’environnement sont unanimes : il est aujourd’hui essentiel d’intégrer une dimension environnementale à notre gestion quotidienne. Les multiples organisations non gouvernementales (ONG), engagées dans la protection de l’environnement, même si elles ne veulent pas être alarmistes, soutiennent toutefois qu’une « prise de conscience environnemen-tale » est plus que nécessaire. Et de déplorer l’absence d’initiatives « ambitieuses et sérieuses » pour assurer une meilleure protection des ressources naturelles.

Les Mauriciens, laisse entendre un officier du ministère de l’Environnement, restent aujourd’hui encore très peu sensibles aux préoccupations environnementales et ce, malgré les innombrables campagnes de sensibilisation menées au cours de ces dernières années. Un constat partagé par ceux engagés dans la protection de l’environnement. « Il y a certes des campagnes de sensibilisation menées par l’État, mais cela ne suffit plus. Il faut une réelle prise de conscience au niveau individuel », déclare Alvin Brigemohun, président de l’organisation écologique Nature Watch. Une opinion que partage Jean-Claude Sevathian, botaniste pour le compte de la Mauritian Wild Life Foundation. La protection ainsi que la préservation de l’environnement, font ressortir les écologistes, est l’affaire de tous et non seulement de l’État.

« Si tout le monde fait un geste, l’environnement ne s’en portera que mieux », laissent entendre les militants écologistes. Un de ces « gestes », soutiennent-ils, pourrait être le tri des déchets. Bien que les autorités reconnaissent l’importance d’un tel procédé, aucune initiative de ce genre n’a, pour l’instant, été introduite sur le plan local. Une telle mesure, qui a, depuis longtemps déjà, fait ses preuves dans les pays industrialisés, permettrait de réduire de manière importante quelque 380 000 tonnes de déchets enfouis chaque année.

Même si quelques timides projets de collecte et de recyclage ont été mis sur pied, leur impacte reste limité. « Le problème, c’est que ces projets découlent surtout de la volonté et de la détermination de quelques entreprises privées alors qu’ils devraient faire l’objet d’une stratégie nationale », souligne un membre d’une ONG, qui se dit révolté par cet état des choses. La détérioration de l’environnement au cours de ces dernières années n’est pas sans remettre en cause un système économique qui pousse à une surconsommation des ressources énergétiques au détriment d’un écosystème équilibré.

Du côté du ministère des Administrations régionales, l’on fait ressortir que l’achat de poubelles supplémentaires pour permettre aux citoyens de trier leurs déchets coûterait énormément à l’État. « Si l’on compte une poubelle supplémentaire pour les 275 000 maisons que compte l’île, cela coûterait environ Rs 75 millions, sans parler des collectes séparées », explique un fonctionnaire proche du dossier.

Un argument que beaucoup considèrent « ridicule » face aux avantages que constitue le tri des déchets en termes de protection de l’environnement et des ressources naturelles. « Ces chiffres ne veulent rien dire. Il faudrait peut-être qu’une étude sérieuse soit faite sur ce projet », explique le président de Nature Watch. Et de rappeler que les éboueurs, qui fait-il ressortir, sont aussi des travailleurs environnementaux, ne bénéficient pas d’équipement adéquat pour le ramassage des ordures.

<B>La léthargie de l’État et absence de conscience</B>

Outre de réduire la quantité de déchets produite chaque année, le tri des déchets éviterait également que des produits dangereux, comme des piles ou certains plastiques, qui dégagent des gaz toxiques lorsqu’on les brûle, ne se retrouvent dans la nature. « Ces produits, qui se transforment en poison quand ils entrent en contact avec de l’eau, souillent les nappes phréatiques », explique un membre d’une organisation écologique, qui confie être impuissant face à la léthargie de l’État sur les questions environnementales.

Jean-Claude Sevathian se dit, quant à lui, convaincu que l’absence de conscience écologique parmi la population mauricienne s’explique par l’incapacité des autorités à mettre sur pied des campagnes de sensibilisation efficaces et percutantes. « Nous menons des campagnes de sensibilisation essentiellement dans les écoles car les élèves sont beaucoup plus réceptifs à nos messages, contrairement à leurs aînés », explique ce dernier.

En attendant une réelle volonté politique pour ce qui est de la protection et de la préservation de l’environnement, le petit Éric et ses camarades de classe continueront à collecter leurs bouteilles à petite échelle. Il faut croire que l’exemple ne vient pas toujours d’en haut…

<B>Quelques chiffres</B>

380 000 tonnes. Il s’agit de la quantité de déchets produite par les Mauriciens tous les ans.

Ce chiffre augmente en moyenne de 2 % annuellement. 70 % de ces déchets sont composés de matière organique.

100 tonnes. C’est là la quantité de matière plastique collectée quotidiennement

410 millions. Tel est le nombre de sacs plastique et autres bouteilles qui se retrouvent dans la nature chaque année, faute d’être recyclés.

Rs 500 000. C’est la somme dépensée chaque année par l’État pour collecter, transporter et enfouir les déchets.

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