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?Traqué? la folie d?un tueur

7 août 2003, 20:00

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??Dieu dit à Abraham : ?Tu prendras un de tes fils et tu le tueras pour moi?. Et Abraham répondit : ?Tu me fais marcher, mec !!???

C?est ce qu?on entend en voix ?off? au tout début du film, avant même que le générique ne soit lancé. Et, comme cela rappelle Jules (Samuel Jackson), le tueur à gages de Pulp Fiction récitant un verset de la bible avant d?expédier sa victime ad patres, on se dit que c?est de bon augure. Ceci d?autant plus que la voix ?off? parle d?une obligation de tuer sous peine d?avoir à affronter le courroux du Tout-puissant et, alors que commence le générique, il est question qu?Abraham aille ?buter le petit? sur la Route 68, quelque part dans l?Arizona, je crois.

Donc, ce petit texte lu au début est bien imaginé, mais on se demande bien quel rapport il a avec le film qui suit. Sinon, par ses allusions bibliques, de nous rappeler que son réalisateur est bien William Friedkin, celui de L?Exorciste (1971), phénoménal succès des années 70, le film d?horreur qui amena le genre à maturité. L?année précédente, Friedkin avait tourné le premier French Connection qui fit date dans l?histoire du film policier avec sa célèbre poursuite dans le métro de New York. Quelques années après, ce fut Cruising (La Chasse, 1980), où l?on voyait Al Pacino infiltrer les milieux homosexuels sado-maso; ??fascinant et malsain?, disait la critique.

Ce n?est pas que Friedkin n?a pas fait de films durant les années qui s?écoulèrent entre L?Exorciste et Cruising, c?est juste qu?il a fait des films plutôt insignifiants. Il semble être de ces réalisateurs travaillant surtout sur des films de commande, ne parvenant à être réellement inspiré que quand il tient un bon scénario. Les films qu?il sort durant les années 80 sont, eux aussi, tout à fait anodins et les années 90 seront une décennie durant laquelle il ne tournera que pour la télévision. Après ce qui ressemble un peu à un très long congé, Friedkin sortait L?Enfer du Devoir (Rules of Engagement), il y a trois ans ; à la fois un film d?action militaire et un ?court-house drama? (genre Des Hommes d?Honneur ) qui causa la déception chez ses fans et la consternation chez les autres.

Il y a aussi un bout d?action militaire dans Traqué. En introduction, le film montre les forces spéciales US en action au Kosovo. L?un des deux protagonistes, alors un commando d?élite, tue un officier serbe dont les troupes se livrent à des atrocités (il est évident que les forces spéciales US n?ont jamais tué que des méchants). Tout cela n?est pas crédible pour un sou, mais le film commençant à peine, on peut comprendre que le spectateur décide de fermer les yeux. Après tout, le début dans ce genre de film sert surtout à nous présenter soit le sujet, soit les personnage principaux, ou encore les deux. Là, il est évident qu?on veut nous faire comprendre que le sergent-chef Aaron Hallam (Benicio Del Toro), celui qui sera le méchant psychopathe de cette histoire, est surtout un pauvre type qui a combattu pour les idéaux de son pays. Donc, on veut bien se laisser faire puisque c?est censé mieux nous faire apprécier la suite. Et puis, pour nous présenter le bon qui ira à la poursuite du psychopathe, L T. Bonham (Tommy Lee Jones, toujours dans ce genre de rôle), on nous montre de magnifiques vues plongeantes de l?Oregon sous la neige.

L T. Bonham est un militant du WWF, et c?est quelqu?un de bien. On le sait parce qu?on le voit sauver et soigner un loup blanc pris dans un piège, et puis aller donner une raclée au chasseur qui a posé ce piège. C?est un dur et c?est lui qui a formé Hallam dans l?art de tuer ; seulement, lui n?était qu?instructeur, il n?a jamais tué personne. Non seulement il a appris à ses élèves à tuer au couteau de manière rapide, propre et efficace, mais il leur a aussi appris à survivre. Poursuivi par deux chasseurs armés d?impressionnants fusils à lunettes, Hallam le psychopathe les tue au couteau après avoir joué avec leurs nerfs et les avoir dûment sermonnés sur la nécessité éthique de laisser sa dignité à la personne que l?on tue.

Morceaux de bravoure

Traqué par Bonham, Hallam est arrêté, mais nous apprenons qu?on veut tout simplement le liquider, mais il parvient à s?échapper.

Disons que jusque-là, il n?y avait pas grand-chose qu?on pouvait véritablement reprocher à ce film, en dehors de certaines simplifications à outrance. La séquence du début au Kosovo n?a pas fait l?unanimité, et il est évident que le personnage de Bonham aurait pu nous avoir été mieux présenté. Mais d?un autre côté, celle du massacre des chasseurs dans la forêt en revanche, vient nous en dire beaucoup plus sur la folie du tueur. Il faut dire aussi que Friedkin n?a jamais fait dans le cérébral, et il s?agit après tout d?un film d?action. Et, jusque-là, non seulement le film tient la route, mais on a en plus un assez bon sujet : l?ancien instructeur vieillissant, au visage orné d?une barbe vénérable, contre son ancien élève; c?est-à-dire, une confrontation père-fils. En plus, le premier est expert dans la manière de tuer mais n?a jamais tué personne, alors que le deuxième tuait en toute légalité par profession et a fini par devenir accro. Il faudra donc que le premier tue pour de vrai pour la première fois de sa vie. Il y a aussi toute la question de l?assassinat pour le compte d?une nation, tant par la présence des personnages principaux que dans celle des agents des services secrets. Autant de ressorts dramatiques qui auraient pu faire le film avancer dans une direction ou une autre.

Mais, encore une fois, Friedkin n?a jamais été un auteur de films portant à réflexion. Il a surtout montré, même si cela remonte à très loin dans le passé, qu?il savait tourner des scènes d?action et instaurer des ambiances. Et, on a beau dire, c?est bien ce qu?il fait dans Traqué, même après l?évasion du tueur, c?est à dire lorsque les choses se gâtent pour le film. Cela aurait pu donner un bon film d?action comme le premier Rambo. Il y a des vrais morceaux de bravoure comme le saut spectaculaire du pont, la fabrication artisanale des couteaux (en acier pour le fugitif, et en silex pour son poursuivant) et le combat final avec ces couteaux. Seulement, il y a si peu de surprises dans ce film, en dehors de ces moments, et tellement de situations qui n?étant pas développées, deviennent superflues (pourquoi le film s?attarde t-il chez l?ancienne compagne du tueur, une fois la traque relancée ? Connie Nielsen en officier du FBI sert à quoi, dans ce film ?) et même des moments où on flirte avec le ridicule (un ancien commando d?élite qui, se sachant traqué et voulant se fondre dans une foule, traverse une rue en courant). Ce qui fait que le spectateur finit par perdre intérêt. Il semble bien qu?encore une fois, Friedkin ait été trahi par le scénario. Il ne serait peut-être pas hors contexte de conclure avec ces quelques phrases extraites de De l?assassinat considéré comme un des beaux-arts de Thomas de Quincey :

??Ce fut sans nul doute un bien triste événement ; mais quant à nous nous n?y pouvons rien. Dès lors, tirons le meilleur parti d?une mauvaise affaire; et, comme il est impossible, fût-ce en la battant sur une enclume, d?en rien tirer qui puisse servir à une fin morale, traitons-la esthétiquement et voyons si de la sorte, elle devient profitable. Telle est la logique de l?homme sensé??

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