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Transcender le clanisme
La saison de chasse n?est pas fermée. Plus de cent jours après l?arrivée aux affaires d?une nouvelle majorité, les têtes continuent de tomber. Le cas de la dernière victime, Peter Craig, conseiller commercial à notre ambassade à Washington, est aberrant parce que celui-ci a déjà servi sous un précédent gouvernement Ramgoolam. Le Parti travailliste serait-il plus déterminé cette fois à fonctionner sur la base d?affinités ?
Le limogeage de Peter Craig n?a manifestement rien à voir avec son aptitude professionnelle et technique. Il a travaillé sous trois Premiers ministres différents et sa performance a été constamment appréciée. Tout indique que sa brutale révocation est liée à de petites considérations partisanes et clientélistes.
En l?absence d?explications officielles, on ne peut que spéculer sur les motivations des personnages qui ont man?uvré pour pousser le gouvernement à se débarrasser de ce fin diplomate qui a aidé à promouvoir nos intérêts aux Etats-Unis pendant plus d?une décennie. On peut également supposer que ces embusqués ont été écoutés par des dirigeants qu?ils tiennent en otages.
Avec la sortie de Peter Craig, c?est la diplomatie économique qui prend un coup. Son successeur mettra longtemps avant d?être opérationnel. Il n?est pas facile d?acquérir les connaissances et d?accumuler un carnet d?adresses comme le sien pour évoluer avec efficacité dans les milieux d?affaires américains.
Durant sa longue carrière, le conseiller a pu commettre des erreurs de jugement. Ainsi, rétrospectivement, on peut blâmer sa stratégie concernant la dérogation à la clause de l?Agoa sur les tissus provenant d?un pays tiers. Mais cela ne saurait justifier une révocation. Qui veut noyer son chien l?accuse de la rage?
Le motif officiel de révocation est souvent un prétexte. Celui qui a été invoqué dans le cas de Soorya Gayan, par exemple, n?est pas fondé. Personne ne peut croire qu?elle a fait campagne pour son mari . Il est plus réaliste de penser qu?elle a été évincée parce que son poste est convoité par un membre du sérail travailliste qui attend une récompense.
Il y a, en outre, des méchancetés inutiles qui sont faites à l?encontre de ceux qui sont limogés. L?ancienne directrice générale du MGI a écrit au ministère de l?Education pour lui demander de calculer ses indemnités de départ. Les autorités n?ont même pas daigné lui envoyer un accusé de réception jusqu?ici. Cela met en évidence le caractère revanchard de certains licenciements.
Sur le fond, personne ne conteste le principe de nommer de nouveaux titulaires aux plus hauts postes de la fonction publique après une alternance. Pour donner corps à la vision du nouveau gouvernement, il est normal que des hommes d?une loyauté indéfectible soit nommés à des postes sensibles. Ces changements doivent cependant obéir à des règles claires et cohérentes. Ils ne peuvent viser qu?à satisfaire les besoins de la cour des princes qui gouvernent.
La vague de licenciements qui est intervenue depuis juillet peut amener beaucoup de citoyens à craindre pour le respect de la méritocratie. Bien évidemment, le favoritisme n?est pas un phénomène nouveau. La chasse aux sorcières a toujours existé. Mais avec l?avènement de la globalisation, les compétences locales ont de nouvelles opportunités à l?étranger. Le problème d?un exode de cerveaux se pose donc avec plus d?acuité. Il n?est plus possible qu?avec l?arrivée d?un nouveau gouvernement, la moitié du pays se sente lésée par rapport à l?emploi.
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