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Tout sauf Mittal ?

2 juin 2006, 00:00

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Le moins que l’on puisse dire, c’est que l’offensive de Mittal Steel sur Arcelor, lancée le 27 janvier, n’a pas rencontré ces derniers mois une franche sympathie en Europe, en tout cas en France et au Luxembourg, sinon en Grande-Bretagne. Face à des opinions que les avancées de la mondialisation inquiètent, les dirigeants politiques des deux pays, de droite comme de gauche, ont multiplié les critiques – de bonne et de mauvaise foi – pour essayer d’empêcher que le géant européen de l’acier, issu de la fusion en 2002 du français Usinor, du luxembourgeois Arbed et de l’espagnol Aceralia,ne tombe sous le contrôle de l’entreprenant patron indienLakshmi Mittal.

Maintenant que l’on connaît la riposte de Guy Dollé, le patron d’Arcelor, il faut pourtant faire fi de ces inquiétudes initiales. Ou du moins les reconsidérer à l’aune d’une nouvelle interrogation : le nouvel allié dont s’est flanqué le groupe européen n’est-il pas plus inquiétant que son assaillant ? Observons en effet le dispositif de la contre-attaque. Pour ne pas passer sous la coupe de Mittal, Arcelor a décidé de fusionner avec le russe Severstal. Sur le papier, certes, des garanties sont apportées pour que le groupe préserve son enracinement européen : M. Dollé resterait le PDG du nouvel ensemble ; quant au patron du conglomérat russe, Alexeï Mordachov, il a donné des garanties de loyauté, s’engageant en particulier à soutenir les résolutions soumises par le conseil d’administration.

Il reste pourtant – et c’est cela l’essentiel – que le jeune oligarque russe, avec 32 % du capital, va devenir le principal actionnaire du numéro un mondial de l’acier. Pendant un temps, il ne jouera que les seconds rôles, avec le titre de président non exécutif ; mais, pour le long terme, les clés de la maison, c’est lui qui les détient. Et il y a, là, un paradoxe troublant. Voici quelques mois, l’Europe s’est préoccupée de la toute-puissance de Gazprom et de la menace qu’elle risquait de faire peser sur ses approvisionnements énergétiques ; mais de l’entrée en force d’un autre groupe russe dans le capital du géant européen, nul ne semble pour l’heure se soucier. En termes de transparence, en termes d’indépendance vis-à-vis du Kremlin, le nouvel allié de Guy Dollé - qui, selon la presse moscovite, est allé soumettre préalablement l’opération à Vladimir Poutine - présente-t-il des garanties suffisantes pour être un partenaire fiable ?

En tout cas, il est difficile de ne pas en faire le constat : après avoir longtemps hésité à se doter d’une réglementation sur les OPA plus restrictive qu’aux Etats-Unis, l’Europe a pris le risque de laisser certains de ses champions industriels sans défense. Ou sans stratégie cohérente. C’est la faiblesse de la riposte d’Arcelor, visiblement inspirée par cette seule ligne de conduite : tout sauf Mittal !

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