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Tous à vos préservatifs !
«Mett lee », « préservator », « Al capote », « agent zéro zéro sex? », est-ce du charabia ? Non, c?est tout simplement le vocabulaire que Pils a choisi, pour dédramatiser l?usage du préservatif, et faire en sorte que les jeunes puissent s?en procurer. Puisque le cinéma est un concentré de vie, qu?on s?identifie aux héros, à leur vie, puisqu?on rêve à leurs exploits, leurs amours, de leurs combats, Pils et Circus ont choisi de communiquer en détournant des genres cinématographiques.
Bruce Lee devient donc « Mett Li », Gladiator se transforme en « préservator », Out of Africa donne « out of tracas ». Et comme autre alternative au préservatif, la fidélité est proposée, à l?image du film Dil Chanta Hai. La touche humoristique veut donc mieux attirer l?attention.
Au final, du jamais vu, du jamais entendu : 120 panneaux 4x3, 150 affiches placardées sur les abribus, 100 poubelles, 177 passages à la radio. Tout ce branle-bas de combat est sponsorisé par la Barclays pour encourager l?utilisation du préservatif comme outil de prévention contre le VIH. Au fond, cette campagne cherche à rendre le préservatif plus branché auprès des 15/25 ans, car qu?on le veuille ou non, ces derniers ont des relations sexuelles de plus en plus tôt, et qu?il faut les sensibiliser aux dangers d?une sexualité non protégée.
<B>Il y en a pour tous les goûts</B>
Surtout pas de discours défaitiste, pas de dramatisation, et encore moins de stigmatisation. C?est la devise de Pils. Le ton de la campagne en est la preuve. « Le sida est une réalité, mais pas une fatalité. On peut aujourd?hui se protéger du VIH et éviter de le transmettre en adoptant une attitude responsable », affirment les responsables de Pils. « Le sida est une réalité, sois responsable », tel est le message récurrent pendant cette campagne. En gros, vous avez le choix entre la fidélité, l?abstinence, le dépistage et le préservatif.
Préservatif. Parlons-en justement de ce Doctor Condom, ce morceau de latex souvent relégué sur les étals des parapharmacies dans les grandes surfaces, ou dans une vitrine à côté d?une caisse, mais à peine visible puisqu?on a disposé des sachets tout autour. Aujourd?hui il y en a pour tous les goûts, les gourmands se jettent sur les aromatisés : chocolat, fraise, citron? Ceux qui aiment les sensations préfèrent les préservatifs à rainures.
Aujourd?hui, c?est quand même beaucoup plus simple d?en acheter. Une boîte de trois ou de douze dans votre caddie ou une pièce dans le distributeur automatique, et vous partez ni vu, ni connu, du moins presque. « Ca ne me gène pas d?en acheter, mais quand je passe à la caisse, j?ai envie que ça aille vite parce qu?on sent le regard inquisiteur des gens qui attendent derrière vous, et qui regardent ce que vous avez acheté », confie Jocelyn, marié et père de famille.
C?est vrai que si acheter des préservatifs ne choque plus, ça ne laisse pas non plus complètement indifférent. Tenez, essayez cette expérience. Restez un peu longtemps devant l?étal des préservatifs et prenez votre temps pour lire les notices (si vous êtes une femme, c?est encore mieux). Résultat garanti : ou on vous regarde de haut et on vous dépasse comme pour vous fuir, ou on vous scrute avec un petit sourire amusé. Rien de bien méchant, mais c?est là un phénomène qui pourrait faire l?objet d?une thèse de sociologie.
Ceux qui s?approvisionnent en pharmacie ? et ils sont nombreux ? sont les plus téméraires. Luc Barreau, pharmacien Flic-en-Flac, affirme qu?il n?y a plus de barrières. « Les gens de toutes les tranches de la société en achètent maintenant sans être gênés, sans sourciller. Ils en rigolent même. Il n?y a plus les mêmes tabous qu?il y a dix ans. »
Dans une autre officine à Goodlands, la vendeuse remarque que quand il s?agit de préservatifs, on s?adresse surtout aux vendeurs masculins. À la pharmacie Saint-Jean, on note que les gens renouvellent leur stock sans gêne, mais sans jamais non plus poser de questions ou demander des conseils sur le produit. La politique à Sainte-Croix s?avère plus compliquée. Rien que de demander s?ils ont des préservatifs et une femme vous répond « un instant » avant d?appeler un homme qui, à son tour, vous répond « un moment » avant de revenir vers vous pour vous demander de rappeler à 17 h 30.
Le préservatif fait parfois l?objet de réticences et de préjugés difficiles à combattre. Pourtant, n?en déplaise aux esprits conformistes, il est « une méthode efficace de prévention des maladies sexuellement transmissibles, mais aussi un moyen de contraception », affirme Sangeet Joosery, directeur du Mauritius Family Planning. Cibler les jeunes est tout à fait à propos puisque les relations sexuelles sont précoces et que les chiffres ont montré « que 70 % des gens sont sexuellement actifs avant le mariage, et leur âge moyen tourne autour de 25 ans », poursuit Sangeet Joosery.
Du côté du Bureau de l?éducation catholique, on préfère mettre en avant l?aspect humain plutôt que l?objet. « Si quelqu?un veut vivre sa sexualité comme quelque chose qu?on fait comme ça, pour satisfaire un besoin, il est obligé d?utiliser le préservatif pour se protéger. Mais si on met trop l?accent sur l?objet, les choses techniques, c?est comme si on réduisait la sexualité à quelque chose de purement physique », explique le père De St-Pern, directeur du BEC, qui ajoute : « On ne règle pas un problème humain par une chose technique. » Sa philosophie est en fait d?amener les jeunes à réfléchir à la finalité de la sexualité, à l?amour, à son corps avant toute chose.
<B>Le « Doctor Condom »est chose courante</B>
Least but not last, que disent les jeunes eux-mêmes sur l?usage du préservatif ? En posant des questions ça et là, il semblerait que pour ceux de la génération sida, le Doctor Condom est chose courante. Ils ont tellement été bercés par les campagnes de prévention, que l?utilité de mettre un préservatif ne fait plus aucun doute pour eux. Les appréhensions subsistent néanmoins pour ceux qui ne l?ont pas essayé.
« Une première relation sexuelle, on ne sait pas comment ça va se passer, et devoir enfiler un préservatif, c?est stressant, mais il faut le faire », déclare un étudiant en première année à l?université.
Si vous avez encore des doutes sur l?importance d?une sexualité responsable, ces chiffres vont peut-être vous faire réfléchir : 50 nouveaux cas en 2000, 55 nouveaux cas en 2001, 98 en 2002, 225 en 2003 et jusqu?au mois d?août 2004, 273. À bon entendeur, salut.
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