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Tilda Swinton, un ton qui swing
Tilda Swinton ? Deux réactions. Ceux qui ne voient pas du tout. Et puis, ceux qui l?ont vu en ?sorcière blanche? dans Le Monde de Narnia. Pourtant, patronne du Prix du Roman d?amour Prince Maurice (décerné à Louise Dean samedi soir), Tilda Swinton est une actrice fascinante. Trop même.
Et nous voulons bien la croire quand elle dit qu?elle ne lit pas des romans contemporains mais surtout des essais et des biographies. Elle l?a d?ailleurs reconnu lors de la soirée de gala : ?Je n?ai jamais écrit, ni même critiqué un livre.?
Un visage très lisse, des yeux bleus qui fixent le sol en répondant des choses intelligentes, avant de vous regarder fixement sans rien livrer de ce qui se passe derrière le rideau des cils. Un visage où les traits ont oublié d?être marqués, ce qui lui permet de jouer des rôles androgynes, souvent homme-femme dans un même film.
Tilda Swinton, c?est l?actrice qui a embrassé Leonardo DiCaprio dans La Plage. Quand on lui demande avec un brin d?insolence teintée d?appréhension comment c?était : grand éclat de rire. ?Ne serait-ce que par courtoisie, je dois dire, oui, c?était bien.? Impossible de lui faire dire autre chose que ?nous avons fait plus que nous embrasser dans cette scène-là?.
Transition rêvée pour la faire réagir sur son passage des films indépendants aux films à gros budget. Avec Narnia et La plage, elle était au générique de Vanilla Sky avec Tom Cruise. Des ouvertures après un réel ?activisme cinématographique? aux côtés de Derek Jarman, réalisateur britannique indépendant connu pour ses films personnels mettant en scène l?homosexualité, le sida, en somme sa propre expérience.
Transition pour découvrir une actrice engagée. Pour qui signer avec l?un des grands studios américains c?est comme une équipe qui jouerait à l?extérieur. Tilda Swinton carbure au contact humain (quand elle se présente, elle utilise seulement son prénom et répète le vôtre en vous serrant la main). Ce n?est pas le budget du film qui compte, mais la conversation avec le réalisateur. Il faut juste ?a good start? comme c?est écrit sur son t-shirt rouge.
Son ?good start?, c?est aussi le Festival de Cannes. Si elle fait un peu sainte-nitouche quand elle demande d?un air détaché qui a gagné cette année, les marches, ça la connaît. Tilda Swinton était membre du jury en 2004. Cette année-là, elle avait pour président Quentin Tarantino (c?est Fahrenheit 9/11 de Michael Moore qui avait gagné) et comme voisine de table Emmanuelle Béart et Kathleen Turner entre autres. Avec tout cela, l?écossaise Tilda Swinton parle de Cannes comme d?un ?aéroport où chacun aurait une carte d?embarquement différente et tout le monde se retrouverait à la boutique hors taxes?.
Un point de vente où elle a bien vendu Broken Flowers de Jim Jarmusch l?an dernier, ?uvre qui a remporté la Palme d?or l?an dernier. Pour avoir foulé le tapis rouge, elle peut donc se permettre de dire : ?J?ai préféré Cannes à l?époque où j?étais totalement inconnue. J?y suis allée pour trouver des fonds pour le film Orlando. C?est un monde fascinant, vous apprenez tellement de choses sur le cinéma là-bas.?
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