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Thérapie de choc
<B>Eric NG PING CHEUN</B>
Disons-le tout de suite : l?enquête du présent baromètre a été effectuée juste avant l?annonce de la hausse du taux Lombard par la Banque de Maurice (BoM) le 7 décembre. Un suivi par téléphone auprès des répondants après la décision de la Banque centrale nous permet d?avancer, sans prendre le risque de nous tromper, que les résultats de l?enquête n?auraient pas été différents si celle-ci avait été conduite a posteriori.
La grande majorité des analystes interrogés (des économistes, des cambistes, des agents de change, des gestionnaires de portefeuille et des directeurs financiers) avaient bien anticipé un nouveau resserrement du taux d?intérêt. Mais seulement, le quantum (100 points de base) les a, pour dire le moins, choqués.
Ainsi donc, une semaine après le ?Pas de dévaluation de la roupie? on ne peut plus clair du Premier ministre, la BoM a décidé de hausser... le ton. En effet, c?est la première fois, depuis qu?il a introduit le taux Lombard en décembre 1998, que Ramesh Basant Roi, gouverneur de la Banque de Maurice, a relevé le taux d?intérêt par plus de 50 points de base. S?il a voulu délibérément choquer les esprits, il aura réussi admirablement. Et c?est sans doute parce que la roupie a été malmenée qu?elle nécessite une thérapie de choc.
La question demeure toutefois de savoir si un tel traitement est susceptible, à lui seul, de guérir une ?économie malade?, suivant le mot du ministre des Finances, Rama Sithanen. Pour reprendre la métaphore utilisée par Ramesh Basant Roi lors du dernier dîner annuel de la BoM, si une personne souffrant d?une blessure à la tête, d?une fracture au pied, d?un déplacement d?épaule et d?un calcul biliaire devait subir quatre opérations médicales à la fois, aussi parfaites soient-elles, elle mourrait de choc. De même, on ne saurait traiter simultanément les problèmes de croissance, de chômage, d?inflation et de déficit budgétaire d?une économie. Il faut les résoudre un à un, sans toutefois les isoler, dans une approche intégrée.
Les économistes savent qu?il est quasiment impossible de réunir les quatre éléments du carré magique d?une économie forte, à savoir une croissance soutenue, le plein emploi, la stabilité des prix et un surplus budgétaire. Ce n?est pas qu?il existe une sorte de ?trade-off? entre eux, mais les lois de l?économie fonctionnent sur des équilibres. Et pour qu?un équilibre existe, il faut bien une offre et une demande, en somme un marché.
Peut-on vraiment parler d?un ?marché de devises? lorsque l?offre est quasi inexistante face à la courbe de demande ? Si manque de devises il y a, c?est parce que tout le monde prend une ?one-sided position? contre la roupie. Dès lors, il est urgent d?amener les gens à vendre leurs devises, de créer une courbe d?offre de devises.
C?est le message qu?envoie la BoM en relevant le taux Lombard drastiquement. Eu égard au quantum de la hausse du taux, la BoM a pris une ?policy decision?. Elle indique clairement qu?elle compte combattre l?inflation avant toute chose. L?inflation en rythme annuel est pourtant en baisse ces quatre derniers mois : 5,6 % en août, 5,5 % en septembre, 5,3 % en octobre et 5,1 % en novembre. Mais désormais, précise la BoM dans son communiqué, ?the underlying inflationary pressures need to be addressed?. Si le contrôle des prix sert de soupape de sûreté pour l?instant, les pressions inflationnistes sous-jacentes finiront bien par faire sauter la chaudière.
Au dîner annuel de la BoM, Ramesh Basant Roi s?est montré ?hawkish? en révélant que ?on the monetary policy side, stringent demand management policy is the order of the day?. A peine trois jours après, il actionna le levier du taux d?intérêt. C?est tellement rapide qu?il est difficile de croire que c?est une mesure isolée.
En tout cas, la BoM a pris soin de s?assurer que l?augmentation de 100 points de base du taux Lombard se reflétait dans les taux de rendement des bons du Trésor. A la séance du vendredi 9 décembre, elle mit aux enchères une offre astronomique de Rs 4,6 milliards pour encourager les acteurs du marché à coter le plus haut possible. De fait, le ?Bank Rate? est monté à 7,46 %, contre 6,24 % une semaine plus tôt.
Les analystes n?écartent pas un deuxième choc du taux Lombard si la situation des devises ne s?améliore pas. Or la hausse du taux d?intérêt peut seulement atténuer la gravité du problème, mais pas l?éliminer. D?une part, la BoM ne pourra pas se dispenser de vendre des dollars sur le marché interbancaire. D?autre part, le gouvernement doit venir rapidement avec une série de profondes réformes économiques. Un analyste pense que ?the prognosis that Mauritius will be relieved from its current crisis of confidence rests on a sharp and honest diagnosis of our failings, a clear action-oriented vision of our future strategy, and a strengthening of our ailing rule of law?.
C?est pour réprimander les détenteurs de devises que les autorités monétaires poussent le taux d?intérêt à la hausse. Mais si les acteurs n?ont pas confiance en la roupie, c?est qu?ils n?ont pas confiance en l?économie mauricienne. L?état de l?économie réelle doit refléter la qualité de la monnaie du pays. Une économie affaiblie conduit naturellement à une dépréciation de sa monnaie. Ce qui n?est pas naturel, mais forcé, c?est la dévaluation. Pour éviter d?en arriver là, le meilleur moyen de protéger la roupie est de revigorer l?économie mauricienne.
(www.pluriconseil.com)
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