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Thivynaidoo Naiken vous invite à un double voyage
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Thivynaidoo Naiken vous invite à un double voyage
Si inviter quelqu?un à une exposition est le convier à un partage qui est voyage, l?exposition que propose ces jours-ci Thivynaidoo Naiken, sous l?intitulé Carnet de Voyage, l?est doublement. Un voyage, qui comprend toujours une part de l?imaginaire, recèle des surprises de toutes sortes.
Et, ici, face aux ?uvres réelles ? des acryliques sur toile de très grands formats, des dessins à la plume sur papier, des gravures sur cuivre, et une installation ?, le voyage est surtout imaginaire, sauf pour un petit déplacement à la verticale. Comme pour un voyage en avion ? imaginaire, bien sûr ! ? comme le suggère l?affiche de l?exposition. Celle-ci, déjà, comprend, en guise d?invitation, un simulacre de billet d?avion. On embarque spontanément pour un voyage, sans trop savoir lequel ; peu importe. Il s?agit de jouer le jeu. L?important est l?émotion déclenchée par l?affiche. Et l?on passe à une autre étape.
L?exposition est installée sur deux niveaux : d?abord au rez-de-chaussée de l?Institut de Maurice, dans l?espace connu comme la National Art Gallery; qui donne à voir essentiellement des peintures et dessins. Le reste des ?uvres occupe le vaste espace, ouvert récemment à des expositions, par le Mauritius Museums Council.
Voilà qui ajoute, s?il le fallait, une note de contemporanéité à l?exposition. Cela lui confère aussi un espace de respiration. Qui s?étend aux visiteurs, libres de circuler d?une ?uvre à l?autre, et de prendre le recul nécessaire.
Un autre avantage, gratuit ou non, est celui d?impliquer un déplacement pour voir l?autre partie des ?uvres. C?est encore une manière de voyage, différent certes, mais déplacement quand même, dans l?espace et le temps. Car, le regardeur doit prendre l?escalier pour accéder à la seconde étape de l?exposition.
A la galerie du bas, l?on note une évolution dans le travail du plasticien. Qui stagnait quelque peu, et se limitait jusqu?à récemment dans ses abstractions aux couleurs bleu, vert et jaune. L?orange fait son apparition, conférant une certaine luminosité au tableau, comme des éclaircies réchauffant l?espace pictural.
La profondeur du tableau, impartie selon des notes plus ou moins appuyées, est aussi accentuée, par rapport aux précédentes ?uvres. Mais les touches demeurent, à la manière d?une calligraphie qui instantanément dévoile le style personnel de l?artiste. Les dessins, élagués et de facture forte, ouvrent, fidèles à l?interprétation de la nature selon Naiken, des échappées à l?imaginaire.
Les peintures du premier étage, répondent au monumental contemporain. La réflexion et le vocabulaire sont ici plus poussés.
Pour s?en faire une idée visuelle, le lecteur peut rappeler de sa mémoire les peintures connues du plasticien, et visualiser des coulures, à la verticale et à l?horizontale, qui recouvriraient toute la surface peinte. Celles-ci frontalisent à la fois l??uvre, tout en accentuant la profondeur de l?espace traité avant l?opération coulures.
Se démarque alors l?atmosphère sous-jacente ouvrant sur les profondeurs marines. Toutefois, le regardeur pourrait y voir, subjectivement, selon le climat du psychisme, l?évocation d?une situation carcérale. Thivy Naiken poursuit avec bonheur ses jeux de mots et autres allitérations : Sea Season Search, Green Grass Glass, Blue Blend Bold. Les gravures, sobres et aérées, sont belles.
Mais, ce qui dès l?abord retient le regardeur au sortir de l?escalier, et où il se sent en pays connu, c?est, sans aucun doute, l?installation. Les feuillets d?un billet d?avion et leurs différentes fonctions, telle Boarding Pass, simulés et agrandis à la mesure de l?homme, ramènent d?emblée au thème central de l?exposition : Carnet de voyage.
Ils indiquent un parcours au regardeur : Mauritius ? Réunion ? Johannesburg ? Charles de Gaulle. Les feuillets, retenus par des pinces, sont suffisamment épais et souples, leur permettant une légère inflexion Une installation fort réussie. Qui, à la fois, entraîne le regardeur sur la voie du rêve.
Serait-ce un vrai voyage entrepris par l?artiste ? Des souvenirs qui agrémenteraient son quotidien ? Ou, est-ce un désir de voyage ? Ou encore un besoin intérieur de sortir de l?espace insulaire de l?île-point ? L?espace géographique, en ce cas précis, dramatiquement restreint, le ticket alors se faisant humour, dérision même ? A vous de faire le voyage. Une occasion, quelle que soit votre interprétation, d?embarquer sur le rêve. Bon voyage !
- Du 19 novembre au 10 décembre 2003, à la galerie de l?Institut de Maurice (Musée), rue La Chaussée, Port-Louis.
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