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Textile-habillement : ces entreprises et filières qui survivront
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Textile-habillement : ces entreprises et filières qui survivront
L?industrie du textile-habillement envoie en ce début d?année, des signaux qui peuvent a priori, paraître contradictoires. D?une part, une importante entreprise employant un millier de personnes, Corona Clothing Ltd, a été placée sous administration judiciaire. D?autre part, la Compagnie mauricienne de textile (CMT) continue à afficher une santé financière insolente, en réalisant un bénéfice avant impôt de Rs 1 milliard.
Le ministre des Finances, Rama Sithanen, avait par ailleurs, laissé entendre vers la fin de l?année dernière, que le textile-habillement le préoccupait davantage que le sucre. Au début de février, le gouvernement organisera les états généraux du textile-habillement pour dégager une stratégie de survie. Ce secteur a-t-il encore un avenir ?
Avant de répondre à cette question, faisons un rapide survol de la situation dans ce secteur aujourd?hui. Avec le démantèlement de l?accord multifibre en janvier 2005, la grande majorité des entreprises hongkong-aises ont quitté Maurice à cause de la perte de son principal avantage : les quotas. Ainsi, en 2004 et 2005, l?industrie du textile-habillement a perdu environ 20 000 emplois.
Selon les derniers chiffres du Central Statistics Office, le secteur n?emploirait plus que 49 900 Mau-riciens et quelque 13 300 travailleurs étrangers, un chiffre qui est également en baisse. L?hémorragie va-t-elle se poursuivre ? De l?avis des industriels et des spécialistes, il faut prévoir encore quelques fermetures et des pertes d?emploi mais elles ne seront pas aussi massives que celles de ces dernières années. Le pire semble vraiment être derrière nous cette fois.
Des industriels comme Harold Mayer, chief operating officer (CSO) de Ciel textile, estiment effectivement que les entreprises qui devaient fermer ou partir l?ont déjà fait. Ainsi, il ne reste plus que des entreprises à capitaux mauriciens qui ont survécu à l?abolition des quotas et qui se sont consolidées grâce à un difficile et parfois douloureux effort de restructuration, qui dans certains cas, a impliqué un ?right sizing?.
L?industrie textile-habillement du pays s?est contractée mais en sort plus solide, estime Maurice Vigier de la Tour, qui renoue avec sa première profession.
Aujourd?hui, l?industrie du textile et de la confection se résume à environ une douzaine de grandes entreprises ou de groupes et non à 450 opérateurs, comme le comptabilise le CSO.
Outre cette douzaine de grandes sociétés, le reste est pour la plupart des petites unités qui font de la sous-traitance pour les grandes entreprises car elles n?ont ni le savoir-faire ni les ressources pour s?engager dans le marketing aux États-Unis ou en Europe. La survie de l?industrie dépend donc de la survie de ces grandes entreprises qui représentent environ 75 % des emplois dans ce secteur.
Le t-shirt, le segment le plus important
Mais qui sont donc ces grandes entreprises ? Ciel textile et ses filiales : Floréal Knitwear, Aquarelle, Tropic Knits, Ferney Spinning et Consolidated Fabrics Ltd. Il y a également la CMT, Tee Sun, Star Knitwear, le groupe Palmar, Noblesse, Shibani, Sweat Sun, St-Malo, Textile Industries, Sonia Wear, Prosimex, Socota, New Island Clothing.
Ces entreprises et groupes, plus ou moins verticalement intégrés, sont engagés dans la production de quatre principaux produits : t-shirts, chemises, pulls et pantalons et jeans. On compte plus de 1 500 emplois dans les filatures, environ 6 000 dans les activités de tissage, tricotage et teinturerie tandis que la confection représente le gros de la main-d??uvre, soit autour de 42 000 emplois.
La plupart des grandes entreprises précitées sont rentables mais deux ou trois connaissent des difficultés financières. Le champion toute catégorie est sans conteste la CMT avec ses Rs 1 milliard de bénéfices avant impôt tandis que Ciel textile semble être définitivement sortie du rouge en affichant l?année dernière un bénéfice en hausse pour la deuxième année consécutive.
En fait, il existe une relation étroite entre l?état de santé d?une entreprise et la filière dans laquelle elle est engagée. Deux raisons expliquent cela. La première est le degré d?intégration de la filière et la deuxième, le temps de production d?une unité de vêtement. Aujourd?hui, c?est le t-shirt qui est le plus important segment de l?industrie textile-habillement locale.
La moitié des douze plus importantes entreprises de textile sont engagées dans cette filière qui emploie quelque 25 000 personnes. D?ailleurs, elle est la plus compétitive en raison du très faible délai de production : 4 à 6 minutes par t-shirt. Plus le délai de production est court, plus cela réduit le coût de la main-d??uvre dans le coût final de production.
De plus, cette filière est relativement bien intégrée avec deux filatures ? celle de la CMT et Tiang Li. Les capacités pour le tricotage en maille fine existent aussi. La réussite du t-shirt démontre une analyse répandue chez les industriels : seules les activités verticalement intégrées et les vêtements confectionnés avec du tissu fabriqué localement seront viables. Ce qui revient à dire que plus il y aura des investissements dans le textile ? filature, tissage, tricotage ? mieux on sera armé pour préserver, voire créer, des emplois dans la confection. À ce titre, l?annonce de la construction de trois nouvelles filatures ? une italienne, une pakistanaise et une pour le denim, est de bon augure.
Pour un positionnement plus compétitif
Si le t-shirt marche bien pour les raisons susmentionnées, la filière la plus menacée est le pull-over. Le fait qu?il ne reste plus que deux grandes sociétés dans cette filière ? Floréal et Shibani ? parle de lui-même. La principale raison est que la confection d?un pull nécessite 100 minutes de travail. Le coût de la main-d??uvre pour fabriquer un pull est de Rs 90 à Maurice, Rs 30 à Madagascar et Rs 20 au Bangladesh. Ces chiffres se passent de commentaires.
Le segment de la production de jeans est lui aussi dans une situation tendue. Le départ d?Arvind Mills et de Novel le démontre. La baisse des prix qui résulte de la guerre entre les détaillants en Europe comme aux États-Unis a fragilisé ce secteur. La difficulté de s?approvisionner en tissu ? il ne reste plus que la filature de Denim des Iles ? est également un handicap. Mais RS Fashion de Ram Mardemootoo est en voie de construire une filature pour la production de denim. Au niveau de la chemise, l?absence de filature est aussi un handicap même si ce segment est plus ou moins stable avec quatre importants opérateurs, Aquarelle, Textile Industries, New Island Clothing et Noblesse.
Pour l?ensemble de l?industrie, la seule stratégie valable est d?évoluer du bas vers le haut de gamme pour s?assurer des meilleurs prix et des volumes de commandes qui permettent des économies d?échelle. Monter en gamme ne veut pas dire viser le luxe et les petites séries mais plutôt un positionnement compétitif alliant un excellent rapport qualité-prix, le service, la réactivité et la fiabilité.
Aujourd?hui, les industriels sont de plus en plus nombreux à penser que Maurice doit changer de division. Pour ce faire, elle doit se rapprocher de ses principaux marchés et donc, tout miser sur le raccourcissement des délais de livraison. La question du fret aérien et de son coût est le facteur déterminant mais pour que les envois par avion soient commercialement viables, il faut aussi se positionner dans une gamme de vêtements où les prix sont plus rémunérateurs.
Un client qui sait qu?il va vendre un jeans à $ 120 dans son magasin, ne va pas faire le difficile pour payer $ 2 pour le fret aérien. À ces niveaux de prix, cela ne fait pas la différence. D?autant plus si nous arrivons à livrer dans une à deux semaines un produit qui est en train de bien se vendre en Europe ou aux États-Unis, explique Maurice Vigier de la Tour.
Le fait que le tourisme ait enfin pu enregistrer un taux de croissance honnête en réglant surtout le problème de l?aérien, laisse présager que l?on pourra aussi trouver une solution pour le textile-habillement. Les états généraux auront alors servi à quelque chose.
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