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Taxi au féminin

24 mars 2006, 20:00

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La base d?opération de cette habitante de Béchard Lane, à St.-Paul, est son domicile. C?est d?ailleurs le propre de la poignée de chauffeurs de taxi de cette localité qui n?ont pas de place aménagée pour se garer et attendre la clientèle. Cela ne dérange nullement Gaetree, car le fait d?être à la maison lui permet de mettre à profit ses quelques heures de liberté pour compléter ses tâches domestiques.

Même si elle est la benjamine d?un chauffeur d?autobus, elle était loin d?imaginer qu?elle gagnerait un jour sa vie comme chauffeur de taxi. Cette femme de 38 ans n?a étudié que jusqu?en Standard VI. Elle a d?abord suivi des cours de couture, de broderie et de crochet dans un centre de femmes avant de prendre des travaux de couture à domicile pour ses connaissances et amies.

Elle commence à s?intéresser à l?intérieur de la voiture familiale à la suite de son mariage et de ses accouchements. Elle a épousé, voilà 14 ans, Krishna, chauffeur administratif à la Corporation nationale de transport. Elle est mère de Pratim, 12 ans, et Ratish, 10 ans. «Dès que Krishna avait le dos tourné, j?entrais dans la voiture et j?examinais le levier de vitesses, les freins, le volant. Il s?en est rendu compte et m?a alors encouragée à apprendre à conduire en me trouvant une auto-école.»

Un an après, Gaetree peut déposer ses enfants à l?école. Des parents d?enfants qui la voient faire au quotidien l?approchent pour lui demander de conduire leurs enfants à l?école et les récupérer dans l?après-midi, soit après les cours, soit après les leçons particulières. Gaetree accepte et s?enhardit, décidant de faire taxi marron pour ses relations.

Dès qu?elle a déposé les enfants à l?école, elle rentre, fait ses tâches ménagères et attend l?appel de clients. Ces derniers sont le plus souvent des femmes au foyer qui ont des courses à faire et des personnes âgées qui doivent aller récupérer leur pension. Gaetree évite de faire les courses en soirée et en cas de demande, Krishna la remplace. «Mais il arrive que des clientes exigent que cela soit moi qui fasse la course. Et là, je suis obligée de plier à leur requête».

Consciente toutefois des dangers qui guettent les chauffeurs de taxi, elle ne s?arrête jamais pour ramasser des gens qui la hèlent et qu?elle ne connaît pas.

Pas de risques inutiles

Si Gaetree ne se fait jamais arrêter par la police car sa voiture est de maître, elle a tout de même des appréhensions et aurait préféré opérer dans la légalité. Le sachant, Krishna, qui croit beaucoup en les capacités de sa femme, la pousse à remplir les formulaires de la National Transport Authority (NTA) pour obtenir sa patente de taxi.

Convoquée pour une interview un 8 mars, Gaetree s?en tire bien et fait même sourire les officiers de la NTA avant de sortir en leur rappelant que c?est la journée internationale de la Femme et qu?à ce titre, elle espère que cette journée lui sera favorable ! Deux mois plus tard, elle obtient son autorisation et opère alors le c?ur léger sous le nom de Rapid Taxi Service.

Ses clients savent qu?elle sera ponctuelle, qu?elle ne prendra pas de risques inutiles sur la route et qu?ils peuvent compter sur elle dans tous les cas de figure. «Si je suis souffrante et incapable de quitter le lit, mon mari me remplace. Quand on prend un engagement, on doit pouvoir le tenir jusqu?au bout.»

Même si Gaetree n?est pas un as de la mécanique, elle sait non seulement changer une roue, vérifier l?huile, et surtout «écouter» son moteur pour signaler au mécanicien tout bruit qui ne serait pas normal.

Elle adore ce métier. Il lui a permis de rencontrer des gens, alors qu?elle connaissait à peine ses voisins en s?installant à St.-Paul en jeune épousée. Et faire le taxi lui a permis de découvrir des régions de l?île qui lui étaient inconnues. «Je ne connaissais pas par exemple où se trouvait le village de Banane jusqu?à ce que je m?y rende.» Si un client veut aller dans une région qu?elle ne connaît pas, Gaetree a trouvé une bonne combine. Elle s?informe auprès de son mari et le tour est joué.

Le week-end est sacré pour cette mère de famille. Elle évite de prendre des engagements afin de rester avec les siens. En cas de course, son mari la remplace.

Un avenir bien sombre

Le transport gratuit a porté un coup dur à Gaetree. Elle estime que l?avenir est bien sombre pour les chauffeurs de taxi. «Le transport gratuit n?a pas arrangé nos affaires. Nous nous retrouvons coincés entre les autobus qui ont appauvri notre clientèle d?élèves et de personnes âgées et les vans privés qui font des courses de pique-nique et de mariages. J?ai personnellement perdu ma clientèle de retraités. Entre le manque à gagner et l?essence qui ne cesse d?augmenter, de même que les pièces de rechange, j?aurais eu du mal à joindre les deux bouts si mon mari ne travaillait pas.» Elle estime que le gouvernement devrait ôter la taxe sur la valeur ajoutée frappant l?essence et accorder des facilités hors taxes de 100 % aux chauffeurs de taxi voulant changer de véhicule.

D?ailleurs, le rêve de Gaetree est de finir de rembourser l?emprunt contracté sur la voiture qu?elle conduit actuellement, afin de pouvoir acheter un autre véhicule ayant deux places supplémentaires.

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