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Taxer l?investissement
par Stéphane SAMINADEN
La décision du gouvernement de demander aux promoteurs de grands projets de contribuer à l?entretien des routes est discutable. Les autorités ont effectivement décidé d?imposer une taxe représentant 2 % de la valeur des futurs grands projets, qui sera versée à la Road Development Authority (RDA) afin d?aider cette dernière à financer le développement et l?entretien des grands axes routiers. Il ressort qu?avec un budget de Rs 400 millions annuellement, la RDA n?arrive pas à remplir efficacement sa mission faute de moyens.
Maurice est donc devenu un pays où l?Etat n?a plus les moyens de remplir une de ses missions de base qui est de pourvoir aux infrastructures publiques.
Soit. On nous a suffisamment expliqué que les finances publiques sont dans le rouge pour ne pas comprendre que le gouvernement cherche tous les moyens pour réduire ses dépenses.
La question qui se pose est : est-ce que l?entretien et le développement du réseau routier est un poste de dépense sur lequel on peut rogner ?
Il y a certainement d?autres dépenses bien plus inutiles sur lesquelles le gouvernement peut économiser. Le ministre des Finances, Rama Sithanen, dit connaître le cas de plusieurs organismes parapublics dont la gestion scandaleuse représente une véritable saignée pour le trésor public. Sans compter la prolifération des berlines. Qu?attend-on pour trancher dans le gras ?
Par ailleurs, on peut également arguer qu?il n?est pas déraisonnable de demander aux promoteurs de grands projets immobiliers, hôteliers, commerciaux et autres de contribuer à la construction de nouvelles routes, là où il n?en existe pas et dont la nécessité est née du fait même de leurs projets. Admettons qu?il s?agit d?une forme concrète de partenariat entre le secteur public et privé.
Des exemples récents où des grands chantiers routiers ont été réalisés à cause de certains projets spécifiques peuvent effectivement faire tiquer. La RDA s?est d?ailleurs endetter de Rs 500 millions.
Mais demander aux promoteurs de contribuer à l?entretien des routes existantes est un peu fort de café. Les entrepreneurs comme les contribuables paient des impôts pour contribuer au financement des équipements collectifs, et en tant que tel, devraient pouvoir en jouir sans avoir à payer une taxe additionnelle.
Le paiement de la vignette automobile et un prélèvement sur chaque litre de carburant vendu ont aussi pour vocation de faire contribuer les usagers pour l?entretien des routes. Demander aux promoteurs des grands projets de payer une taxe additionnelle ressemble donc à de la discrimination. D?autres préféreront évoquer la notion de solidarité mais il s?agit là d?un débat idéologique.
Par ailleurs, cette initiative arrive à un mauvais moment. Tandis que la priorité du gouvernement est d?attirer les investisseurs locaux et étrangers, pour redynamiser l?économie, cette contribution routière, risque d?être perçue comme une taxe sur l?investissement. Pire une taxe avant investissement.
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