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Tanja Privenau, repentie du néonazisme

13 septembre 2008, 20:00

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Elle s?est mariée un 20 avril, le jour de l?anniversaire du Führer. D?une voix douce, Tanja Privenau évoque avec un certain détachement ses 20 années dans l?extrême droite allemande. De l?adolescence à 33 ans, cette jeune femme originaire d?une petite bourgade de Basse-Saxe (ex-Allemagne de l?Ouest) s?est engagée avec ferveur dans diverses organisations néonazies.

Sa décision a aussi bien surpris le milieu néonazi que les autorités allemandes. Bernd Wagner, ancien policier et président d?Exit, une association qui aide les anciens militants d?extrême droite à retrouver une place dans la société démocratique, l?admet : « C?était une figure charismatique. » On compte outre-Rhin 38 600 militants d?extrême droite répartis dans près de 182 organisations. Les deux principales formations politiques, le Parti national démocrate et l?Union populaire allemande, ont des députés dans les parlements de trois régions d?Allemagne de l?ex-RDA.

Tanja Privenau a été responsable régionale de la FAP, une organisation néonazie interdite en 1995, membre de la communauté de croyance germanique et a travaillé pour le compte du NPD. Sa vie était alors réglée selon les préceptes du national-socialisme. Le jour de la naissance du Führer, elle et son mari enfilaient des habits de fête, allumaient un chandelier et lisaient un extrait de Mein Kampf. Comme de nombreux autres jeunes qui ont grandi dans ce milieu, ses enfants ont été envoyés dans des camps de la « Jeunesse allemande fidèle à la patrie », dont les méthodes rappellent celles des Jeunesses hitlériennes des années 1930. Les enfants apprennent à défiler et à jouer du tambour, mais il y règne aussi une discipline de fer.

Le lavage de cerveau commence même dès la naissance. Jeune maman, Tanja Privenau rencontrait d?autres mères avec leurs nourrissons pour chanter des textes guerriers ou populaires.

Très tôt, cette enfant unique a été attirée par l?extrême droite. L?influence de son grand-père, qui a joué le rôle du père après le divorce de ses parents, quand elle avait 10 ans, a été déterminante. A la suite d?écrits révisionnistes de leur fille, les parents de Tanja furent convoqués par les enseignants. Mais il était déjà trop tard. A 13 ans, ellee était une antisémite convaincue.

Trafics et violence domestique

Ses premiers contacts avec le NPD passent par son petit ami skinhead puis elle commence à distribuer du matériel de propagande dans la cour de l?école. Elle est expulsée de l?établissement. A cette époque, Tanja Privenau participe chaque week-end à des manifestations de l?extrême droite. Elle est régulièrement arrêtée par la police. Son père, adhérent de la CDU, ferme les yeux. Sa mère, peu choquée par ses idées, s?inquiète plutôt « pour sa réputation ». Plus tard, elle-même se rapprochera des mouvements d?extrême droite. Tanja décide d?adhérer à la FAP et se fait remarquer par son aisance dans ses interventions. Elle grimpera ensuite rapidement les échelons. Son statut de femme ne semble pas avoir été un obstacle. « Peut-être parce que je n?ai jamais eu ce côté bonne femme emmerdeuse », dit-elle en éclatant de rire.

Paradoxe, c?est son militantisme passionné qui l?a conduite à ressentir les premiers doutes. Elle s?est aperçue que de nombreuses figures du mouvement n?appliquaient qu?à moitié le mode de vie national-socialiste. Ensuite, lorsqu?elle a pris conscience de tous les trafics qui entouraient ce mouvement, notamment d?armes, la distance n?a fait que se creuser.

La violence domestique que lui a fait subir son mari a été un autre motif de rupture. En 2002, elle se rend à Cologne pour se présenter auprès du Verfassung-schutz ? l?équivalent des renseignements généraux - et demande de l?aide pour sortir de ce milieu. De peur de couper les liens avec les siens, elle renonce dans un premier temps à ce projet. Avant de sauter le pas trois ans plus tard.

Depuis, elle n?a pas repris son travail et vit de l?aide sociale. Aujourd?hui, Tanja veut témoigner pour que d?autres femmes et mères de ce milieu prennent conscience du vrai visage de l?extrême droite. Spontanément, elle n?évoque pas l?idéologie nazie comme motif de rupture. Quand on l?interroge, elle dit qu?elle a « beaucoup réfléchi au IIIe Reich » et qu?elle a tiré un trait sur l?idéologie qu?il a développée. « Elle accepte le système démocratique, assure Bernd Wagner, mais elle reste très critique à son égard notamment en ce qui concerne les questions de justice sociale. » Elle ne souhaite pas en dire plus sur ses idées politiques d?aujourd?hui.

@ 2 008 Le Monde ? Cécile Calla ?

(Distribué par The New York Times Syndicate)

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