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Séquelles
Par Eric NG PING CHEUN</B>
Un sondage sur le réchauffement climatique ne serait valide que si l’échantillonnage se portait strictement sur des scientifiques concernés, et non sur la population en général, car 99 % des gens ne connaissent rien à la climatologie. De même, comme 99 % des gens ne savent pas analyser l’économie, il serait inapproprié de prendre pour échantillon l’ensemble de la population pour sonder si “l’économie va bien ou mal”. Il faudrait plutôt interroger des spécialistes ou des praticiens de l’économie et de l’entreprise.
Sur un échantillon de 30 économistes, cambistes, agents de change, gestionnaires de portefeuille et spécialistes financiers, l’enquête du présent baromètre indique que ces analystes demeurent majoritairement optimistes sur les perspectives de notre économie sur une échéance d’un an. Cependant, l’optimisme est tombé de son plus haut niveau de 80 % enregistré le mois dernier. La démission annoncée puis avortée du ministre des Finances, Rama Sithanen, y est pour quelque chose.
“Ça devient compliqué”, nous confie un analyste qui passe de l’optimisme au pessimisme. Malgré les assurances données par le Premier ministre (PM), Navin Ramgoolam, sur le maintien des réformes, dont beaucoup sont encore en voie de discussion, le doute s’est installé dans les esprits comme le ver dans le fruit. Car on pense que le grand argentier s’est affaibli tant dans ses relations avec le PM que parmi ses collègues du cabinet. On craint donc que Rama Sithanen ne finisse par jeter du lest par rapport à des mesures jugées trop impopulaires.
Ce même analyste trouve une autre pierre d’achoppement dans l’action future du ministre des Finances : le retour en politique de Vishnu Lutchmeenaraidoo. Celui-ci mettrait à profit son aura pour convaincre la masse à rejeter toute réforme, voire pour déstabiliser la majorité parlementaire faute de consensus. Du moins, le PM n’accorderait pas un soutien total à Rama Sithanen pour le prochain budget tandis que les autres ministres exigeraient d’avoir leur mot à dire cette fois-ci.
Définitivement, un ressort s’est cassé dans la dynamique de la réforme. Le gouvernement ressentira encore les séquelles de la crise provoquée par l’offre de démission de son grand argentier. Surtout qu’il a bafoué les principes élémentaires de la bonne gouvernance.
C’est à juste titre que le PM a nommé le nouveau gouverneur de la Banque de Maurice sans passer par le Conseil des ministres, car la loi lui en donne la prérogative. En revanche, il est inadmissible que la nomination d’un nouveau président du conseil d’administration de la State Bank of Mauritius ait été annoncée au cours d’une conférence de presse politique. D’autant que c’est indirectement que le gouvernement est l’actionnaire majoritaire.
Il s’agit ici d’une compagnie cotée en bourse. Le public ne sait toujours pas les conditions de résiliation du contrat du président en partance, dont la présence a toujours été vue par le marché comme une garantie contre l’ingérence gouvernementale dans la gestion de la banque. Et c’est peu dire que sa santé financière est tributaire de l’absence d’interférence politique.
La sortie de crise a été faite de façon si maladroite que Rama Sithanen a perdu sa vitalité dans les jours suivants. Mais le retour de Vishnu Lutchmeenaraidoo a donné du sérum à Rama Sithanen qui a subitement retrouvé toute sa combativité. Du coup, l’espoir peut renaître de ses cendres pour les partisans de la réforme.
D’abord, qu’est-ce que Rama Sithanen a bien pu négocier auprès du PM pour que, une semaine après, Vishnu Lutchmeenaraidoo se soit jeté dans les bras du Mouvement militant mauricien ? On peut se demander si ce n’était pas, en fait, la probabilité de voir Vishnu Lutchmeenaraidoo devenir le conseiller économique du PM qui poussa Rama Sithanen au bord de la démission. L’option Vishnu Lutchmeenaraidoo aujourd’hui écartée, Rama Sithanen a l’esprit tranquille et peut travailler encore plus efficacement à faire réussir la réforme.
Ensuite, ceux de l’aile dure et anti-secteur privé du Parti travailliste devront, bon gré mal gré, serrer les rangs derrière Rama Sithanen. Tant que Vishnu Lutchmeenaraidoo parlait comme simple citoyen, ils l’écoutaient et croyaient même en une alternative économique. Maintenant que Vishnu Lutchmeenaraidoo s’est positionné sur l’échiquier politique, ils seront bien embarrassés de se servir de lui pour être une référence.
Enfin, le très médiatique Vishnu Lutchmeenaraidoo sait qu’il devra éviter de faire de l’ombre au leader de son parti, pas seulement sur le plan de la communication, mais aussi des idées. C’est là qu’on attend Vishnu Lutchmeenaraidoo, et les gens ne sont pas si bêtes au point de croire qu’un ministre des Finances serait capable de faire plus de social avec l’impôt zéro. Ils ne trouveront pas de différence de fond entre la philosophie économique de Vishnu Lutchmeenaraidoo et celle de Rama Sithanen, tout simplement parce qu’il n’y a pas de réforme alternative.
De la réforme initiée par le présent gouvernement, les analystes souhaitent qu’elle suive le principe de Pareto : pour atteindre un objectif, il faut aller jusqu’au bout de sa logique sans prendre aucune déviation. Le résultat est déjà visible : en 18 mois (juillet 2005 à décembre 2006), Maurice a reçu Rs 8,2 milliards d’investissements directs étrangers, contre Rs 6,7 milliards de janvier 2001 à juin 2005. Et la confirmation de Tianli d’établir ici une “Trade and Development Zone” au coût d’investissement de 500 millions de dollars constitue “one bright spot in the economy”. Voilà qui devrait soutenir davantage la roupie.
Mais c’est la dette publique qui devrait être la préoccupation majeure du budget 2007-08. Car son financement déstabilise le marché du crédit. D’une part, les rendements des bons du Trésor sont supérieurs au taux de base bancaire (11 %) qui détermine le crédit au secteur privé. D’autre part, vendredi dernier, la courbe de rendement s’est inversée : les taux à 91 jours étaient supérieurs aux taux à 182 jours et même aux taux à 364 jours. Si ce n’est pas une séquelle, c’est un mauvais signal.
<I>(www.pluriconseil.com)</I>
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