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Séga sans joies

18 septembre 2005, 20:00

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C?est bête comme chou, mais pourquoi est-ce que le séga ne perce pas sur le plan international ? Pourtant, les exemples de ceux qui font danser les foules sous d?autres cieux, ne manquent pas. Cassiya est passé à l?Olympia. Qui était dans la salle ? Ne nous voilons pas la face : c?était en majorité des Mauriciens. Attention, n?allez pas croire que nous voulons diminuer le mérite des enfants de Cassis.

Loin de là. Le calcul est simple. À chaque fois qu?un chanteur ou un groupe nous parle ? souvent sur un ton fracassant ? de sa ?tournée? en Europe ou en Australie, il suffit d?écarter un peu les rideaux, pour ramener ces séjours à leur juste proportion. La plupart du temps, ces pique-niques sont organisés par des associations de Mauriciens d?outre-mer. En clair, nos têtes d?affiche s?en vont distraire la diaspora.

Et si d?aventure, ils croisent une brochette de non-Mauriciens, c?est qu?ils ont échoué là grâce (ou à cause) de leur conjoint rouge-bleu-jaune-vert. La belle affaire.

Linzy Bacbotte s?y est essayée. Repérée après avoir si bien chauffer les ravannes, tout ce qui faisait d?elle une ?fille des îles? sans connotation péjorative, a été revu et corrigée par des grosses huiles du marketing. La voix lisse, le visage fardé, le corps masqué par un énorme pull à col roulé, elle a bravement tenté de croire à l?autre horizon. Ligne factice. Désormais, Linzy ne veut plus entendre parler de cette galère, qui a voulu lui enlever sa mauricianité.

Avant elle, Denis Azor nous a gratifiés d?un séga coup de poing en forme d?affirmation. Quelques années plus tard, Ala li la?est redevenu inconnu au bataillon. Qui se souvient encore que la collection Ocora de Radio France a mis en boîte les chansons-patrimoine de Ti Frère, en 1991 ?

Alors comment font-ils les autres ? Ces homologues des Caraïbes qui ont su imposer le zouk comme une marque de fabrique. Le secret est-il dans le rythme endiablé ? Nous aussi, on sait faire cela. Des paroles savoureuses dans un créole plein de gouaille ? Nous aussi, on sait faire cela. Le tempo ternaire du séga est une spécialité qui déroute les musiciens du monde entier.

Est-ce à dire que la musique mauricienne ne sait pas se vendre en dehors du circuit Maurice-Réunion ? Que les promoteurs font encore dans l?amateurisme, alors que l?enfance de l?art est de créer un réseau, une demande, des contacts.

Voilà qui nous incite également à nous interroger sur la qualité des productions locales. Nos chanteurs ont-ils compris qu?il fallait dépasser le cadre du ?ti la eh, ti la oh?, servi à outrance au touriste après un dîner épicé qu?il ne digérera pas et qu?il rejettera sans déglutir les sons locaux.

Non, nous refusons de reléguer le séga ? en l?état actuel ? à l?état de daube. Mais si même les fans finissent par admettre ? à mots couverts ? qu?après dix ans d?existence, certains groupes ont du mal à se renouveler, que tout finit par se ressembler, c?est que la situation est encore plus pire qu?on ne l?imaginait.

Aussi longtemps que le séga se contentera d?être cette chose faite de quatre bouts de ficelle et de trois fois rien, n?en déplaise à tous ceux qui nous bassinent avec leur ?messages? et leur ?évolution?, alors, nous resterons cantonnés aux cabarets pour Mauriciens. Alors, Eric Triton restera ce trublion qui, avec son contrat pour quatre albums chez Polydor Universal, vient nous narguer de temps en temps. Et Mario Ramsamy de Image restera ce Mauricien, perdu dans le paysage pop, sans rien de tangible rappellant son île.

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