Publicité

Sécurité alimentaire et énergétique : Réflexions sur des crises annoncées

2 septembre 2008, 00:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

«L?idée que les pays en développement devraient se nourrir eux-mêmes est un anachronisme». Cette phrase, écrite en 1986, alors que l?Uruguay Round battait son plein, confirme tout le mal que l?on serait tenté de penser de ces négociations qui ont donné naissance à l?Organisation mondiale du commerce (OMC).

Son auteur proposait aux pays du Sud de se tourner vers les Etat-Unis, pour acheter, à moindre frais bien sûr, leurs produits agricoles. Ce n?est donc peut-être pas une coïncidence si beaucoup de pays pauvres, qui jadis exportaient leur surplus de nourriture, se retrouvent aujourd?hui dans une situation où ils doivent importer les denrées les plus basiques.

Si l?on peut s?attendre à ce que les organisations internationales créées par et pour les pays riches ignorent parfois les intérêts des pays en développement, il est moins facile d?expliquer certaines incohérences qui truffent la politique du gouvernement mauricien.

Lors du dernier budget, par exemple, le ministre des Finances a annoncé, sous un tonnerre d?applaudissements, la création d?un fonds de Rs 1 milliard pour assurer la sécurité alimentaire du pays. Dans le même souffle, Rama Sithanen a approuvé l?élimination des tarifs douaniers sur les importations agricoles. Cette dernière démarche n?est pas exactement le meilleur moyen d?encourager la production locale de nourriture.

D?autant plus que les produits agricoles européens et américains sont subventionnés à hauteur de 60 % et 75 %, respectivement. Voilà deux éléments d?information qui ont émergé du Forum du peuple, qui avait pour thème «La sécurité alimentaire et énergétique de Maurice».

Organisée par le collectif «Un Autre Monde Est Possible», cette action citoyenne cherche à injecter un peu d?oxygène dans des débats trop souvent orientés par des intérêts particuliers. Elle vise notamment à «créer un espace libre pour permettre à toutes les organisations citoyennes de s?exprimer sur la dynamique qui menace notre sécurité alimentaire et énergétique; à rechercher et analyser les causes systémiques et politiques des menaces qui pèsent sur notre sécurité alimentaire et énergétique, à favoriser un débat sur les mesures à apporter pour faire face à ces menaces et à promouvoir des actions pacifiques et citoyennes dont le but serait de favoriser notre sécurité alimentaire et énergétique».

Mariage douteux</B>

Ses conclusions seront présentées lors d?une deuxième session au collège St Andrews à Rose- Hill le 13 septembre prochain. Si les présentations d?Ashok Subron et de Eric Mangar, de Rezistans ek Alternativ et du Mouvement pour l?autosuffisance alimentaire, respectivement, ont indubitablement été les points forts de ce forum, les discussions, souvent animées, qui ont suivi ont également donné matière à réflexion.

Ashok Subron a questionné le rôle de l?émergence des biocarburants dans la crise alimentaire. Souvent citée comme une des causes principales derrière la raréfaction des denrées de base, cette raison n?est peut-être pas, comme l?on voudrait le croire, aussi centrale.

Il a préféré attribuer l?effondrement de la production de nourriture à «l?alliance entre les fonds spéculatifs et ?l?agri-business?». Ce mariage douteux a fait que les produits agricoles sont traités comme de vulgaires commodités, ce qui représente un obstacle redoutable à la sécurité alimentaire des pays en développement, même si Via Campesina, un mouvement regroupant les paysans du monde, tente de briser la mainmise.

Plus que la sécurité alimentaire et énergétique, Ashok Subron a fait un plaidoyer en faveur de «la souveraineté alimentaire et énergétique» et «du droit de chaque peuple de décider de sa production alimentaire et énergétique», sans lesquels les crises actuelles ne pourront être résolues. Il a finalement décrié «la dilapidation des terres» pour des projets IRS et des morcellements.

L?embargo des grands producteurs</B>

De son côté, Eric Mangar a cherché à expliquer comment un pays à vocation agricole comme Maurice dépend presque exclusivement de produits importés pour nourrir sa population. Il s?est également apesanti sur les origines de la crise alimentaire survenue en avril, «avec toute la subtilité d?un requin chassant un phoque dans une baignoire».

L?embargo des grands producteurs de riz, tels que l?Inde et la Chine, sur leurs exportations a mis en exergue les dangers liés à la dépendance sur les importations alimentaires. Pour rappel, seuls 10 % de la production mondiale de riz est destinée à l?exportation. En cas de détérioration dramatique de la crise internationale, les stocks mauriciens de riz et de farine ne dureront que trois mois et trois semaines, respectivement. Fait intéressant, chaque Mauricien consommerait 70 kg de farine annuellement contre 57 kg de riz.

Alors que le Seafood hub rapporte des milliards de roupies chaque année, le prix du poisson devient prohibitif pour le Mauricien moyen. Pour cause, les réserves de poisson sont exploitées par de grosses entreprises, qui s?orientent surtout vers l?exportation.

Eric Mangar a évoqué un projet de construction d?un bateau assez grand pour permettre aux pêcheurs mauriciens de profiter des ressources marines du pays. Il a aussi dressé l?historique récente de la sécurité alimentaire. Dans les années 1970, il était question de «disponibilité de la nourriture». Une décennie plus tard, on parlait d?«accès à la nourriture» pour arriver maintenant a l? «obtention de la nourriture».

En d?autres termes, «est-ce que les gens ont les moyens de se nourrir ?» Il a rappelé que douze comités ont été institués pour étudier la problématique de la sécurité alimentaire, mais s?est interrogé sur la mise en ?uvre des recommandations faites par ceux-ci.

Il ne fait aucun doute que l?indépendance énergétique de Maurice passe par l?autosuffisance alimentaire. Sans celle-ci, le pays restera l?otage des importations agricoles. Mais malgré les investissements massifs dont bénéficie le pays actuellement, la sécurité alimentaire semble plus inaccessible que jamais. Et cette inaction pourrait se payer très cher.

Pour plus d?informations, visitez le site suivant : www.ennlotmondposib.info.

Publicité