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Syrie : Le pouvoir peine à encaisser les sanctions

14 décembre 2011, 20:00

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Syrie : Le pouvoir peine à encaisser les sanctions

Les mesures de l’Occident, des pays arabes et de la Turquie amplifient les tensions politiques et sociales, écrit Hala Kodmani dans un reportage publié ce jeudi par Libération.fr. Extraits.

Les alignements de bidons en plastique ou de bonbonnes de gaz aux pieds des pères de famille faisant la queue devant les points de distribution de carburants illustrent le quotidien des localités syriennes ces dernières semaines. Faire face à la pénurie de mazout pour le chauffage et de gaz de cuisine, sans parler de l’essence pour les véhicules, est devenu la principale préoccupation d’une population qui apparaît comme la première victime des sanctions internationales contre le secteur pétrolier.

Les mesures prises depuis septembre, par l’Union européenne (UE) notamment, ont privé la Syrie des marchés qui absorbaient 90% de ses exportations de brut, mais aussi des produits raffinés par les géants du pétrole qui viennent d’arrêter leurs activités dans le pays. La crise des carburants est imputée par le régime syrien aux sanctions ainsi qu’aux «bandes armées» de trafiquants qui détourneraient des camions-citernes. Elle résulte aussi d’une désorganisation dans l’acheminement des produits du fait des problèmes de sécurité ainsi que d’une situation de panique dans les services de l’Etat.

Sauf pour les chars

«Le carburant pourrait manquer pour tout, sauf pour les chars. Les ressources du pays sont mobilisées pour la répression et tout doit être analysé en fonction de la lutte du régime pour sa survie», affirme un éminent économiste de l’opposition qui tient à garder l’anonymat. Or, la Syrie a encore des réserves, comme le proclament avec arrogance, mais à juste titre, ses principaux responsables face aux annonces de sanctions. Elle peut compter sur ses alliés iranien, russe et même chinois et indien.

Toutefois, la baisse considérable ces derniers mois des revenus des exportations, des douanes et des taxes va s’aggraver, privant le pays des devises qui commencent à manquer cruellement. Tandis que le dollar (0,78 euro) s’échange aujourd’hui à 60 livres syriennes - contre 20 avant le soulèvement -, les bureaux de change dans les principales villes du pays sont devenus des lieux dangereux, perquisitionnés par les forces de sécurité pour interdire aux citoyens de convertir leurs économies en devises.

Le régime de Bachar al-Assad n’est pas le plus affecté par les sanctions économiques déjà appliquées, et surtout celles décidées récemment par la Ligue arabe et la Turquie. Qualifiées de «déclaration de guerre» par le ministre des Affaires étrangères, Walid Moallem, les mesures arabes seront réexaminées samedi par une nouvelle réunion de la Ligue et suspendues au cas où le régime accepterait les observateurs sur le terrain.

Des effets dévastateurs pour la population

L’arrêt des exportations syriennes vers les pays arabes, qui représentent environ cinq milliards de dollars par an, entraînerait des effets dévastateurs pour la population. Des milliers d’agriculteurs, d’artisans et de commerçants seront privés de revenus. En outre, les transferts qu’effectuent les deux millions d’expatriés syriens dans les pays du Golfe représentent des compléments de revenus indispensables pour leurs familles restées au pays. «Si les virements bancaires sont effectivement interdits, et surtout si les vols reliant Damas aux principales capitales arabes sont suspendus, cela bloquera l’arrivée des voyageurs transportant ces fonds en liquide. La situation de beaucoup de gens sera intenable», explique l’économiste cité plus haut.

Les gens en voudront-ils davantage aux pays qui ont pris ces sanctions ou au régime qui les a suscitées, notamment quand il a refusé l’initiative arabe exigeant l’arrêt de la répression ? La révolte sociale pourrait grossir les rangs de la protestation politique. «Pour le moment, c’est surtout le chaos qui guette avec une hausse de la contrebande, des trafics, de la criminalité et de l’insécurité», note l’économiste.

L’effet des sanctions sur les milieux d’affaires, dont le soutien au régime lui est vital tant politiquement que financièrement et socialement, risque d’accélérer les choses. Les partenaires les plus liés aux affairistes du clan Al-Assad - notamment à Rami Makhlouf, cousin germain de Bachar al-Assad - visés nominalement par l’UE ont vu leurs comptes bloqués en Europe et aux Etats-Unis, pays qui leur sont interdits. Ils n’ont plus les moyens de contribuer à la répression, comme ils le faisaient payant les redoutables chabiha, ces miliciens qui sèment la terreur parmi les manifestants.

Trou effrayant

D’autres hommes d’affaires prennent leur distance. «Le bateau prend l’eau de toutes parts, affirme un entrepreneur à Damas. A peine avons-nous colmaté les brèches des sanctions européennes et américaines que s’ouvre le trou effrayant des sanctions arabes.» L’arrêt des échanges avec la Turquie va entraîner des dégâts considérables pour les entrepreneurs du nord du pays, en particulier de la région d’Alep, qui avaient investi en Turquie dans des usines d’habillement, de mobilier ou autres produits de consommation courante. Tout est bloqué par la suspension de l’accord de libre-échange entre les deux pays. Nombre de ces commerçants, surtout dans les villes insurgées dont Homs, Hama ou Idlib, sont déjà passés du côté des protestataires qu’ils aident financièrement, selon les comités de coordination de la révolution.

L’étranglement économique du régime syrien, objectif visé par les sanctions, passera par une détérioration générale des conditions de vie de la population. Si la grève entamée dimanche à l’appel du mouvement de protestation venait à s’étendre, elle accroîtrait la tension politique et sociale. Cette pression intérieure accrue, s’ajoutant à la contestation sur le terrain et à l’isolement diplomatique, ne peut être gérée durablement par le régime. «Il ne faut pas négliger les effets psychologiques de toutes ces mesures sur le moral des troupes», observe l’économiste qui parie sur «un événement inattendu, un hasard qui peut tout faire basculer».

(Source : Libération.fr)

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