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Sylvio Michel: le calme après la grogne

6 novembre 2004, 20:00

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Le gouvernement a réussi à dérider Sylvio Michel. C?est un ministre détendu et souriant qui participait vendredi au Conseil des ministres, lui qui pourtant était entré dans une logique de confrontation, frustré d?attendre en vain que sa revendication soit entendue. Ses collègues ont-ils acquiescé à sa demande pour une compensation aux descendants d?esclaves ? Pas du tout, mais il semblerait qu?un projet initié par le gouvernement serait ainsi interprété par un leader des Verts aux anges?

Le gouvernement creuse l?idée d?une restitution des terres à ceux qui ont été injustement dépossédés de leurs biens. Il a décidé d?instituer une Land Restitution Commission sur le modèle sud-africain. La mesure est inspirée par les déboires de ceux qui se sont manifestés devant la commission d?enquête présidée par sir Victor Glover. Beaucoup de victimes auraient ainsi été spoliées. Mais, selon son entourage, estimant qu?une restitution apportera plus de justice sociale, le ministre Michel est revenu à de meilleurs sentiments.

Une délégation comprenant l?ancien juge Robert Ahnee, Jyoti Jeetun, directrice du Sugar Investment Trust, Jocelyn Chan Low, directeur du Centre culturel mauricien et un technicien du ministère du Logement et des terres, se rendra bientôt en Afrique du Sud. Elle aura pour mission de se renseigner sur l?arsenal juridique et le mécanisme mis en place là-bas dans les années 1990 pour compenser ceux qui ont été spoliés du temps de l?apartheid. La date de son départ n?a pas encore été fixée.

Certains expliquent que les deux dossiers n?ont rien de commun, d?autres reconnaissent qu?il y a effectivement un double objectif à cette démarche : répondre aux attentes d?Harish Boodhoo qui considère que la commission d?enquête sur les ventes à la barre n?a pas atteint son but, et atténuer l?impatience des Verts-Fraternels.

À propos des révélations faites devant la commission d?enquête, les milieux proches de l?hôtel du gouvernement expliquent que l?exécutif est surtout sensible aux déboires de ceux dont les biens ont été prescrits ou saisis, souvent à leur insu, et qui n?ont pas les moyens d?entreprendre les démarches légales pour les récupérer. On cite aussi le cas de la famille Labavarde qui allègue avoir occupé pendant de nombreuses années un terrain à Arsenal et qui s?est ensuite retrouvée à la rue.

Les Verts-Fraternels, en rogne depuis de nombreux mois, accusent la majorité gouvernementale de n?avoir rien fait pour honorer une des conditions qu?ils avaient imposées en se joignant à l?alliance MSM-MMM en août 2000.

<B>« Nous ne ferons rien pour le retenir »

L?initiative d?envoyer une délégation en Afrique du Sud suscite cependant un certain scepticisme parmi plusieurs membres de la majorité. À l?hôtel du gouvernement, certains considèrent qu?une telle politique sera difficile à appliquer et qu?elle risque de susciter de faux espoirs.

« La situation qui a prévalu en Afrique du Sud n?a rien de comparable avec celle de Maurice. La transition politique là-bas est toute récente, les victimes sont facilement identifiables et les torts connus, alors que tel n?est pas le cas ici. Le processus de réforme foncière enclenché depuis 1994 piétine. Il faut aussi tenir compte du fait que ce pays dispose d?immenses étendues de terre alors qu?à Maurice, c?est tout à fait différent », commente un juriste qui fait partie de la majorité gouvernementale.

Sylvio Michel, leader des Verts-Fraternels, refuse de commenter. Il se contente de confirmer que sa dernière rencontre avec Paul Bérenger n?a pas donné les résultats escomptés et qu?il s?en remet aux instances de son parti.

Le ministre avait du mal à cacher son malaise lors d?un déjeuner offert mercredi à ses principaux collaborateurs. Un des fonctionnaires présents confie que cette rencontre avait tout l?air d?un déjeuner d?adieu.

Ce n?est cependant pas la première fois que Sylvio Michel donne l?impression d?être dans une situation inconfortable. Il avait, en décembre dernier, effectué un walk-out de l?Assemblée nationale lors des débats sur la motion Armance et avait ensuite pris trois semaines de congé.

L?institution de la Land Restitution Commission parviendra-t-elle à atténuer son impatience et apaiser les récriminations d?Harish Boodhoo ? Un ministre du MSM confie toutefois que « si malgré toute notre bonne volonté, Sylvio Michel décide de démissionner, nous ne ferons rien pour le retenir».

<B>Quand l?État sud-africain redistribue</B>

L?Afrique du Sud a établi en 1996 une Land Claims Court pour entendre les différends découlant de trois textes qui réglementent les initiatives de la réforme agraire, à savoir le Restitution of Land Rights Act,le Land Reform (Labour Tenants) Act et The Extension of Security of Tenure Act. Ces lois furent introduites dans le cadre d?un programme proposé par la Banque mondiale et le Fonds monétaire international.

Le concept fondamental repose sur le principe de willing buyer, willing seller. L?État achète de la terre pour la distribuer ensuite aux individus injustement dépossédés ou aux régions défavorisées pour être utilisée collectivement.

De 1994 à ce jour, plus de 63 000 réclamations ont été logées devant la Land Claims Court. Certains observateurs pensent qu?il faudra environ 60 ans à cette instance pour se prononcer sur tous ces dossiers.

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