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Sur la route Saint-Paul Phoenix
Voilà quelqu?un qui aime bien les anniversaires. Il n?est pas de ceux qui se souviennent de l?événement avec 24 heures (si ce n?est plus) de retard. Comme en plus Amédée Nagapen ne rechigne pas à faire le tour de l?île, nous le suivons volontiers au centre de l?île.
Il nous emmène cette fois du côté de Saint-Paul Ph?nix 1906 ? 2006, titre de son dernier ouvrage. Un centenaire, c?est l?occasion de se souvenir. Des temps nouveaux. Ces ancêtres du maintenant. L?auteur nous a habitués à cela : rapprocher avec minutie passé et présent pour faire que l?Histoire vive. Vivante et facile à lire.
Et pour ceux qui craindraient de n?y voir qu?une longue succession d?abbés, de s?urs de charité, l?auteur propose d?emprunter les voies carrossables de l?Histoire tout court. Celle du pays, pas seulement celle de l?église. Savez-vous par exemple d?où vient le nom de ?Ph?nix? ? Que c?était celle d?une sucrerie.
Des références sur l?esclavage et le marronnage
Les phrases sont simples. Au détour des constructions, on croise aussi bien des abbés, des monseigneurs qu?une fillette de onze ans, violée et tuée à Ph?nix en avril 1926. Tout un peuple qui vit sous nos doigts qui feuillettent les pages.
Avez-vous remarqué ? Qu?est-ce qui pousse un prêtre à écrire l?Histoire ? Pas seulement sur l?Histoire, car ils remettent à jour des faits peu ou pas connus. Faisant eux-mêmes un peu l?Histoire. Amédée Nagapen, dont les ouvrages sur l?esclavage et le marronnage à l?île de France par exemple, sont désormais des références. Auteur prolifique, Amédée Nagapen nous gratifie d?au moins un ouvrage par an. Les plus récents s?intéressant notamment à Vieux Grand-Port et à Mahébourg (à travers Notre-Dame-des-Anges).
Autre exemple (contemporain) : les travaux d?Alain Romaine. Son truc : trouver l?idée. Celle qui va faire dire, en le lisant : ?Vre mem sa?. D?abord avec Les noms de la honte. Une explication rationnelle pour des patronymes lourds à porter. Une ?uvre de réconciliation.
Cette année, il s?est penché sur Les souliers de l?Abolition. Souliers-commodités, mais surtout souliers-symboles. Roger Dussercle, spiritain français affecté à Maurice jusqu?en 1950, qui fit, dans le cadre de ses attributions, la tournée des îles lointaines. Il aurait pu se contenter de faire son travail. Il a ramené des récits sur les Chagos et Agaléga, qui furent publiés entre 1935 et 1949. Prêtres ? témoins ; ils nous passent le témoin. Saurons-nous le prendre sans le laisser tomber ?
EXTRAIT
Le peuplement de Ph?nix
■ La localité de Ph?nix ( ?) tire son nom de la sucrerie Ph?nix, accrochée à la berge de la ?rivière du Mesnil?, qui fonctionnait déjà dès la première moitié du 19e siècle. Un autre cours d?eau irrigue le territoire : la rivière Sèche. Tous deux se rejoignent à Petit-Camp, pour devenir la rivière des Plaines-Wilhems, un affluent de la Grande-Rivière-Nord-Ouest. Le peuplement prend naissance avec le 19e siècle. Bientôt, une dizaine d?usines sucrières constelle le territoire. Malgré tout, la population demeure encore passablement clairsemée. Dès 1819, une route carrossable, macadamisée, est créée. La main-d??uvre fournie, en grande partie, par les prisonniers indiens (Indian convicts). En 1862, sur cette route déjà très fréquentée, un omnibus circulait tous les jours entre Mahébourg et Port-Louis, avec Ph?nix parmi les arrêts. Puis à partir de la décennie 1860, un double phénomène vint bouleverser le paysage tant économique que démographique de Ph?nix. D?une part, le déclenchement d?un processus de centralisation et de modernisation de l?industrie sucrière : le nombre d?usines se rétrécit de manière draconienne. à tel point qu?à l?aube du 21e siècle, la dernière sucrerie, Highlands, avait cessé toute roulaison. D?autre part, une migration imprévue, à un rythme accéléré, qui sans tarder réalisa une occupation des lieux. En effet, concurremment à la disparition des usines se produisit une substantielle croissance démographique. Deux facteurs expliquent cette augmentation de la population. D?abord la meurtrière épidémie de la malaria. Puis, la mise en opération du chemin de fer. Avec le déferlement de la malaria et ses hécatombes, à partir de 1866, un exode massif de la capitale et du littoral concourut à l?éclosion d?un chapelet d?agglomérations, qui s?accrochèrent aux deux côtés de la route Royale, depuis Port-Louis en direction de Curepipe. Ceux-là qui firent halte aux environs de Mesnil donnèrent naissance à Ph?nix.
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