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Suicide : quel encadrement pour les familles ?
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Suicide : quel encadrement pour les familles ?
Gisèle et Robert Legentil sont désespérés. En une semaine, ils ont enterré deux fils, Hensley, 26 ans et Ricardo, 16 ans. Tous deux ont mis fin à leurs jours, en se pendant chacun à un arbre, à environ une semaine d?intervalle.
Hensley avait quitté le toit familial peu avant 18 heures ce mercredi 31 août. Son corps devait être retrouvé le lendemain, à Petite-Rivière. Dans sa poche, les policiers découvrent trois lettres : l?une adressée à sa mère, la deuxième à l?un de ses amis et la dernière à sa petite amie. « Je ne peux pas vous révéler ce que mon fils a écrit dans ces lettres. Je n?ai même pas pu remettre à sa petite amie celle qui lui était adressée. J?ai appris que cette dernière a tenté de s?immoler en apprenant la nouvelle. Et elle est toujours à l?hôpital », soupire Gisèle.
Mais une autre épreuve attendait Gisèle et Robert, mardi. Ricardo, qui quelques heures auparavant jouait aux billes avec ses amis, devait commettre l?irréparable dans l?arrière-cour. « J?étais partie chercher du bois. Lorsque je suis revenue, il y avait foule devant ma case. J?ai d?abord cru que ma maison avait pris feu. Mais c?était Ricardo. Il s?était suicidé?
Pa kone ki finn pass par so latet », pleure la mère. Alors que la Journée internationale de la prévention du suicide a été célébrée hier, 10 septembre, on peut se demander quel encadrement existe pour ces familles endeuillées ? Comment surmonter cette double tragédie ? Ibrahim Sheik-Yousouf, président de Befrienders, se désole de ce triste événement et rappelle que son centre de Beau-Bassin « reste fermé toute la journée », faute d?argent. « Et puis les gens ne connaissent pas encore notre service d?écoute. Le 800.93.93 est gratuit, mais pas pour les jeunes qui utilisent leurs portables. Nous allons interpeller le ministre de la Sécurité sociale car nous avons besoin de plus de moyens? », dit-il.
Des villageois formés pour accompagner
Il explique que la famille du suicidé a besoin de soutien moral et psychologique pour surmonter l?épreuve. Or, dans bien des cas, elle est livrée à elle-même, sans personne à qui parler, sans pouvoir exprimer son chagrin. Les Legentil se disent reconnaissants de voir que le psychologue du ministère de la Femme vient les encadrer. « Nou pa kapav dir penn fer nanien ».
Mais pour Ibrahim Sheik-Yousouf, il faut que l?aide soit ponctuelle. Pour apporter du réconfort à ces familles, il veut mettre sur pied un bereavment support, comme il en existe dans chaque village sri lankais. « Là-bas, des villageois sont formés pour accompagner la famille endeuillée, à l?aider à effectuer des démarches administratives, etc. »
Malgré dix ans d?effort, le taux de suicide chez les jeunes ne cesse de grimper. Selon le président de Befrienders, 300 à 400 d?entre eux se donnent la mort chaque année. « Ceux qui ingurgitent des tranquillisants et qui meurent un mois plus tard ne sont pas répertoriés comme des personnes ayant commis un suicide, ceux qui se noient se retrouvent dans la même catégorie. » Et puis, le suicide est encore tabou dans certaines familles, en raison de la religion, ou du regard des autres?
Pour mieux être à l?écoute des personnes aux pulsions suicidaires, il faut faire plus. « Je lance un appel pour que ceux qui se sentent déprimés nous appellent, ou qu?ils viennent nous voir au centre. Il y aura toujours une personne pour les écouter? »
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