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Sucre : un plan B pour assurer une réforme plus ?équitable?

29 octobre 2007, 00:00

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Réformer pour mieux redistribuer. Le Premier ministre, Navin Ramgoolam, a annoncé samedi, lors d?un point de presse, que le gouvernement proposera un nouveau plan stratégique. A moins que les sucriers ne démontrent un intérêt pour relancer les discussions sur les bases souhaitées par le gouvernement.

La demande des autorités pour 1 500 à 2 000 arpents de terre des sociétés sucrières en échange de l?autorisation de fermeture de trois sucreries aura tout fait capoter. Les sucriers soutiennent de leur côté qu?ils ont toujours fait preuve d?ouverture face aux demandes du gouvernement dans le cadre de cette réforme.

Navin Ramgoolam insiste que la réorientation du secteur sucre, en l?occurrence l?émergence de nouveaux clusters (énergie, distilleries et raffineries) devra profiter davantage à l?ensemble de la population. Les petits planteurs et les employés de l?industrie sucrière devraient pouvoir participer à l?actionnariat des nouvelles activités. Dont la production de l?énergie qui, aux dires du Premier ministre est ?très, très, très rentable?.

La Multi Annual Adaptation Strategy (MAAS) dans sa forme actuelle ne répond pas à ces objectifs. Navin Ramgoolam a un plan B qu?il compte utiliser même si cela implique des retards dans la mise en ?uvre de la restructuration et de l?obtention des mesures d?accompagnement de l?Union européenne (UE). Une grosse partie de cette enveloppe est destinée à financer les coûts sociaux de la réforme, tels les indemnités des départs prématurés et le recyclage professionnel des futurs retraités.

<B>Actionnariat des raffineries</B>

?Je concède qu?il y aura des retards?, dit le chef du gouvernement. Il avance toutefois que l?UE est sensible à la démarche du gouvernement et qu?elle ne remettra pas en cause les aides promises. ?Il n?y a aucun problème entre l?UE et le gouvernement sur la question de réforme sucre. J?irai même plus loin pour dire que l?UE va soutenir le gouvernement même dans l?hypothèse d?une modification du MAAS. La campagne qui a eu lieu cette semaine pour faire croire qu?il y a un problème entre le gouvernement et l?UE est sans fondement?, maintient Navin Ramgoolam.

Le problème n?est donc pas Bruxelles, mais les groupes sucriers qui feraient preuve ?d?un diktat d?un autre âge? devant le souhait des autorités pour faire profiter les fruits de la nouvelle industrie de la canne aux autres partenaires de l?industrie et à la population en général.

Cette ?transformation juste et équitable? du secteur sucre comprend trois requêtes sur la table des discussions. Premièrement, le gouvernement demande aux sucriers de lui céder des terres pour pouvoir réaliser des projets sociaux et de développement de l?infrastructure ainsi que de la diversification agricole.

Deuxièmement, il y a une demande pour une participation élargie dans l?actionnariat des raffineries et des distilleries. Troisièmement, il faut aussi ouvrir la production d?énergie. ?La population qui paye sa facture d?électricité et qui permet aux producteurs de réaliser une profitabilité exceptionnelle doit être adéquatement recompensée?, fait ressortir le Premier ministre.

Ce dernier est d?avis que ces requêtes sont légitimes et sont dans l?intérêt de toute la population. ?Malheureusement, les grands propriétaires ne voient pas les choses de cette manière. Ils refusent de faire preuve d?ouverture et adoptent des positions rigides. Ils refusent de partager les bénéfices de la réforme?, déplore Navin Ramgoolam. ?D?ailleurs, la MAAS préconise quatre raffineries, mais les groupes sucriers disent qu?ils vont construire seulement deux. C?est un changement mais, cela ne remet pas la validité du document en question.?

Le chef du gouvernement déplore que les sociétés sucrières tardent à fournir les informations demandées par les autorités dans le cadre des négociations. ?Les informations arrivent au compte- gouttes. (?) Cela ressemble étrangement à des tactiques dilatoires.?

<B>Contentieux autour des terres</B>

Ces chiffres sont importants d?abord pour faire la lumière sur le business de l?électricité par les sucriers. Navin Ramgoolam cite le cas de la centrale thermique de Belle-Vue qui a recouvré son investissement initial de l?ordre de Rs 521 millions (en 1998) en l?espace de trois ans avec des bénéfices de Rs 680 millions. Entre 2001 et 2006, cette centrale a rapporté Rs 1,18 milliard, soit 226 % de son capital.

La centrale thermique de St Aubin (qui roule exclusivement au charbon) a récupéré en trois ans Rs 230 millions sur les Rs 235 millions d?investissement de départ. Il ne fait pas de doute pour Navin Ramgoolam que l?activité énergétique est extrêmement rentable grâce notamment aux prix garantis par le Central Electricity Board qui achète cette électricité. ?Les compagnies sucrières prennent le minimum de risques. C?est la population qui prend pratiquement tous les risques?.

Même si l?énergie est source de beaucoup de tensions entre l?Etat et les sucriers, c?est surtout le contentieux autour des terres qui est le plus grand obstacle à surmonter. ?La question des terres était devenue un obstacle majeur dès le départ. C?est cela qui a amené les négociations dans une impasse. C?est faux de dire qu?il y a eu un accord sur les terres. Au fait, l?attitude des sociétés sucrières est très éloignée de celle que nous avions souhaitée? maintient Navin Ramgoolam.

RÉACTION

<B>MSPA : ?Nous avons déjà donné 2 500 arpents?</B>

■ Les producteurs sucriers sont amers devant les critiques du Premier ministre à leur encontre. D?abord sur le dossier des terres. La Mauritius Sugar Producers Association (MSPA) affirme que le secteur sucrier a mis à la disposition des autorités environ 2 500 arpents de terre pour divers projets sociaux, pour le développement d?infrastructure et pour accommoder le Voluntary Retirement Scheme (VRS). ?La MSPA récuse fortement toute accusation de rigidité et de manque d?ouverture?, affirme un communiqué de l?Association des usiniers. Celle-ci note que le gouvernement est venu introduire de nouvelles conditions, sans consultation préalable, pour autoriser la centralisation des usines. ?Les 94 millions d?euros (environ Rs 4 milliards) réservés au secteur corporatif iront en totalité aux employés dans le cadre de la diminution obligatoire des effectifs pour rester compétitif.

Du reste, la MSPA réitère son souhait que ces montants soient payés directement par les autorités aux bénéficiaires?. Les usiniers devront, d?autre part, trouver Rs 30 millions pour compléter le coût total du package social de la centralisation. Les investissements dans les nouvelles filières de la canne ? chiffrés à Rs 16 milliards ? ne bénéficient pas des mesures d?accompagnement et doivent être financés à partir des emprunts bancaires. ?Les projets d?électricité par les sucriers n?ont pas tous le même niveau de rentabilité et certains d?entre eux ont un retour sur un capital très modique?, rappelle la MSPA. Au sujet de l?ouverture de l?actionnariat des nouveaux clusters, l?association avance que les employés et les planteurs, à travers le Sugar Investment Trust, et l?Etat, à travers la State Investment Corporation, participent déjà ?de manière fort appréciable? à la rentabilité de ces projets.

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