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Sucre : que nous réserve l?avenir ?
Le pays prend conscience du choc sucrier. Chez les producteurs comme chez les dirigeants politiques, l?inquiétude grandit tandis qu?un scénario de crise sucrière se dessine à l?horizon.
Le Conseil européen des ministres de l?Agriculture a finalement tranché en faveur d?une réduction ? brutale ? de l?ordre de 36 % du prix du sucre garanti sous le Protocole sucre. La baisse se fera par étape : 5 % en 2006-2007, 5 % en 2007-2008, 15,6 % en 2008-2009 et 36 % en 2009-2010. D?autres dangers guettent avec la disparition des prix garantis. C?est une formule de prix de référence qui sera à l?ordre du jour. Les prix du sucre qu?obtiendra Maurice en Europe seront de plus en plus alignés sur le cours mondial de cette commodité, ce qui représente une source d?instabilité additionnelle pour l?industrie.
Un tel scénario sonne le glas de l?industrie. L?économie dans son ensemble vivra très mal cette situation. «Il y aura d?abord un manque à gagner très important en termes de recettes d?exportation. Ce qui aura des effets multiplicateurs négatifs sur l?ensemble de l?activité économique et entraînera une diminution de la production nationale, qui elle-même influera négativement sur la croissance économique», prévient l?économiste Eric Ng, directeur du cabinet PluriConseil.
«accélérer la réforme»
Le sucre a une dimension multifonctionnelle dans la société mauricienne. Outre l?apport en devises étrangères à l?économie, son maintien représente dans une large mesure une caution pour la stabilité sociale et politique ainsi que pour la poursuite du développement rural. Quelque 60 000 habitants de villages principalement sont directement ou indirectement engagés dans l?industrie sucrière.
La baisse représente un manque à gagner de plus de Rs 3,6 milliards par an, soit plus d?un tiers des revenus sucriers. «Une baisse de 36 % est trop élevée et insoutenable si rien n?est fait. Cela démontre l?urgence de la réforme au niveau local. Le statu quo mènera vers la catastrophe. Il faut accélérer la réforme si nous voulons que le secteur sucre reste une activité économiquement viable», s?inquiète Jean Li, secrétaire général de la Chambre d?Agriculture.
La sugar diplomacy a encore une dernière carte à jouer à Bruxelles, celle en faveur des mesures d?accompagnement fortes. L?Europe devrait contribuer financièrement aux efforts de l?industrie mauricienne pour demeurer compétitive. La restructuration et la modernisation nécessiteront des investissements de l?ordre de Rs 23,5 milliards sur les dix prochaines années selon la feuille de route de la réforme. Mais avec la baisse de recettes, l?industrie ne sera pas en mesure de mobiliser de telles sommes. Il faudra compter sur les enveloppes d?aide pour obtenir les financements nécessaires.
Pression sur bruxelles
Le ministre de l?Agro-industrie, Arvin Boolell, explique la marche à suivre du gouvernement face à la crise qui menace. Maurice va jouer sur trois tableaux : maintenir la pression sur Bruxelles pour obtenir le meilleur arrangement possible sur le plan des enveloppes d?aide destinées à compenser les manques à gagner et à financer la modernisation et la réorientation de l?activité sucre ; engager un lobbying au niveau de l?Organisation mondiale du commerce (OMC) pour inclure le sucre sur la liste des produits sensibles ; et accélérer la restructuration de l?industrie.
D?autre part, le gouvernement prévoit toute une série d?initiatives afin de ne pas décourager les petits planteurs. «Nous disons aux planteurs que malgré l?envergure de la baisse, ils peuvent encore rentabiliser leurs activités. Nous sommes en train de soutenir leurs efforts en vue d?un plus grand rendement notamment à travers des projets d?épierrage», déclare Arvin Boolell.
En contrepartie de ces facilités, les planteurs devront s?engager à maintenir leurs terres sous culture de la canne pendant une période de cinq ans au minimum. Le gouvernement travaille actuellement sur les modalités légales et pratiques de cette idée.
Encourager le regroupement des petits planteurs en vue de réduire les coûts des opérations est une idée que le gouvernement tient à c?ur. «Il faut promouvoir le concept du regroupement auprès de la communauté des planteurs. C?est le seul moyen d?arriver à des coûts de production soutenables. Il faut également penser en termes de sous-produits de la canne. Les planteurs devront devenir des actionnaires des entreprises de production de l?énergie à partir de la bagasse et de production de l?éthanol», soutient Guirdharry Juggessur, président de la Mauritius Cooperative Agricultural Federation.
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