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St. -Antoine S.E. vend Mont Mascal (290 A.)

21 mai 2007, 00:00

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D?industrie-mère, notre Sucre devient chaque jour davantage grand-mère pour ne rien dire de plus péjoratif. Le comble pour cette vache laitière nationale, depuis 1639 ou presque, c?est qu?à force d?avoir été trop sucrée, d?abord par un fisc insatiable, puis par une spéculation foncière non moins vorace, elle se retrouve aujourd?hui plus moribonde que jamais, aux prises avec un chantage éhonté, se chiffrant à plus d?un millier d?arpents alors qu?on la sait au régime de la diète européenne. ?La terre ou la survie !? devient la devise forte de ses détrousseurs locaux.

A quand date le déclin de notre industrie sucrière ? On peut avancer qu?elle atteint son âge d?or vers 1953, quand notre Chambre d?Agriculture dispose encore du dynamisme voulu pour célébrer dignement mais surtout intelligemment son centenaire, notamment avec la publication d?un Livre d?Or qui sert encore de référence, faute d?avoir pu faire des petits en 1978 (125 ans) et surtout en 2003 (un siècle et demi). Le Sucre est alors peut-être au sommet de sa gloire, fier qu?il est de pouvoir, bon an, mal an, produire une tonne par tête de pipe, dans le chantier général de reconstruction de l?après Seconde Guerre mondiale. C?est, bien sûr, sans compter avec la bienheureuse éradication de la malaria séculaire, engendrant une surpopulation galopante, terrifiant à ce point les professeurs Meade et Titmuss qui conseillent sans tarder aux boutiquiers colonialistes de Londres de lâcher au plus vite ce confetti d?empire qu?est notre île Maurice créolophone et peuplée de trois habitants originaires de l?Inde sur quatre, tandis que le quatrième est soit sang-mêlé soit originaire d?Afrique ou de Madagascar. Les Anglais se sucreront au passage, à l?encontre des conventions onusiennes, pourtant votées par eux, en nous extorquant les Chagos, Diego Garcia comprise.

Le déclin de notre Sucre national commence peut-être en 1973 (année du record de production avec 718 464 tonnes) ou peut-être même en 1986 (meilleure production annuelle de 706 839 tonnes depuis le record de 1973). En 1982, on espère même produire plus de 700 000 tonnes. C?est dire, avec l?ami Philo, que tous les espoirs sont permis (nos usines sucrières ne produiront en fait que 687 940 tonnes). En 2007, on nous promet une production de 450 000 tonnes, soit déjà moins qu?en 1994, année de Hollanda (500 209 tonnes), sans doute moins que 1980 et 1975, années de Claudette plus Hyacinthe et de Gervaise (475 494 et 464 256 tonnes respectivement).

Pour sûr d?autres piliers économiques autrement plus rentables ont depuis fortement contribué à la chute, du moins économique, de notre King Sugar mais qui demeure, en 2007 encore, la cible préférée de nos démagogues les plus virulents, de tous poils et de tous craints comme la peste, sinon le choléra.

Si la chute de notre productivité sucrière ne marque pas le début d?un déclin irrésistible de notre industrie-mère, l?on peut aussi se tourner vers les établissements sucriers les plus mal lotis, contraints de vendre une partie de leur capital foncier pour régler leurs dettes les plus criardes et gagner quelques années de survie. Saint-Antoine S.E., dans l?extrême nord de l?île, n?est certes pas le premier établissement sucrier aux abois, au point de devoir vendre, en mai 1982, sur la place publique, une partie de ses enfants fonciers. La plupart des autres sucreries, ayant pu fermer leurs portes, avant cette vente symbolique des 290 arpents de Mont Mascal, l?ont fait pour diverses raisons économiques sinon comptables (dettes insolvables, centralisation pour une meilleure structuration ou pour l?optimalisation de la productivité, réduction des frais généraux). Mais quand le bon Saint-Antoine doit vendre Mont Mascal, il sait que les autres établissements sucriers voisins n?ont guère envie d?acquérir cette savane desséchée, brûlée tout le long de l?année par un soleil implacable et surtout en raison de l?absence de la moindre goutte d?eau vive pour désaltérer cette terre brûlée. Echec significatif donc d?un projet, pourtant prometteur, d?irrigation adéquate des plaines du Nord, afin qu?elles deviennent le grenier de Maurice, même quand la pluviométrie annuelle n?est pas adéquate. Avant St-Antoine S.E., Bel Ombre S.E. a dû, à la fin des années 1970, menacer de ne plus payer ses employés pour qu?un gouvernement travailliste et raciste daigne prendre connaissances de ses problèmes (de liquidités pour ne pas changer).

St-Antoine S.E. doit donc vendre Mont Mascal (290 A.) pour rester dans les limites de son découvert bancaire autorisé. Celui-ci est, en principe, de Rs 15,5 millions mais atteint, de fait, Rs 21 m., soit une patience et une compréhension bancaires de 35 % pour ceux qui sont à sec. La vente de Mont Mascal est, bien sûr, un avant-goût de la braderie qui doit suivre. On parle déjà de solder 600 autres arpents, appartenant toujours à St-Antoine. Quelque 310 arpents ont déjà été vendus en 1981. Le Sucre doit à la Banque The Best bien sûr quelque Rs 650 millions. Sept autres propriétés sucrières souffrent également, en 1982, d?un manque chronique de liquidités. Et pendant ce temps, le fisc insatiable siphonne à ce Sucre exsangue Rs 400 millions sous forme de taxe de sortie. Il paraît que cela ne constitue pas un hold-up. Sa défense est inattaquable : il ne fait rien et les centaines de millions tombent d?elles-mêmes dans son escarcelle.

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