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Spéculation identitaire

14 novembre 2004, 00:00

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En ces jours où on célèbre des fêtes dites nationales, on réalise encore le décalage entre les faits et la représentation que nous en faisons. L?homo mauricianus est, à ce titre, un être bien étonnant. Il possède les qualités qui font qu?il peut à la fois être revêche et aimable. Ce qui créé l?impression d?un être hybride. Coincé quelque part dans le processus de sophistication de la société mauricienne, il est capable d?envolées fulgurantes, mais pouvant aussi se signaler par son obstination à s?arc-bouter aux lieux communs.

C?est ainsi que le désert des idées fait le nid du national-populisme. La haine et le rejet de l?établissement justifient tous les populismes. Des populismes qui s?habillent de fantasmes culturels et historiques. Ce qui érige le culte de la majorité et des minorités.

Les conditions objectives sont donc réunies pour que remontent à la surface les remugles racistes. Un bric-à-brac rhétorique permet de faire passer ces extrémismes. De petits Le Pen pointent du nez.

En fait, la montée en puissance des extrémismes rend aujourd?hui compte du désarroi de la société mauricienne, à bien des égards immature, où les intérêts politiques et sectaires ont pénétré toutes les sphères de la vie publique. La population se prête également au jeu en faisant du politique un messie, un sauveur et un incontournable intercesseur. C?est ce qui explique les rengaines et la colère du citoyen dès qu?il éprouve un motif d?insatisfaction. Le gouvernant est autant coupable de l?interruption de la fourniture d?eau chez lui, que des effets désastreux de la hausse du prix du pétrole. Les politiques non plus n?ont jamais tenté de déconstruire cette image de démiurge.

Pour relativiser les choses, nous avons inventé le jeu des comparaisons. Et là, nous sommes imbattables. Meilleurs que les pays africains, tout en faisant des yeux de Chimène à l?adresse de ces pays asiatiques qui ne cessent de nous faire une leçon de professionnalisme et de rigueur, nous tergiversons entre une représentation d?excellence et d?approximation. Parce que nous avons su depuis toujours régler nos ambitions. Le concept de réforme chez nous s?apparente à des « réformettes ». L?esprit d?initiative du secteur privé s?arrête souvent aux seuls secteurs où la prise de risque est la plus limitée. Dans le moloch administratif, l?esprit corporatiste a trouvé un appui de valeur avec les marchandages sectaires.

C?est ce qui explique que le lobbying, cette arme absolue pour influer sur la politique gouvernementale, est soumis aux déterminismes ethniques. C?est ainsi qu?on se rend compte que la relation entre l?État et les citoyens n?a pas changé de nature depuis l?indépendance. C?est un rapport profondément dichotomique. Un dirigeant de gouvernement est ou un faiseur de miracle, ou le dernier des corrompus. Un gouvernement n?est pas seulement une autorité responsable de la gestion d?un pays, il est aussi le garant des intérêts ethniques des uns et des autres.

Cela fait plus de trente ans que nous considérons le gouvernement comme le garant de nos spécificités. Cela fait plus de trente ans que l?État célèbre nos différences, que les politiques ont évacué de leur discours l?ambition d?un État séculier. Depuis l?indépendance, nos leaders politiques sont restés des héros ou alors des démons. Nous avons bien évolué. Mais les grands prêtres de la révolution des années 70 sont devenus aujourd?hui les plus grands défenseurs du statu quo.

En ces jours de fête, il aurait été beaucoup plus indiqué de célébrer une certaine idée de la nation qui aurait su intégrer toutes les particularités du pays.

Mais au contraire, nous ne cessons de nous regarder dans le rétroviseur de l?histoire. L?image qui nous est renvoyée nous conforte dans cette obsession d?une représentation survalorisée dans notre définition primairement ethnique.

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