Publicité

Sortir du jeu qui tue

18 février 2007, 00:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

L?enjeu est grave : il s?agit de la survie du pays et de sa population actuelle et à venir. Les levées de boucliers autour des dossiers qui agitent l?actualité, qui se sont cristallisés autour de la démission annoncée de Rama Sithanen, viennent confirmer un blocage social mortifère. Ce qui est en cause, c?est tout le jeu socio-politique, avec trop d?acteurs du développement qui n?arrivent pas à s?affranchir d?une mentalité et d?une vision du monde dépassées. Alors qu?il nous faut inventer et jeter les bases d?un nouveau pacte social?

Ceux qui animent le champ politique ont une énorme responsabilité dans le blocage actuel. La politique mauricienne souffre d?un problème de fond : la conception que se font la quasi-totalité de nos politiques de leur cahier de charges. Seuls le pouvoir et les privilèges associés les intéressent ; tout le reste leur importe peu. Ceci les mène, par exemple, à avoir une pratique clientéliste qui, dans le cas de certaines nominations, peut faire fi de manière outrageante des principes élémentaires de la bonne gouvernance.

Tous les autres acteurs du développement ? le patronat avec ses institutions et ses élites, le mouvement syndical avec ses leaders-animateurs, et les médias ont aussi leur part de responsabilité dans cet état des choses. Pour avoir trop longtemps choisi la facilité du bouc-émissarisme ? « pas nous sa, bann la sa » ?, pour avoir refusé de voir les réalités criantes d?une société fragilisée et déprimée, pour n?avoir pas intégré les nouvelles exigences du monde des entreprises dans un environnement mondialisé, pour avoir été des vecteurs des courants populistes, ils ont activement contribué au blocage sociétal.

Le fond du problème de la transition socio-économique actuelle de Maurice repose sur deux idées fortes : le fardeau de cette transition doit être équitablement réparti, et le nouveau modèle de développement doit reposer sur un mode de partage des richesses créées qui soit juste.

Aujourd?hui, les idéologues de la démocratisation de l?économie sont, après un discours-projet, revenus au bon sens : pour partager les richesses, il faut d?abord les créer. En face, il y a encore trop de développeurs qui s?accrochent de manière maladive à une philosophie du développement économique qui ne veut pas intégrer les valeurs d?équité, de responsabilité et de solidarité. Quant à la plupart des organisations de défense du travail et des citoyens, elles n?ont comme solutions que le « non » et une résistance sans alternative.

Tant que le débat sera alimenté par des ranc?urs et rancunes historiques qui pervertissent les rapports macrosociologiques des pouvoirs ? politique, économique et médiatique ; tant que tous les protagonistes vont se nourrir de l?idéologie victimaire, on ne pourra pas jeter les bases d?un nouveau pacte social et républicain. Un pacte qui incorpore les valeurs de l?effort, du travail, du mérite, de même que celle de la dignité humaine, de la solidarité et du vivre ensemble républicain.

L?avenir réside dans l?ouverture. D?abord et avant tout, il faut ouvrir son esprit. Que nos acteurs du développement s?ouvrent aux nouvelles idées, aux nouvelles valeurs, aux nouvelles façons de penser. Ils prendront ainsi conscience que ce ne sont pas avec les recettes d?hier qu?on construira notre avenir commun et qu?on réussira le pari du vivre ensemble mauricien. Chaque Mauricien a un devoir de devenir acteur-vecteur de ce qui est une véritable révolution culturelle.

C?est un fait que le modèle socio-économique de Rama Sithanen a péché par une certaine froideur technocratique. Mais l?arbre ne doit pas cacher la forêt. Sithanen est aujourd?hui la victime expiatoire d?une société qui refuse de manière pathologique d?ouvrir son esprit et d?utiliser son intelligence pour négocier le tournant stratégique de sa survie dans le nouveau monde. « Time is running out dangerously. » Nous devons tous nous ressaisir, sinon, de responsables nous deviendrons coupables.

Publicité