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Soreze House, douceur de vivre préservée

9 juillet 2004, 20:00

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Les pas qui crissent sur le parquet ciré. On a presque peur de marcher. Les semelles, trop habituées à la discrétion de la moquette, sont étonnées de s?entendre. Si marquées. Trop pesantes dans ce salon taillé sur mesure pour les bals et réceptions mondaines. A sa manière, la maison n?admet pas que l?on piétine sa dignité. Elle partage avec nous sa grâce des temps passés en nous forçant à adopter une démarche plus souple et légère.

Sans prétention mais tellement parlante, Soreze House se cache derrière ses huit colonnes, dans les méandres de Phoenix. «Cette maison appartient à la propriété sucrière de Bel-Air», indique Dev Dusoruth, secrétaire du IOR-ARC, en nous ouvrant la porte de son bureau. «Le bail tourne autour de Rs 45 000 par mois. Nous l?occupons depuis 1997.»

Ses plus proches voisins : Macarthy House, résidence de l?ambassadeur américain et tout à côté, la demeure de Pravind Jugnauth, vice-Premier ministre. Signe de son authenticité dans ces parages prestigieux : les perrons en arc de cercle qui aboutissent à la varangue dallée de blanc et de noir.

Première intrusion du temps présent : un ameublement un peu kitsch dans un camaïeu de vieux rose, relevé de lisérés dorés. Un peu voûté dans l?un des sièges, Ton Moonoo Bacchoo ? intendant qui sera centenaire en septembre ? venu nous raconter une vie au service d?une maison devenue, par la force de l?habitude, comme un membre de la famille.

«Sa lakaz la ti Soreze avan.» Nous nous redressons dans notre fauteuil. Les 99 ans fringants de Ton Monoo n?ont pas altéré sa mémoire. La maison de Phoenix était fièrement dressée sous le soleil portlouisien à hauteur de Pailles. Elle a ensuite été démontée au 19e siècle, puis reconstruite à Phoenix par son propriétaire, Frank Wilson, avant d?être adoptée par son descendant, Paddy Roundtree.

C?est un coup d??il neuf que nous lançons aux poutres apparentes ? en acajou ? du plafond. Détail esthétique de la maison : les poutres ont été badigeonnées de blanc dans les autres pièces, excepté le salon.

D?un pas un peu hésitant, le presque centenaire tient à nous faire faire le tour du propriétaire. Avec révérence, il ouvre la porte d?une pièce qui fut sa chambre ? «pou ki mo la kan misie bizin mwa» ? avant de nous guider du côté de la cuisine et son vestige de cheminée.

TROIS CHAMBRES SOUS LES TOITS

Tout au fond, au-dessus d?une étagère fixée de manière incongrue à un pan de mur visiblement rapporté et couvert de marbre blanc, une étagère en bois de badamier. Un matériau qui se répète dans les losanges des garde-manger, le carré de la table et les deux étagères qui descendent du plafond par deux chaînes en fer forgé.

Pièce de résistance : l?escalier en spirale qui tangue sous nos pas. Un léger vertige pour monter vers les chambres des maîtres.» Trois chambres à coucher sous les toits. Nous ne pouvons qu?imaginer les états d?âme, les bonheurs et les petits soucis des habitants du temps jadis. Ont-ils souvent eu, comme nous, notamment par les soirs de pluie, l?impression que le toit en pente glissait imperceptiblement, entraînant dans sa course le bardeau à peine couvert de mousse ? Le travail de charpenterie est encore plus visible à l?étage. Un quadrillé tiré au cordeau qui tient les trois lucarnes perchées sur le toit.

Revenus au rez-de-chaussée, nous suivons ses compartiments réguliers : un cabinet de toilette garni d?armoires aux portes rangées sur deux niveaux. «Enn kote ti pou misie, enn kote ti pou bann kosmetik madam.» A côté, un couloir étroit, sorte de vestibule pour le petit personnel. Il ne reste plus qu?une table noircie par le temps, «kot zardinie ti gagn dite».

PETIT BIJOU TRONQUE

Un lieu clos qui ouvre sur le jardin, petit bijou tronqué pour cause de morcellement. En arrière plan : des essences centenaires qui servent de coussin à un parterre de fougères. Semés dans le jardin où domine le vert de l?hiver : un plant de 4-épices et des sapins. Sur un tronc vigoureux, des cornes de cerf qui tirent leur profit des fines gouttelettes de pluie. Latanier, camphrier sont autant d?écrins qui font ressortir le rouge vivace d?un plant de camélia.

Excentré dans cette flore tropicale, un bassin en forme de croix. Ses parois envahies par des lianes invitent les lys et les anthuriums à s?adosser à sa colonne vertébrale en béton.

Mais aucun risque d?anarchie. Anand, le jardinier, veille.

SOS maisons en danger

Si c?est seulement la superficie initiale d?un arpent de Soreze House qui a été affectée par le développement foncier, d?autres maisons coloniales sont à l?agonie ou n?existent déjà plus. Ce mois-ci, c?est à la route royale, Moka que les bulldozers ont frappé. La cible, la maison d?Eugène Leclezio, frère de Henri Leclézio, propriétaire de la maison Eureka. Construite au début du 19e siècle, elle avait été agrandie puis reconstruite en 1876. Sa particularité : elle était entièrement en pierre de taille. Dans la cour, se tenaient des maisons d?esclaves, un perron arrondi sur un espace de trois colonnes, le tout en parfait état de conservation. Sont menacés, d?autres ensembles architecturaux importants tel le bâtiment de Concorde, à l?angle de La Chaussée et du Jardin de la Compagnie. Ce vestige du temps passé était anciennement occupé par la Concorde Tourist Guide, filiale de Médine. Risquent donc de disparaître : son escalier en acajou, ses fenêtres ajourées, ses colonnes en fonte et ses trottoirs au cordeau. Egalement dans le collimateur : le bâtiment de la Chambre de Commerce.

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