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Sonia poonoosamy la sollicitude comme guide

20 novembre 2004, 00:00

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Il y a un je-ne-sais-quoi de rassurant dans le physique de Sonia Burch-Poonoosamy. Cela se situe peut-être dans son regard. Ses yeux couleur pervenche fondent dès qu?ils se posent sur les enfants de l?abri, notamment sur Sarah, un bébé d?un mois et demi, qui mâchouille sa tétine.

A moins que cela ne soit son physique, tout en rondeurs, qui tranquillise. Quand on s?immisce dans le passé de Sonia, on constate que le sentiment de calme qu?elle suscite tient également d?un savoir-faire. Celui-ci a été acquis après des années d?encadrement de personnes âgées en institutions spécialisées et d?enfants présentant des retards profonds du développement.

Cette Suisse-Allemande tient de sa mère ce besoin de prodiguer constamment de l?attention. Femme au foyer au grand c?ur, elle invitait des enfants étrangers dans le besoin à séjourner avec la famille.

<B>Convictions humanistes</B>

A la fin de sa scolarité, elle apprend le français. Elle se rend ensuite à Lausanne et décide de trouver du travail dans une institution pour personnes âgées. «J?avais 17 ans et je voulais essayer ce métier. Dès que j?ai commencé, j?ai aimé, car les êtres fragiles m?ont toujours interpellée. Ils ont besoin de chaleur humaine et d?amour.»

Pendant les dix années qui suivent, Sonia fait des allées et venues entre les institutions pour personnes âgées et celles pour enfants trisomiques. Elle bénéfice de formation sur l?encadrement à prodiguer. Ces expériences confirment ses convictions humanistes. «Je ne suis pas sur terre pour ne m?occuper que de moi, mais aussi des autres.» Dans une de ces institutions, elle croise le Mauricien Ramsay Poonoosamy. Il étudie pour être éducateur spécialisé auprès des alcooliques et des drogués. L?amour est au rendez-vous. Ils se marient et ont deux enfants, Shekinah, aujourd?hui âgée de 19 ans et Dan, 16 ans.

Les Poonoosamy seraient sans doute restés en Suisse si Sonia n?avait eu des ennuis de santé. Un climat chaud lui est recommandé. Ils s?installent à Albion. A chaque fois qu?elle ouvre ses fenêtres, ses yeux rencontrent les frêles silhouettes d?enfants vivant dans l?abri du ministère de la Femme. Ils paraissent si tristes. Elle demande l?autorisation au ministère de la Femme de passer une journée avec eux. Ainsi, tous les jeudis depuis deux ans, elle y consacre deux heures. «J?apportais des gâteaux et des ballons pour les anniversaires, je baignais les bébés et je jouais avec les plus grands. C?est une satisfaction quand on arrive et que 40 enfants nous sautent dessus en nous appelant maman (...) Et ces sourires de joie quand ils vous regardent. C?est extraordinaire.»

Elle apprend que le ministère de la Femme veut confier la gestion de l?abri à une organisation non gouvernementale (ONG). Elle constitue une ONG qu?elle baptise Shalom. Elle soumet sa demande au ministère de la Femme.

Quand la requête de Shalom est acceptée, Sonia est aux anges. «Je me suis dit que j?allais (...) leur donner de la chaleur humaine à en revendre pour leur faire surmonter le traumatisme qu?ils ont vécu.» En septembre, Shalom met les pieds dans les locaux de l?abri du ministère de la Femme. Ses responsables s?occupent de 45 enfants de zéro à 18 ans, dont une dizaine sont des garçons d?un à 12 ans. Sonia dirige aussi dix employés.

Appelée à dire ce que cette ONG a apporté depuis qu?elle a pris la gestion de l?abri, elle réplique que « depuis le 1er septembre, ces enfants ont une alimentation équilibrée, des vitamines et des soins médicaux autres que le paracétamol que peut fournir le dispensaire ou l?hôpital. Quand ils arrivent ici, ils sont mal nourris. Notre priorité est de leur donner un bon repas et les remettre sur pied. Cela a l?air bête, mais cela fait toute la différence.» Elle insiste aussi sur l?hygiène.

Sonia refuse que les enfants qui ne sont pas scolarisés ou qui ne suivent pas les cours de l?instituteur venant à l?abri, passent leur journée devant la télévision. Elle veut responsabiliser les plus grands en les incitant à ranger leur chambre et à faire pousser des légumes. «Nous allons bientôt aménager une cage pour lapins et nous voulons qu?ils s?occupent de ces bêtes. L?aménagement d?un poulailler est aussi prévu.»

<B>L?éducation, Une priorité</B>

Elle mise beaucoup sur cette responsabilisation. Ce, après avoir fait l?expérience avec une jeune fille qui fuguait. Il ne restait plus que deux solutions, le placement à l?hôpital Brown Séquard ou dans un couvent. Pour éviter cela, Sonia l?a encouragée à prêter main-forte aux employées s?occupant des bébés. «Elle s?active sous la supervision du personnel. Cette tâche la fait se sentir responsable. Elle s?en acquitte très bien.»

Sonia peut compter sur le soutien de la psychologue déléguée par le ministère de la Femme. Elle aurait cependant souhaité que le ministère de la Santé lui envoie un médecin généraliste.

Sonia pense aux changements qu?elle doit apporter à l?abri. Elle ne conçoit pas qu?il n?y ait que deux salles de bains pour 45 enfants. Elle trouve inacceptable que beaucoup de jeunes filles de l?abri ne sachent pas écrire leur date de naissance, ni leur nom. «L?éducation de base, c?est aussi notre priorité. (...) Il est important que ces enfants aient des connaissances de base de lecture et d?écriture pour envisager un apprentissage professionnel et une insertion sociale.»

Sonia est reconnaissante envers le ministère de la Femme pour son soutien. Même si elle n?est pas pour la mixité dans l?abri. «Il est important que les garçons aient un abri à eux et les filles le leur. Car la majorité de ces enfants ont été abusés sexuellement.»

Elle trouve aussi que les fonctionnaires du ministère ont une bonne compréhension des enjeux concernant les enfants. «Le ministère nous gâte beaucoup (...). J?aurais voulu toutefois moins en dépendre. J?aurais préféré que davantage de particuliers soient prêts à offrir non seulement de l?argent et des dons, mais aussi de leur temps. Il est important que les enfants ne voient pas les mêmes têtes et qu?ils se sentent traités comme des enfants normaux.»

Cela lui brise le c?ur d?héberger parfois des enfants, juste le temps d?un week-end. Elle tente de leur donner tout ce qui est humainement possible. «On essaie d?apporter, en un minimum de temps, un maximum en termes de chaleur humaine, d?alimentation équilibrée, de médicaments, de soins.»

Le contrat de Shalom avec le ministère de la Femme est de deux ans. Sonia veut enclencher des modifications assez rapidement. Et même, si à la fin de l?échéance, il n?est pas renouvelé, Sonia entend trouver d?autres enfants à encadrer. Est-ce à dire qu?elle a rendu son tablier par rapport aux personnes âgées ? «Les personnes âgées ont besoin autant d?affection qu?un nouveau-né. Mais ils nécessitent beaucoup de force physique dont je ne dispose plus. Quoi qu?il arrive, ma motivation sera toujours le bien-être des enfants.»

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