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Sonder les coins et recoins de l?âme
On sent chez Poonam Saddul une soif d?accumuler un maximum de connaissances pour mieux les mettre au service du plus grand nombre. Deux mois et demi à peine après son retour d?Australie, où elle a réussi sa maîtrise en counselling ? comprenez en psychologie ? avec spécialisation dans les troubles psychologiques, elle se porte volontaire auprès du SOS Villages des enfants.
Consciente qu?un traumatisme refoulé peut être soigné par l?hypnose, elle suit en parallèle un cours à distance auprès de l?Academy of Applied Hypnosis de Sydney, pour obtenir son Advanced Practioners? Certificate in Clinical Hypnotherapy. «Cela peut paraître prétentieux, mais je sens que l?île Maurice profonde a besoin de professionnels comme moi», déclare-t-elle avec tout le sérieux du monde. Elle s?explique.
Il y a certes une vingtaine de psychologues à Maurice. Mais la majorité exerce dans le privé. Les professionnels employés par le service public se comptent sur les doigts d?une main. Poonam le sait, car il y a deux ans, elle a fait un stage de cinq mois dans l?un des Family Support Bureau du ministère de la Femme. Elle est choquée par le nombre d?abus sexuels sur les enfants, notamment d?inceste, et les cas de violence conjugale enregistrés en grande partie au sein des familles éclatées vivant dans les régions rurales.
Comprendre le comportement
Ces types de bureaux ont le mérite d?exister, souligne-t-elle. Mais le seul point négatif qu?elle note concerne le suivi des victimes. «Le service est là. Or, c?est aux victimes d?en prendre avantage, alors que cela devrait être l?inverse.»
L?intérêt de Poonam pour la fragilité des êtres remonte à sa scolarité au collège Lorette de Curepipe. En raison de sa capacité d?écoute, c?est vers elle que se tournent ses copines pour confier leurs problèmes relationnels. A l?issue de sa Form VI, où elle a approfondi la géographie surtout pour plaire à son père Prem, féru de cette matière, elle devient institutrice d?Environmental Studies et d?anglais au collège Lorette de Vacoas.
Si elle apprécie de transmettre ses connaissances aux enfants, sa patience bute sur l?insoumission de quelques-uns. «Je n?arrivais pas à capter leur attention. C?était frustrant.» Voulant comprendre leur comportement, elle suit un cours sur la psychologie de l?enfant et de l?adolescent animé par Irène Alessandri pour les enseignants du Bureau de l?éducation catholique. Dès le premier cours, elle a sa révélation. Elle veut être psychologue.
Poonam décide alors de se rendre en Australie, à Melbourne, où l?université de Monash offre la filière psychologie. Une fois son mal du pays passé, elle s?adapte à la vie universitaire. Durant les deux premières années de cours menant à la licence en psychologie, Poonam n?est pas sûre d?avoir fait le bon choix. Il y est beaucoup trop question d?analyse de différentes sociétés, de biologie et d?anatomie. Le transfert des étudiants de psychologie sur un autre campus de l?université de Monash n?arrange pas les choses.
Déceler les abus
Après un passage à vide, Poonam se ressaisit et rattrape son retard. Cette fois, les sujets traités l?intéressent car il s?agit des pathologies chez l?adulte : le dédoublement de la personnalité, la schizophrénie, la dépression maniaque etc.
La jeune femme aurait pu s?en tenir à une troisième année d?études pour obtenir sa licence. Mais c?est mal connaître Poonam. Elle tient à faire une quatrième année pour maîtriser d?autres branches de la psychologie, telles la neuropsychologie.
Sa licence en poche, elle s?accorde six mois de vacances avant de commencer sa maîtrise. Elle se spécialise dans la psychothérapie pour troubles psychologiques. C?est à ce moment qu?elle regagne Maurice pour effectuer son stage pratique au Family Support Bureau de Bell-Village.
Poonam est touchée par les conséquences de l?inceste et des abus sexuels sur les enfants. Elle décide, à son retour en Australie, de suivre en parallèle à ses études une formation sur l?encadrement des enfants victimes de traumatismes auprès de l?Australian Childhood Foundation.
Elle réussit sa maîtrise en juillet dernier. A peine rentrée, elle se met en tête de maîtriser l?hypnose pour mieux traiter les traumatismes refoulés durant de longues années. «Un traumatisme ne s?oublie jamais, tant il est profond. C?est pour cela qu?on utilise le terme survivant. Les thérapies sont plus effectives quand la personne traumatisée en parle dans les 48 heures suivant le choc. Si elle le refoule sur une longue période, les effets de la thérapie seront plus longs à venir. Il faudra peut-être recourir à l?hypnose qui permet l?accès à l?inconscient et aux souvenirs enfouis.»
Outre d?encadrer les enfants du SOS Village des enfants, Poonam prévoit pour bientôt une session de formation avec leurs «mères». Celle-ci leur permettra d?être mieux outillées pour déceler les symptômes d?abus et de dépression. Comme Poonam souhaite acquérir de l?expérience, elle veut atteindre le grand public, qui n?a pas forcément les moyens de s?offrir des thérapies dans le privé. Mais les opportunités dans le secteur public sont actuellement inexistantes.
Ces derniers temps, il est beaucoup question de thérapies pour les agresseurs. Poonam y croit. «On a tendance à les condamner. On oublie que dans la majorité des cas, ils sont eux-mêmes des victimes qui ne font que reproduire le schéma vécu. A ce titre-là, il faut leur offrir une thérapie, sans garantie qu?elle réussira à tous les coups. Mais il faut essayer en se rappelant qu?ils sont des victimes et qu?à ce titre, il faut les aider et les aimer.»
Si elle trouve la société mauricienne mal en point, elle a confiance en la génération future. «C?est bien d?avoir mis en place des structures d?encadrement pour enfants traumatisés, s?ils bénéficient d?un soutien psychologique rapide. Ainsi, plus tard, ils ne reproduiront pas les schémas violents sur leurs enfants. Si on ne peut prévenir les abus, il est possible de tenter de les minimiser par une éducation sur les comportements à risques et le savoir-vivre. Cela pourrait se faire à l?école, dans les centres sociaux, dans les entreprises. La génération future aura plus de chances d?être protégée.» Une balle dans le camp de la société?
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