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Somduth dulthumun, fédération des temples hindous «La politique est publique, la religion est privée»

31 octobre 2003, 20:00

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Vous avez annoncé votre décision de ne plus inviter de politiciens lors d?évènements culturels ou religieux ?

Nous avons, en effet, organisé une conférence de presse pour dire qu?il faut mettre un terme à cette pratique.

Nous organisons une fête le 2 novembre, pour commémorer l?arrivée des travailleurs engagés indiens à Maurice, mais nous n?invitons pas de politiciens. Toutes les grandes sociétés de la communauté hindoue suivront ce principe.

Cela pourrait aussi signifier une coupure des subsides aux associations religieuses ?

Non. En ce qui concerne les subsides, c?est différent. Il s?agit d?un partage équitable.

Comme d?autres, votre association invitait des politiciens à ses activités, comment cela se passait-il ?

Oui. Lors d?activités, nous invitions des politiciens en tant que représentants du gouvernement ou en tant qu?hindous. Ils agissaient en gens responsables et respectaient les limites.

Pourquoi décidez-vous alors de ne plus les inviter?

Parce que ça ne sert à rien d?inviter les politiciens tout le temps. De plus, la majorité des gens n?apprécie pas leur présence lors d?une fonction religieuse, qu?ils soient de leur communauté ou non. On pense que le nom d?un politicien est un élément rassembleur dans certains cas. Mais ce n?est pas le cas.

Quel est le lien entre groupes religieux et politiques, selon vous?

Je crois que les deux ne vont pas de pair. Surtout lorsque des politiciens ou les dirigeants de sociétés socioculturelles se comportent comme ils le font. Ce sont deux extrêmes qu?il faut séparer.

De quel genre de comportement parlez-vous ?

Il semble que les personnages politiques profitent des plateformes de sociétés religieuses pour faire de la politique. Les dirigeants de sociétés religieuses profitent de la situation pour que les politiciens travaillent dans leur intérêt. Dans les deux cas, cela se fait au détriment de la religion et de la société en général.

Condamnez-vous les discours politiques subtilement caché derrière des discours religieux ?

Certaines nuances et interprétations sont passables. Mais chaque fois, ce sont d?autres messages politiques que les politiciens tentent de faire passer. Cela s?applique aux politiciens de tous bords et n?est plus acceptable.

Pensez-vous que la religion est exploitée à des fins politiques ou, à l?inverse, estimez-vous qu?il y a davantage une exploitation des politiciens par les religieux?

Il paraît que les deux abusent de leur position, ce qui cause beaucoup de mal et de frustration dans les sociétés. Les gens s?adonnent à ce jeu pour leur propre intérêt. Les fêtes religieuses sont parfois utilisées comme des meetings pour certains.

Ce que vous annoncez, c?est aussi la fin des lobbies politico-religieux, pour se faire entendre, pour avoir un nouveau temple ou centre, pour une nouvelle route ?

Je ne suis pas contre les gens qui cherchent leur avantage. C?est humain après tout. Mais l?on ne doit pas se cacher derrière la société, derrière la religion pour arriver à ses fins. Pour ce qui est des centres ou des routes, c?est la responsabilité des municipalités ou des conseils de district.

Dans un pays résolument religieux, les politiciens ne peuvent ignorer la religion et l?écarter de leur campagne. Votre solution durera-t-elle ?

Nous nous démarquons aujourd?hui car nous voulons donner l?occasion aux nouveaux venus de pouvoir travailler indépendamment des politiciens.

Jusque-là, on disait que les sociétés religieuses ont toujours été très, voire trop proches du pouvoir en place, quel qu?il soit?

Il est vrai que nous sommes en collaboration avec l?Etat, mais pas avec les partis politiques. Un politicien est-il obligé de parler de religion ou de communauté lors d?une campagne ? Non. Une personne, un politicien qui se ferait élire sans s?appuyer sur le concept religieux serait un véritable exemple de mauricianisme.

Que pensez-vous de la théorie des profils de Pravind Jugnauth, le vice-Premier ministre ?

Nous vivons au 21e siècle et nous tentons d?apporter l?unité. Nous disons, « enn seul lépep, enn seul nation ». Que quelqu?un parle du profil d?un candidat selon sa communauté ou sa caste est révoltant.

Lorsque vous décidez de ne plus accueillir de politiciens pendant vos activités officielles, espérez-vous que les politiciens cessent à leur tour de parler communauté lors de leurs meetings ?

Ils sont libres d?aborder les thèmes qu?ils veulent. Mais ils ne devraient pas avoir besoin de s?appuyer sur la religion. Sinon, ce ne sont pas des politiciens complets. On est Mauricien d?abord. Si la politique est une chose publique, la religion est une chose privée.

Politique et religion sont-elles fondamentalement opposées ?

Elles peuvent se rejoindre à un certain niveau de décision. Par exemple, pour déterminer un jour férié ou quelque chose de ce genre. A part ça, mieux vaut ne pas mélanger les deux.

Quelle est la force de la religion dans ces décisions dont vous parlez ?

La société religieuse n?a aucune force dans la politique. Sir Anerood Jugnauth avait bien raison de dire que les sociétés religieuses ne représentent rien.

Pourtant, lorsque des associations se regroupent et crient leur mécontentement par rapport à la nouvelle grille de la MBC, celle-ci est changée aussitôt.

Nous nous sommes rejoints en tant que consommateurs de la MBC. Et, à ce titre, la nouvelle grille ne nous a pas plu. Nous sommes donc devenus une force en tant que consommateurs.

Le gouvernement n?a-t-il pas plutôt eu peur d?un rassemblement de sociétés religieuses ?

Je ne sais pas. Personnellement, je ne crois pas. Je suppose que le gouvernement a trouvé que ce que nous demandions était raisonnable. Mais les sociétés religieuses n?ont pas de pouvoirs.

D?autres groupes ou groupuscules en ont-ils ?

Si je vous dis que les sociétés religieuses n?ont pas de pouvoir, il ne faut pas non plus prêter l?oreille aux groupuscules.

Faut-il les ignorer ?

Là, c?est un terrain glissant. Aux politiciens de voir ceux qui sont représentatifs et ceux qui sont responsables.

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