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Sithanen seul? avec tous
Dans cinq jours, le pays pren-dra connaissance du budget 2006-2007 de Rama Sithanen. Après des semaines de consultations tous azimuts, il a pu mesurer le fossé qui sépare les souhaits des uns et des autres. Il a aussi pu jauger le degré de naïveté, d?inconscience, d?irresponsabilité et de démagogie qui prévaut dans certains milieux. Il a certainement dû identifier les forces existantes et potentielles sur lesquelles il pourra s?appuyer pour réaliser son projet.
Le budget 2006-2007 doit relever trois défis. D?abord, sauver le pays d?une catastrophe économique en le sortant du cycle infernal de l?endettement. Cela passe par l?assainissement des finances publiques, la lutte efficace contre les gaspillages, la réduction des déficits. Ensuite, au niveau sectoriel, la restructuration du secteur sucrier et du textile-habillement doit se poursuivre, de même que la consolidation du secteur du tourisme. Enfin, il faut créer les conditions pour lancer sur des bases solides et durables les nouveaux piliers de l?économie. La sortie de crise avec la création de richesses et d?emplois productifs passe par l?investissement privé.
La réforme et l?ouverture que prône le ministre des Finances auront un impact social qui viendra amplifier dans un premier temps, la casse sociale.
Il lui faudra trouver les moyens, les ressources et les mécanismes pour contenir la précarité et lutter contre l?exclusion. Ce qui est en jeu, c?est la cohésion sociale, avec des risques réels d?explosions. La solution réside dans une politique volontariste d?intégration à plusieurs niveaux ? accompagnement, formation-employabilité, développement de micro-entreprises et autres PMI et PME.
Le troisième défi est la mobilisation effective de tous les partenaires de développement en les convainquant qu?il n?y a pas 36 000 solutions et que le fardeau de la transition doit être partagé par tous indistinctement. Les maîtres mots de cette mobilisation devant être la solidarité effective, la responsabilité et l?unité.
R. Sithanen est un des rares Mauri-ciens dotés d?une vision globale, doublée d?une maîtrise technique pour comprendre et trouver des solutions aux problèmes complexes d?une économie en transition dans un environnement globalisé. Son parcours tend à montrer qu?il s?est engagé dans la politique pour servir le pays et non pour se servir ou pour satisfaire une névrose du pouvoir. On ne peut dire de lui qu?il est un adepte du « nou banis-me », et il n?est pas perçu comme un chef de clan ou de tribu. Faute de propositions alternatives concrètes ? qui est révélateur d?une crise de la critique ? ses détracteurs le présentent comme un technocrate, l?homme du secteur privé, du FMI et de la BM. Ces formules toutes faites, ces slogans creux, ces critiques faciles, voire mesquins, exprimés avec le regard dans le rétroviseur, nous sortiront-ils de la crise ?
En réalité, comme ministre des Finances depuis juillet 2005, il a été un homme seul? Jusqu?à hier? quand le Premier ministre est monté au créneau à ses côtés sur le front économique. Cette présence a dû le réconforter à cette étape cruciale où il doit décider du « right policy mix ». Soit une qui prend en compte les besoins et attentes des victimes et potentielles victimes de la transition et la nécessité de faire des réformes et d?ouvrir l?économie nationale, des mesures qui vont donner leurs fruits dans le moyen et long termes. Le Budget 2006-2007 risque de ne plaire à personne dans un pays miné par des corporatismes.
Prions que lui et son équipe aient pu trouver l?alchimie complexe et délicate qu?exige la présente conjoncture pour jeter les bases d?un nouveau modèle économique et social qui permettra de retrouver les chemins de la croissance en vue d?un développement efficace, juste, équitable et durable. Prions que les principaux acteurs de développement et la population dans son ensemble aient finalement pris conscien-ce de la gravité de la situation, de l?étroitesse de la marge de la man?uvre et fassent preuve de maturité, de discernement, de responsabilité dans leurs appréciations et critiques du budget du 9 juin.
D?un homme seul, voire seul contre tous, qu?il a été, prions pour qu?il soit après le budget non plus seul, mais avec tous. Et que très vite, dans un grand élan d?unité et de solidarité, tout le pays se mette au travail sur le grand chantier de l?avenir. L?heure est aux bâtisseurs, à ceux qui font ? les Kifonts ? et non aux adeptes du « Il y a qu?à » ? les Ilyaka.
Donnons une chance à notre pays?
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