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Sithanen n?a pas été assez audacieux
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Sithanen n?a pas été assez audacieux
La performance d?une économie dépend de « l?humeur » de ses principaux acteurs autant que le devenir d?un individu peut dépendre de sa disposition mentale. C?est tout le raisonnement derrière la préoccupation des décideurs politiques par rapport au business mood prévalant dans le pays. Un des objectifs déclarés de Rama Sithanen, le nouveau ministre des Finances, était de soigner la communauté de la morosité induite notamment par une conjoncture internationale difficile. Les résultats du dernier baromètre Pluriconseil ? l?express indiquent qu?il n?y est pas tout à fait arrivé.
L?étude sonde des économistes et des directeurs financiers, des cambistes, des agents de change et autres gestionnaires de portefeuilles d?investissement après la présentation, la semaine dernière au Parlement, du plan économique du gouvernement. Le package of measures proposé par le ministre des Finances est bien accueilli par la communauté des affaires. Cependant, il déçoit par son manque d?audace.
Un sondé sur quatre perd de sa superbe
Un sondé sur deux reste pessimiste quant à l?avenir de l?économie mauricienne même si le tableau lui paraît moins sombre qu?avant. Dans le camp des optimistes, un sur quatre perd de sa superbe et dit être moins confiant qu?il ne l?était. Tous prévoient un taux de croissance inférieur à 5 % cette année. L?estimation officielle est de 3,8 %. Un sur deux pense que le taux restera en dessous des 4 %. Les autres ne prédisent guère mieux et s?attendent à un taux situé entre 4 % et 5 %.
Selon le sondage, il serait naïf de s?attendre à ce que les entrepreneurs se bousculent pour commencer de nouveaux projets. En réinstaurant le contrôle des prix, le gouvernement ne les encourage pas non plus dans cette voie. La quasi-totalité des sondés estime que le gouvernement a été très mal inspiré de recourir au contrôle des prix même si cette décision peut paraître, du moins à la moitié d?entre eux, justifiée. Le marché mauricien est trop petit et se prête à la cartellisation. Un certain contrôle des prix soulagerait les consommateurs.
Une des plus anciennes revendications de la communauté des affaires relève d?un allégement des procédures gouvernant l?investissement. Un sondé sur deux n?est pas très content des efforts consentis pour éliminer la bureaucratie à ce niveau. Voilà donc un autre facteur qui contribue à refroidir l?enthousiasme des investisseurs. Le concept de silent agreement est une des nouveautés du package de Sithanen. Le principe veut que l?establishment ait un mois pour traiter une quelconque demande de permis. Au bout de ce délai, si le dossier est encore en suspens, le demandeur peut considérer qu?il a obtenu le feu vert des autorités et qu?il peut concrétiser son projet. Le principe est qualifié « d?intéressant » et la communauté des affaires aimerait bien le voir appliqué pour le juger dans les faits.
Quelques idées innovantes
Les mesures pour relancer les secteurs productifs suscitent des réactions nuancées. Trois sondés sur quatre sont amplement satisfaits du train d?incitations pour dynamiser les petites et moyennes entreprises. Sithanen prévoit pour elles, entre autres, des services de conseil sur l?investissement et le marketing, ainsi que des facilités d?emprunt à faible taux pour les aider à améliorer leur performance. En revanche, deux analystes sur trois ne sont pas contents des mesures de relance préconisées pour le textile-habillement et pour le secteur manufacturier. Ils s?attendaient à une approche plus holistique et audacieuse pour aider ces secteurs à retrouver véritablement leur compétitivité. Ils estiment également que Sithanen ne s?est pas préoccupé de la difficulté qu?ils rencontrent pour financer la modernisation. Cette difficulté n?est pas due à un manque de ressources puisque le marché financier est en excès de liquidités. Elle relève plutôt du surendettement des entreprises.
Le sondage suggère quelques idées innovantes. Ceux qui ont participé à l?exercice estiment que Maurice gagnerait à suivre l?exemple de Malte pour créer un ministère dédié uniquement à l?investissement et à la compétitivité. Le pays se doit d?y consacrer ses meilleures ressources, tant humaines que logistiques, disent-ils. Ce ministère serait dirigé comme une entreprise, avec un business-friendly mindset. Il pratiquerait la flexibilité et contracterait des deals avec les investisseurs plutôt que d?essayer de leur vendre un blanket package. Comme le relève Éric Ng Ping Chung de Pluriconseils, s?il veut attirer les blue chip investors, le gouvernement doit leur proposer des facilités taillées sur mesure et non un level playing field. Pour arriver à ce palier, Maurice doit révolutionner sa façon d?appréhender les affaires du pays. Or, le package de Sithanen ne donne aucune indication qu?il veut aller dans cette direction.
La décision de libérer « prudemment » l?accès aérien reçoit un accueil unanime. Les sondés estiment tous que l?industrie du tourisme en sortira gagnante. Sans elle, ce secteur ne pourra être la locomotive du développement économique, comme le veut le gouvernement. Cependant, disent-ils, la libéralisation du ciel à elle seule ne suffira pas. Maurice doit, selon eux, repenser sa stratégie de marketing. La destination est trop chère et la formule all inclusive (le vacancier achète un package incluant billet d?avion, logement et excursions) est dépassée.
Jusqu?à ce que l?accès aérien soit vraiment compétitif, que les hôteliers prennent leur indépendance d?Air Mauritius et que la destination arrive à optimiser sa performance tout le long de l?année, Maurice ne pourra compter sur le spill-over de l?industrie touristique pour relancer l?économie, estiment les analystes. Ainsi, même si la stratégie de faire du tourisme le fer de lance de la démocratisation économique semble bien pensée, son succès n?est pas acquis.
Les analystes économiques reconnaissent que Rama Sithanen a dû se livrer à un véritable exercice d?équilibriste pour proposer ses mesures de redressement économique. Des facteurs exogènes, comme la flambée du prix du pétrole et la perte des préférences commerciales, rendent sa tâche difficile. Dans la conjoncture, les engagements sociaux du gouvernement travailliste ne lui facilitent pas la tâche. Les sondés sont convaincus que la gratuité du transport public pour les personnes âgées et les étudiants entraînera une majoration fiscale. Voilà donc une autre perspective qui n?améliore pas forcément le mood?
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