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Sir René Maingard de la Ville ès-Offrans
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Sir René Maingard de la Ville ès-Offrans
Nous venons de perdre Sir René Maingard de la Ville ès-Offrans. Il s?en allé, le 26 novembre dernier, avec sa discrétion coutumière mais dans une indifférence générale n?ayant rien à envier à celle entourant la disparition, à la fin de septembre 2006, d?un autre chevalier de l?empire britannique, en la personne de Sir Emile Sériès. Ne stupeas ! comme il était gravé sur la croix de la prise de possession de Maurice par la France (1715) sur l?île aux Tonneliers (Fort Georges). Notre secteur, privé désormais de Maurice Paturau et de Freddy Appasamy, finira par découvrir que ces... indispensables sont aussi irremplaçables surtout quand il s?agit de rendre hommage aux plus éminents Mauriciens, dont la contribution au développement de notre pays et de sa prospérité ne souffre d?aucune contestation. Il devient, en effet, de plus en plus difficile de retarder la chape de l?oubli qui s?abat, chaque jour davantage, sur tout ce qui ne fait pas partie d?une actualité dominée par des gué-guerres pour devenir chef de l?opposition, par nos prisons devenant le siège social de trafics de la drogue des plus florissants, par les Mauriciens introuvables et autres scandales du même acabit. Mais qui s?en soucie ? On peut, aujourd?hui, jeter autant de pavés que l?on veut dans la mare de notre secteur privé sans craindre qu?ils tombent sur le bec d?un quelconque canard, pas forcément boiteux.
Janvier 1982, délicate attention de Seewoosagur Ramgoolam, René Maingard de la Ville ès-Offrans fait partie de la liste des décorés du nouvel an. Promu chevalier de l?empire britannique, il devient Sir René mais s?empresse de dire à ses innombrables amis de toutes les couches de la population : ?Continuez à m?appeler Roro !? Il les prévient : ?Rien ne change à mes yeux?. A notre presse écrite, il confie même : ?Je suis contre les décorations. J?accepte celle-ci par respect pour la personne de Sir Seewoosagur, pour la reine, et pour notre constitution. C?est aussi une récompense pour tous ceux (d?autres innombrables) avec qui j?ai travaillé, des années durant.?
Il se souvient plus particulièrement de ce jour de 1954, quand ses collègues et lui vont à la rencontre de Seewoosagur Ramgoolam, dans son cabinet médical, pour lui soumettre leur projet de créer la Mauritius Steam Navigation Co Ltd et savoir s?ils peuvent, compter sur l?appui et le soutien du PTr, la nouvelle force politique avec laquelle le secteur privé devra composer. Commence alors une amitié indéfectible en dépit des efforts d?un certain NMU pour maintenir, à Maurice, un compartimentage oligarchique et raciste pourtant dépassé.
Si 2007 voit le départ officiel (qui n?est pas synonyme de définitif ni de radical) de Tim Taylor de la direction du groupe Rogers, l?année 1982 (en octobre, il est vrai) voit celui de Sir René Maingard de la Ville ès-Offrans. Il se retire comme PDG après 46 ans de carrière au service de ce conglomérat, occupant désormais une des premières places parmi nos entreprises les plus performantes et les plus profitables. Une longue carrière et exemplaire qu?interrompt pourtant une carrière militaire de pilote d?avion de la Royal Air Force de 1940 à 1946.
Même en fin officielle de carrière Sir René demeure modeste quant à ses réalisations à la tête de Rogers. Mieux que personne, il sait que si succès il y a globalement cela ne va pas sans maints tâtonnements et expériences hasardeuses. Il fallait reconstruire sur les ruines de l?après-guerre, explique-t-il. Ses collègues, partenaires et lui ont été davantage des créateurs que des gestionnaires. La transition entre une compagnie familiale et un de nos plus puissants groupes financiers ne peut être un long fleuve tranquille. ?Si c?était à refaire, je dirais : small is beautiful?, confie-t-il à Freddy Appasamy. Il n?a pu qu?anticiper les difficultés financières des années 1980. L?idéalisme ne mène à rien : ?One has to be tough to be kind?. Il se réjouit toutefois de passer le gouvernail à des jeunes (Derek Taylor) qu?il sait pleins de promesses.
Il porte un jugement réaliste sur la libre entreprise à Maurice. Elle se sait imparfaite et reprochable. Sa force réside toutefois dans sa volonté et capacité constantes et permanentes de se remettre en question au moment opportun ou quand l?occasion se présente. Elle ne réussit pas toujours, manque parfois de conviction mais sait rebondir à bon escient. Elle sait d?ailleurs n?avoir d?autre alternative. Le pays compte sur elle, après tout. Plusieurs chefs d?entreprise des années 1980 ont commencé au bas de l?échelle et ont gravi les échelons un à un, grâce en grande partie à leurs compétences et à leur dévouement. Ne reniant pas leurs débuts de carrière, ils demeurent conscients des droits des travailleurs et se reconnaissent dans ceux qui entrent sur le marché du travail. Malgré ses imperfections, la libre entreprise demeure la meilleure garantie de notre économie.
C?est dire que Sir René s?oppose à toute forme de nationalisation et ingérence inopportune de l?Etat dans le secteur de la productivité. Quand la classe politique actionne davantage le frein et les coups de volant maladroits plutôt que l?accélérateur et la conduite souple, il ne faut s?étonner d?aucun ralentissement économique.
Sir René refuse pour autant de céder au doute et au pessimisme. Il sait que, grâce uniquement à ses ressources humaines, Maurice fait mieux que d?autres pays plus riches en ressources naturelles ou plus avantagés sur le plan géographique. Sans être euphorique, il augure bien de l?avenir.
Sir René nous a quittés dans les mêmes dispositions.
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