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Silence coupable
par Raj Meetarbhan
Le silence des pays de la région devant les excès du vieux dictateur zimbabwéen, Robert Mugabe, est inquiétant. Ni l'Afrique du Sud, principale puissance de la région, ni Maurice, qui bénéficie d?un prestige important au sein de la SADC, n?ont exprimé leur indignation face à la barbarie qui s?abat à nos portes. Ces deux pays phares de la région seront coupables, aux yeux de l?Histoire, s?ils laissent faire le dinosaure sanguinaire de Harare alors qu?ils ont les moyens d?initier une action concertée pour le pousser vers la sortie.
Les analystes internationaux ont remarqué l?indifférence de nos pays. ?Aucun pays d'Afrique australe n'a réagi aux violences de dimanche au Zimbabwe?, commentait hier l?International Crisis Group, un think tank basé à Bruxelles et qui est très respecté dans le monde. En vérité, le gouvernement sud africain s?est réveillé depuis et a invité Harare ?à respecter l?état de droit?. Le président sud-africain, Thabo Mbeki, pouvait difficilement aller plus loin étant donné l?amitié qui le lie à son ancien compagnon d?armes Mugabe. Chez nous, pas le moindre frémissement. Même pas une démarche relevant de la ?soft diplomacy? pour rappeler les principes de démocratie que nous prétendons défendre.
Et pourtant, nous avons l?ambition de rayonner dans cette partie du monde. Même si notre poids économique est somme toute relativement faible, nous disposons d?une certaine autorité qui découle de notre image avant-gardiste en matière de droits démocratiques parmi les pays de la région. Ce statut nous impose un devoir d?ingérence quand un pays voisin sombre dans une répression sauvage digne d?une autre époque.
Que s?est-il passé dimanche ? A la suite d'une prière collective organisée par l'opposition (les rassemblements politiques sont interdits), la police a tué un militant et arrêté plusieurs responsables de l'opposition. Parmi eux, Morgan Tsvangirai, le chef de file de l?opposition, qui a été passé à tabac par la police. Morgan Tsvangirai et 49 de ses partisans ont été présentés devant la justice mardi. Il avait le visage tuméfié, l'oeil droit fermé par un oedème. Il souffre d'une fracture du crâne et se trouve en soins intensifs.
Le durcissement de son régime survient peu de temps après que Robert Mugabe, malgré ses 83 ans, a annoncé son souhait de prolonger un règne ininterrompu depuis 1980. Un taux de chômage de 80 %, une inflation devant atteindre plus de 4 000 % d'ici la fin de l'année ainsi que l?état de délabrement de son pays ne l?ont guère découragé à se maintenir au pouvoir. En tout cas, ce n?est pas de l?intérieur que viendra la résistance à sa tyrannie car ses tontons macoutes sont trop puissants. Les pays amis ont, plus que jamais, l?obligation de sauver les Zimbabwéens.
Mais l?embarras de notre gouvernement s?explique-t-il par le fait que le rapide effondrement du Zimbabwe a coïncidé avec une politique de démocratisation de l?économie appliquée par Robert Mugabe ?
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