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Si tu gagnes, je gagne

25 septembre 2004, 20:00

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Le remède au mal mauricien passe impérativement par un changement de « mind set ». La voie de sortie est fondamentalement culturelle. D?une société de défiance, la société mauricienne doit vite trouver les voies vers une société de confiance. Et c?est dans la tête et le c?ur qu?il va falloir aller les chercher.

Nous vivons une époque totalement nouvelle dont la juste compréhension et l?analyse nécessitent de nouveaux outils théoriques et conceptuels. Et c?est faute d?avoir forgé ces outils que certains, a priori dotés d?un minimum d?intelligence et d?entendement, ont des attitudes, des comportements, des raisonnements et des prises de position qui sont aux antipodes de l?honnêteté intellectuelle et de la responsabilité. La facilité du « koz nimport » a gagné bien des responsables dans bien des domaines. Dans trop de cas, les propos qu?ils tiennent semblent révéler une névrose aiguë du pouvoir et/ou une absence de prise sur le réel. Ce sont là autant d?éléments qui alimentent une société de défiance, soit une société animée par la logique « gagnant-perdant » ? « si tu gagnes, je perds ». Une telle société conduit à la régression sociale.

Une société de confiance est une société en expansion, animée par une logique de « gagnant-gagnant » ? « si tu gagnes, je gagne ». La confiance dont il est question ici n?est pas le « feel good factor » que décrètent les hommes politiques selon leurs convenances. Ni celui que l?on peut lire dans les « indices de confiance » des consommateurs et des industriels.

La confiance dont il s?agit ici s?inscrit dans un champ plus large. Pour qu?elle soit à l?agenda, il convient d?abord de refuser tout fatalisme.

Car il faut se dire que ce sont les hommes qui font l?histoire, au moins autant que l?histoire les fait. Il existe une catégorie décisive d?hommes et de femmes qui influe sur les rythmes de développement. Ce sont les « entreprenants », mot étrange qui élargit la vision exclusivement économique de celui d?entrepreneur. Parmi les entreprenants on retrouve certes l?entrepreneur, mais aussi le créateur d?une ONG, l?artiste etc.

La réussite du pays jusqu?à tout récemment a été due au fait que notre société a toujours eu en son sein des entreprenants. Une société de confiance voit les entreprenants se multiplier dans tous les domaines de la vie collective. La société de défiance en revanche est régie par une dynamique qui pousse les entreprenants à l?anémie, à la routine ou à l?émigration.

Une société de confiance repose sur un modèle culturel prônant la mobilité sociale, l?acceptation et la recherche de la nouveauté. L?innovation et l?initiative y sont considérées comme des valeurs fécondes. La tolérance aux idées hétérodoxes fondées sur l?attachement au pluralisme, de même que le pari sur le développement intellectuel et la diffusion culturelle constituent les autres axes de ce modèle culturel.

Les sociétés modernes vivent une situation paradoxale. La stabilité est gage de confiance, car il n?y a pas de confiance sans stabilité : stabilité des règles du jeu, de l?environnement, des comportements. Or, la stabilité est constamment menacée et tout se joue sur une toile de fond instable et aléatoire, avec la démocratie d?opinion et ses emballements, l?information instantanée, la société médiatique et ses excitations.

Depuis plus d?une décennie, pour avoir pratiqué la fuite en avant, nous avons dérivé lentement vers une société de défiance. Avec l?intelligence du c?ur et la raison communicative comme clefs de l?avenir, ?uvrons pour une société mauricienne confiante en elle-même.

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