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?Si les taux de change se maintiennent 2004 sera une bonne année?
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?Si les taux de change se maintiennent 2004 sera une bonne année?
<B>Quelle est votre analyse de la situation de l?industrie du textile-habillement en général ? </B>
Je trouve que la situation en général est plutôt bonne. L?industrie bénéficie actuellement de taux de change favorables. La livre sterling est à Rs 47 et l?euro à Rs 34. Ce sont des taux exceptionnellement favorables. Toute l?industrie bénéficie donc de cette conjoncture. Selon mon expérience, ce sont surtout les unités qui sont efficientes et bien gérées qui tirent le maximum de cette situation qui à mon avis devrait durer pendant quelque temps encore.
La plupart des entreprises de textile ont des carnets de commandes bien remplis. Notre groupe, Star Knitwear, dispose de commandes jusqu?à mars de l?année prochaine.
Un des points noirs dans la conjoncture est la hausse du coût du coton et des matières premières qui ont augmenté d?un dollar environ. Toutefois, la plupart des acheteurs acceptent un réajustement des prix à la hausse pour absorber l?augmentation du prix du coton. Ils sont quelque peu obligés de consentir à cette hausse car les prix ont augmenté partout, et même en Asie.
<B>Vous nous dépeignez une situation plutôt rose alors que les statistiques sont défavorables. On prévoit une nouvelle contraction des recettes cette année?</B>
Ceci est essentiellement dû au départ des entreprises hongkongaises qui se délocalisent en Chine, au Vietnam et au Cambodge, notamment. Des groupes comme Summit et Esquel représentaient une part importante des exportations mauriciennes. Lorsqu?ils s?en vont, cela fait définitivement une différence au niveau des statistiques d?exportation. Je crains qu?il y ait d?autres départs à l?avenir car les entreprises hongkongaises ont fait le choix stratégique de partir. Tout ce qu?on peut espérer c?est que les fermetures se fassent graduellement. J?espère également qu?un groupe comme Novel qui est solidement ancré dans le pays et qui a retrouvé sa rentabilité revoie sa stratégie.
Quand on parle de la santé de l?industrie du textile-habillement, il faut distinguer les entreprises mauriciennes de celles détenues par les hongkongais. Des groupes comme la Compagnie mauricienne de Textile, Sonia Wear et Star Knitwear font bien. Même Floréal Knitwear s?est refait une santé, dit-on. Les grands groupes mauriciens sont la locomotive de l?industrie et quand ils font bien, cela assure la stabilité et la croissance de l?ensemble.
La contraction que vous évoquez découle principalement du départ des entreprises hongkongaises. Il y a aussi de petites unités qui souffrent et qui fermeront probablement bientôt. Ce sont surtout les grands groupes qui s?épanouissent actuellement. Ceux qui n?ont pas investi dans l?outil de production constatent que les coûts de production augmentent.
Les acheteurs favorisent les grands ensembles capables de leur donner le volume et la sécurité d?approvisionnement dont ils ont besoin. Ils ne veulent pas avoir affaire à des entreprises dont ils ne sont pas sûrs qu?elles seront toujours là dans six mois.
Personnellement je ne vois pas comment certaines petites entreprises survivront.
<B> La taille devient donc de plus en plus importante ? </B>
Définitivement. Il faut une masse critique qui peut assurer un volume, une variété de produits et un niveau de sécurité qui rassure les acheteurs. Les donneurs d?ordre ne veulent pas acheter que des t-shirts d?une entreprise. Ils veulent trouver en un seul lieu tout une variété de produits. Pour avoir le volume et la variété, il faut continuellement investir. Les entreprises qui réussissent aujourd?hui sont celles qui n?ont cessé d?investir.
<B> Le démantèlement de l?accord multi-fibre (mfa) l?année prochaine ne semble pas vous effrayer?</B>
Le démantèlement du MFA ne va pas nous affecter outre mesure car nous sommes déjà pratiquement dans un marché ouvert. Nous sommes déjà en compétition avec les grands acteurs du marché.
Les quotas ont quand même limité la marge de man?uvre de nos compétiteurs </B>?.
Plus vraiment. La multiplication d?accords bilatéraux et régionaux a déjà érodé sérieusement nos préférences commerciales. Les Etats-Unis par exemple ont tellement multiplié les accords commerciaux que les bénéfices de l?Africa Growth and Opportunity Act (AGOA) ne sont plus tellement évidents. Dans les années 70 et 80 les quotas sur nos compétiteurs étaient réellement des avantages pour nous. Ce n?est plus tellement le cas maintenant. Dans les cinq années à venir il n?y aura réellement plus de quotas.
<B>Sommes-nous prêts pour faire face à cette situation ? </B>
Je crois que la majorité des grands groupes sont prêts. Ils savent ce qu?il faut faire pour demeurer compétitifs.
<B> Vous êtes très optimiste ?</B>
J?ai toujours été optimiste. Maurice offre des avantages uniques. La main-d??uvre abondante et pas chère n?est qu?un facteur minime. Maurice maîtrise de courts délais de livraison. La qualité est excellente et la sécurité des livraisons assurée. La communication est bonne en anglais et en français. Le séjour des acheteurs étrangers chez nous est agréable.
Je pense qu?aucun donneur d?ordre ne voudrait mettre tous ses ?ufs dans un même panier. Cela fait des années que la Chine offre des prix compétitifs et pourtant nos clients sont restés chez nous. Il y a même une expansion de l?industrie et, croyez-moi, ces acheteurs ne sont pas restés chez nous parce que ils ont de la sympathie pour nous.
On parle beaucoup de la compétition chinoise, mais savez-vous qu?il n?y a qu?une différence de moins de 10 % entre nos prix et ceux de la Chine ? Aussi longtemps que nous continuerons à investir dans l?outil de production nous survivrons.
Et puis, il ne faut pas faire d?amalgame. Dans la confection, il y a le pull et le t-shirt. Les producteurs de pulls passent par un très mauvais moment et c?est une tendance internationale. Par contre, les fabricants de t-shirts sont en expansion.
<B>Votre entreprise connaît une baisse du chiffre d?affaires?</B>
Pas vraiment. Nous avons effectué des investissements massifs dans une nouvelle usine de 50 000 pieds carrés qui sera opérationnelle en janvier prochain.
<B>Et votre filature ? </B>
Nous avons différé nos projets. Une décision sera prise concernant notre projet de filature en 2005. Avec notre nouvelle usine qui démarre en janvier nous aurons aussi à accroître la capacité de notre teinturerie et de notre unité de tricotage. Tout cela demande une attention plus immédiate et nous avons reporté notre décision sur notre projet de filature à 2005.
<B> Il y a eu la semaine dernière une sortie en règle du département des douanes contre les ?mauvaises habitudes? de la zone franche. Qu?en pensez-vous ? </B>
D?abord il faut reconnaître qu?il est important pour les douanes de faire respecter les règlements. Si les douanes pensent qu?il y a certaines entreprises qui violent les lois et qui trichent elles doivent les punir sévèrement. Les entreprises qui trichent ternissent la réputation de toute l?industrie et des entreprises qui respectent la loi.
Néanmoins, dans sa démarche, la douane est en train de faire payer les innocents pour les quelques coupables. Ce n?est pas correct. Punissez les coupables et laissez vivre les autres. La zone franche a besoin d?un maximum de soutien de la part des autorités pour demeurer compétitive. Il faut nous faciliter la vie. Les délais pour l?importation et l?exportation sont à notre détriment.
<B>Vous semblez reconnaître qu?il y a certaines entreprises qui sont coupables de malversations ?</B>
Le problème ne concerne pas uniquement les entreprises de la zone franche. Une grande partie du problème concerne la douane elle-même. Elle doit commencer par balayer devant sa porte. Il est plus facile pour la douane d?identifier les tricheurs. On a fait un grand cas des certificats EUR 1 émis après le départ du bateau. Ce n?est pas de la triche, c?est une facilité. L?industrie s?est accommodée de ce système depuis vingt ans. Pourquoi veut-on nous faire croire que c?est un problème aujourd?hui ?
Dans sa volonté de mettre de l?ordre, la douane ne fait qu?accroître la bureaucratie dans un contexte déjà lourd. Le Board of Investment (BOI) est censé agir comme une one-stop shop mais c?est loin d?être le cas car le BOI n?a aucune autorité pour octroyer des permis. En fait, le BOI est, dans la pratique, une étape additionnelle. Ce n?est pas de la faute des cadres qui y travaillent et qui sont dévoués. C?est juste qu?ils n?ont pas d?autorité pour délivrer les permis.
<B>Dans la conjoncture, que devrait faire le gouvernement pour aider ? </B>
Nous sommes au bord d?une période faste pour la zone franche. Les économies européenne et américaine sortent de la récession. Si les taux de change maintiennent leur tendances actuelles nous sommes partis pour une bonne année 2004.
Ce qu?il nous faut aujourd?hui, c?est un coup de pouce financier pour nous aider à investir et prendre avantage de la situation. L?industrie perdurera aussi longtemps qu?elle aura les moyens d?investir. Personne ne demande au gouvernement de nous donner de l?argent gratis. Mais il y a tellement de comités et de consultations que finalement rien ne bouge.
En tant qu?industriel j?ai envie de pouvoir emprunter de l?argent à un taux raisonnable. Les banques ne prêtent pratiquement plus à la zone franche et dans une certaine mesure je peux les comprendre. Mais il nous faut de l?argent pour investir et nous avons besoin d?un financement institutionnel.
<B>Le gouvernement avait créé une ligne de crédit et on peut compter sur les doigts d?une seule main les entreprises qui en ont bénéficié?</B>
C?est vrai. Les conditions étaient trop strictes. Nous avions besoin d?une garantie bancaire pour faire un emprunt. Vous connaissez une banque disposée à vous donner une garantie bancaire pour que vous alliez emprunter ailleurs ? Ce n?était pas raisonnable. Ce qu?il nous faut, c?est un milliard de roupies confiée aux sociétés de crédit-bail qui peuvent nous avancer de l?argent à des taux intéressants
Propos recueillis par Stéphane SAMINADEN
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