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Si l?AGOA III n?est pas voté...

18 mai 2004, 20:00

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A moins d?un miracle, tout indique que l?AGOA III ne sera pas adopté par le Congrès américain. Maurice suit de très près l?évolution du projet de loi à Washington car les implications sont importantes pour l?industrie textile du pays.

L?AGOA III prévoit l?extension de l?Africa Growth and Opportunity Act (AGOA) jusqu?en 2015 et aussi l?extension de trois ans de la dérogation permettant aux pays les moins avancés (PMA) d?importer du tissu de pays tiers et de bénéficier, malgré tout, d?un accès en hors taxes sur le marché américain.

Pour ce qui est du prolongement de l?AGOA jusqu?à 2015, si l?AGOA III n?est pas voté, ce ne serait pas très grave. L?AGOA dure jusqu?à 2008 et il sera toujours temps, l?année prochaine, de faire voter l?AGOA III pour étendre la durée de vie de la loi. Le véritable enjeu concerne la dérogation pour l?importation de matières premières. Cette dérogation expire en septembre et, si elle n?est pas renouvelée, les conséquences seront graves.

Le ministre des Affaires étrangères et du Commerce international, Jayen Cuttaree, a bien résumé la situation la semaine dernière à l?Assemblée nationale. Si l?AGOA III n?est pas voté, ce sera bien sur un coup dur pour Maurice, mais ce sera une catastrophe pour l?Afrique.

Il semble effectivement que c?est l?industrie textile africaine ayant émergé grâce à l?AGOA qui a le plus à perdre au cas où la dérogation ne serait pas prolongée. Des pays comme le Lesotho, qui a créé plusieurs dizaines de milliers d?emplois dans le textile, exportent exclusivement vers le marché américain.

Sans dérogation, le prix de ses vêtements augmenterait automatiquement de 18 % environ en raison des droits de douane, qui commenceront à être appliqués sur leurs produits. Leurs produits ne seraient alors plus compétitifs sur le marché américain. En clair, cela signifie la mort de l?industrie textile dans de nombreux pays d?Afrique. ?Nous constatons déjà que les clients ne passent plus de commandes en Afrique en raison de l?incertitude sur l?AGOA. C?est pourtant la période de pointe pour passer les commandes pour les chemises et les t-shirts. Les clients attendent. Si le flou persiste dans deux semaines, ils iront ailleurs. On peut craindre le pire si l?AGOA III n?est pas voté?, commente François Woo, le directeur de la Compagnie mauricienne de textile (CMT).

Pour Maurice, la situation est différente. Pour commencer, le pays ne bénéficie pas de la dérogation sur l?importation de matières premières de pays tiers. Elle a fait la demande pour que cette dérogation lui soit accordée.

L?industrie textile du pays n?est pas entièrement tournée vers les Etats-Unis. Les exportations vers ce marché représentent près de 25 % des exportations globales du textile-habillement. Il convient aussi de faire ressortir que seulement 40 % des vêtements exportés par le pays ont bénéficié d?un accès duty free, ce qui revient à dire que les entreprises locales sont compétitives, même en ayant à payer 18 % de droits de douane.

En attente d?oxygène

Il y a néanmoins des entreprises, notamment hongkongaises, qui ne vivent que pour et par le marché américain. Avec la hausse des coûts, elles ont de plus en plus de mal à demeurer compétitives à Maurice. Comme Summit et Novel, certaines ont fait le choix de s?en aller. D?autres sont sur le départ.

Les sept entreprises hongkongaises du pays, qui représentent 50 % des exportations textiles vers le marché américain, avaient écrit au Congrès américain pour soutenir la demande de Maurice pour une dérogation sur l?importation de matières premières. Il semble que, pour nombre d?entre elles, cette dérogation aurait représenté une bouffée d?oxygène qui leur aurait permis de tenir le temps de la dérogation et de voir arriver d?autres filatures locales.

Si l?AGOA III n?est pas voté et que la dérogation n?est pas accordée, les entreprises hongkongaises sont-elles disposées à attendre que le Congrès reconsidère l?AGOA III l?an prochain après les élections présidentielles ? Interrogé, le patron de Sinotex, Edmund Lau, préfère ne pas se prononcer en estimant qu?il est encore trop tôt. Pour d?autres observateurs, il faut s?attendre à une accélération du départ des entreprises hongkongaises.

En fait, si on se réfère au fait que 60 % des vêtements mauriciens sont frappés de droits de douane sur le marché américain, on aurait pu dire que la dérogation aurait été un ?plus? mais qu?elle n?est pas essentielle à la survie des entreprises qui exportent vers les Etats-Unis.

On aurait même pu être plus cynique en ajoutant que si l?AGOA III n?est pas voté, c?est finalement une bonne chose car nos voisins africains n?auraient plus un avantage sur les exportateurs locaux et le ?level playing field? serait rétabli.

Mais ce raisonnement ne tient pas car le monde du textile est appelé à connaître de profonds bouleversements en janvier 2005 avec le démantèlement de l?accord multi-fibre, qui ouvrira nos marchés traditionnels à la concurrence de la Chine et à d?autres géants comme l?Inde et le Pakistan (voir interview page 13). Il y a certaines catégories de produits où la Chine peut être plus compétitive que Maurice, et ce même en payant 18 % de droits de douane.

Dans la conjoncture actuelle, une récente étude de la Banque mondiale avait conclu que l?AGOA III et la dérogation sur les matières premières étaient, en quelque sorte, l?unique planche de salut de l?industrie textile dans la région. Par ailleurs, la mort de l?industrie textile africaine naissante freinerait aussi nos ambitions de devenir un hub du textile régional, limiterait le nombre de filatures dont les pays pourraient se doter et ne permettra pas les économies d?échelle que permet l?accès à un plus grand marché pour ces filatures.

?La mort du textile en Afrique aura un spill over sur nous aussi. Depuis le début, nous prônons une approche régionale. S?il n?y a plus de textile en Afrique, c?est toute la région qui perd de son attrait pour les acheteurs?, estime Maurice Vigier de la Tour, dirigeant de la Mauritius US Business Association. De plus, si la dérogation n?est pas étendue pour l?Afrique, Maurice risque d?en souffrir aussi car les industriels du pays ont des intérêts dans le textile à Madagascar et au Mozambique.

Pour le ministre de l?Industrie, Sushil Khushiram, si l?AGOA III n?est pas voté, cela devrait accélérer l?intégration verticale de l?industrie à Maurice comme en Afrique. ?Nous avons compris depuis longtemps qu?il vaut mieux avoir une industrie intégrée plutôt que de compter sur des préférences qui ne dépendent pas de nous?, déclare Francois Woo, dont l?entreprise ouvrira bientôt sa propre filature.

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