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Shanghai Kid II l?héritage de Charlie Chaplin
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Shanghai Kid II l?héritage de Charlie Chaplin
C?est à se demander si Jackie Chan ne serait pas à sa manière un très grand artiste et aussi, quelque part, l?héritier d?une certaine tradition. Une tradition qui aurait moins à voir avec le cinéma qu?avec l?art de divertir les gens, tel qu?on peut le voir dans les spectacles de rue, sous d?autres cieux. Du spectacle à la portée de tous, oui, mais sans nécessairement insulter l?intelligence du public ni le flatter dans ses élans les moins glorieux. Un film avec Jackie Chan, c?est un peu l?alternative à un cinéma de propagande imbécile, genre Les larmes du soleil; c?est aussi la démonstration qu?un divertissement ?pour tous? ne veut pas nécessairement dire ?débile?.
On pourrait voir dans Shanghai Kid comme un retour aux sources du cinéma : l?époque des premiers feuilletons d?aventures que l?on voyait au temps du muet ; l?époque aussi du burlesque tel que le pratiquaient Buster Keaton, Harold Lloyd et surtout Charlie Chaplin. Jackie Chan a toujours fait état de son admiration pour ce dernier, déclarant s?en inspirer souvent, et cela est visible dans ses films. On voit beaucoup rôder le fantôme du vagabond dans Shanghai Kid II, au point qu?on y trouvera plus de Chaplin que de Kung-Fu.
Ce que le début ne laisse pas supposer aux non-initiés. C?est même un début assez dramatique, qui nous renvoie à l?Empire céleste en l?an 1887 (de notre ère). Ce qu?on pourrait appeler un commando de terroristes ? en fait, ce sont des boxers ? s?introduit dans la Cité interdite, dans les quartiers du gardien du sceau impérial (le père de Chon Wang-Jackie Chan) et s?empare du sceau de l?empereur après avoir tué le gardien du sceau.
Sa fille Chon Lin, évidemment experte en arts martiaux, se lance à leur poursuite. Son fils, resté en Amérique depuis le premier épisode, est le shérif de sa petite bourgade du Far West. Il est habillé comme dans un film de Sergio Leone et son ami Roy O?Bannon est allé vivre à New York pour s?occuper de leur argent qu?il a soi-disant placé en bourse. La lettre que reçoit Chon Wang de sa s?ur lui dit que les assassins de son père sont à Londres. C?est là que débarquent Chon Wang et Roy O?Bannon après quelques menus embarras tant sociaux (bagarres) que financiers (plus d?argent) à New York.
Parodie
??Le roi du kung-fu comique utilise le moindre objet à sa portée, le moindre décor avec une grâce, une désinvolture, un style inimitable?, nous dit Télérama. Il paraît qu?un des principes des arts martiaux est d?arriver à utiliser n?importe quel objet comme arme. On ne saurait douter que Jackie Chan, entré très jeune à l?école de l?opéra chinois ? où il a appris l?art dramatique, la musique, la danse, les acrobaties et les arts martiaux ? aura saisi assez tôt le potentiel comique de ce principe. Lui, le premier à avoir osé faire du Kung-fu pour rire à l?écran. On l?a déjà vu utiliser un escabeau pour mettre à mal une bande de voyous dans un film précédent.
Dans une séquence alors qu?il est poursuivi par des malfrats dans ce qui ressemble à ce devait être le marché de Covent Garden en1887 (le film a été tourné en République Tchèque), utiliser des parapluies, tout un lot de parapluies, de diverses façons qu?on aurait eu du mal à imaginer.
On suppose bien qu?il y a dû y avoir des effets de prise de vue, mais peut-être pas dans le sens que l?on pourrait croire : en effet, je me souviens de Jackie Chan dans un documentaire, expliquant comment lui et ses cascadeurs bougeaient tellement vite qu?il fallait tourner les scènes de combat au ralenti. Autrement, les spectateurs ne voyaient rien ! En tout cas, celle des parapluies se termine par une étonnante parodie de Singing in the Rain (parodie que certains seront en droit de préférer à l?original).
Et on se dit que c?est peut-être ce qu?aurait fait Chaplin s?il avait été acrobate et expert en arts martiaux. Cette bagarre ?chaplinesque? (le coup du pardessus) se déroule sous les applaudissements d?un gamin des rues nommé Charlie; je vous laisse deviner son nom de famille (non, il ne s?appelle pas Chan).
Des boxers s?introduisent dans la cité interdite et volent le sceau de l?empereur; notre héros rencontre Charlie Chaplin qui est âgé de 10 ans à Londres en 1887; il rencontre un inspecteur Arthur Conan Doyle de Scotland Yard; sa s?ur s?en va se promener toute seule la nuit dans le quartier de Whitechapel (il l?a pourtant prévenue : ?? il y a un tueur en série qui rôde?), tombe sur Jack L?Éventreur et elle lui flanque une toutouille.
Petites entorses à l?Histoire
En fait, durant la révolte des boxers, la Chine était gouvernée non pas par un empereur mais par une impératrice (l?impératrice Ci Chi, de 1875 à 1908). Charlie Chaplin ne pouvait avoir dix ans en 1887, année du jubilée de la Reine Victoria, puisqu?il est né en 1889. Et, les premiers crimes de Jack L?Éventreur datent en fait de 1888 ! C?est dire à quel point ce récit des aventures du Shanghai Kid à Londres est peu soucieux des dates historiques. Le spectateur, non plus, ne s?en soucie pas trop d?ailleurs, car une fois ces petites entorses faites à l?histoire, il est assez réjouissant de voir tous ces personnages se croiser dans ce film.
De plus, toutes ces références (à l?Histoire) et ces allusions donnent un humour qui évoque celui des aventures d?Astérix. Et puis, les scénaristes semblent aussi bien connaître leurs classiques : le méchant de cette (petite) histoire s?appelle Lord Nelson Rathbone, comme l?acteur Basil du même nom (de son vrai nom, Philip St John Basil, 1892-1967), qui non seulement fut célèbre pour son incarnation du détective Sherlock Holmes à l?écran (Le Chien des Baskervilles-S.Lanfield, 1939) mais qui en plus jouait à merveille les rôles crapules.
Quant à l?affrontement final dans le clocher de Big Ben (d?accord, la descente le long du drapeau a déjà été vue dans un autre Jackie Chan), on pourrait y voir une référence à Harold Lloyd comme le prétend un critique français ? car on y on voit les deux héros accrochés aux aiguilles de l?horloge, à un certain moment ? mais on pense aussi aux classiques du film d?aventures, justement des années 30-40.
Voilà donc un film sans aucune autre prétention que celle de distraire son public, mais sympathique parce que plein de moments réjouissants nés de petites et de grandes trouvailles mais aussi d?idées archi connues reprises avec talent. On espère que ce film sera repris par une autre salle.
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