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Semba Jallow-Rutherford, au rythme de l?humanité

12 septembre 2005, 00:00

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Avec ses mots, il a mêlé l?amer et le sucré. A cause de ses maux, le poète veut exorciser nos chagrins. Les douleurs d?amour entortillées autour du c?ur, Semba Jallow-Rutherford chante le sentiment humain. Celui qui refuse de crever malgré la rage de l?abandon. Celui qui aime toujours, ouvre grand ses bras face au dos tourné de ces liaisons qui ont vite fait de tracer le mot ?fin?.

Poète au nom composé, ne vous étonnez pas de ne pas le connaître. Lui non plus ne connaissait pas Maurice avant le mois dernier. De passage chez nous, pour des vacances, Semba Jallow-Rutherford, poète urbain basé à Birmingham, a succombé au charme rugueux de nos montagnes en basalte bleu. ?Ma cité est si plate en comparaison.?

Nourri de ses nouveaux horizons, il n?est pas poète à repartir sans cadeau. Sa trace, il l?a laissé entre les pages de Sweet and Bitter Twisted, son deuxième recueil de poésie, paru il est vrai en 1998, chez Jaru Publications. Armé d?une copie, Semba Jallow-Rutherford s?est mis en tête de nous charmer. De jouer de la flûte vocale au serpent des sentiments qui sommeille dans le panier de nos indifférences.

Lui est tout sauf indifférent. Pour son ami de trente ans, George Veeren, il accepte de faire des milliers de kilomètres, rien que pour l?embrasser le jour de son anniversaire. Et voilà Semba qui atterrit en plein océan Indien. Et se brise une jambe, un jour de vacances, juste parce qu?il a voulu avec autre chose que des mots sauter par-dessus un muret.

Son plâtre impressionnant ne l?a pas empêché de donner vie aux vers écrits jadis. ?Vous savez, je crois que je vais tout faire pour que Sweet and Bitter Twisted soit bientôt disponible à Maurice.? Saine lecture, faite de miel et d?amertume. Semba lui se rêve Invisible :

?They stare at me

But they do not see me?

Sauf que nous, on le voit. On le reconnaît. On se voit en lui. Être de larmes faciles, au sourire difficile qui se bat parfois pour son Black Man?s Pride. Semba Jallow-Rutherford lui en a connu d?autres, des Confused States, du Cynicism.

Alors, pour se consoler, il lui reste la musique. Celle qui joue sur le rythme de The Blues in Jazz. Dos relâché, le souffle calme, le poète dit, chante et murmure cette joie intense qu?ont su transmettre ces grandes dames du genre : Billie Holiday, Nina Simone et Carmen Mc Rae.

Pour mieux faire résonner leur souvenir, Semba Jallow-Rutherford joue avec les césures. Casse et réinvente les paragraphes, nous force à négocier les zigzags de la vie, les tournants de l?amour, les langueurs de l?âme. Juste dose d?acidité pour nuancer l?âcre odeur que laisse le sentiment d?inachevé, le poète n?hésite pas à balancer paix et beauté avec racisme et réalité. Inspiré des maîtres japonais, il nous claque aussi les sens avec des haiku, forme poétique nippone construite autour de trois lignes succinctes, délicates mais combien incisives. Ci-dessous nous publions deux de ses poèmes extraits de son dernier recueil Sweet and Bitter Twisted.

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