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SEHDA, EM, ministère des PME? le torchon brûle

23 novembre 2007, 00:00

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Les flèches fusent de tous côtés. L?animosité a atteint son paroxysme. La guerre des clans et des dirigeants paralysent les institutions. Et c?est tout un secteur qui en paie le prix. «Tant que Jeetah sera mon ministre, je ne partirai pas à l?étranger», déclarait en début de semaine, Vijay Ramgoolam, directeur de la Small Enterprises and Handicraft Development Authority (SEHDA). De l?autre côté, Amédée Darga et Prakash Beeharry, président du conseil d?administration et Chief Executive Officer (CEO) d?Enterprise Mauritius (EM) respectivement, sont toujours à couteaux tirés. Sans oublier que la SEHDA et la Banque de développement n?arrêtent pas de se lancer la balle pour certains projets et initiatives. Enfin, le ministre de tutelle est, pour reprendre les propos de l?un des responsables d?une association dans le secteur des PME, «la mauvaise personne se trouvant au mauvais endroit et qui se signale par un déficit aigu des relations interpersonnelles, voire les gens qu?il a lui-même nommés à la tête de certains organismes».

Au ministère des PME, on rejette avec force les accusations. Mieux, le ministre est présenté comme la cible d?un complot. Les médias ne sont pas, non plus, épargnés dans ce procès. On annonce d?ailleurs une conférence de presse où le ministre Jeetah, «dossiers en main», viendrait prouver la mauvaise foi des uns et des autres. Mais entre-temps, la situation est loin de profiter aux PME.

En fait, le dysfonctionnement n?est pas simplement d?ordre interpersonnel. Il est également de nature institutionnelle sinon politique. «On ne peut avoir l?ambition de la bonne gouvernance et de la bonne performance des institutions d?intérêt national et aussi stratégiquement importantes qu?EM en voulant autant avoir le pouvoir de nommer le Chairman et un autre nominé politique comme CEO», analyse d?emblée un observateur. Cette situation, avance-t-il, aboutit souvent à créer une direction bicéphale avec des allégeances partagées.

Une situation qui s?aggrave si l?un des deux est un magouilleur politique qui est plus porté à faire plaisir aux maîtres politiques qu?à assurer la bonne performance de l?institution. «Le Chairman devrait être un nominé politique pour conduire le mandat de la politique du gouvernement. Le CEO doit être recruté par le Board à qui il est totalement redevable. A partir du moment où un CEO comprend qu?il peut, en jouant le rôle d?un courtisan d?un ministre, bénéficier d?une certaine immunité, il peut carrément faire fi du Board», conclut-il à ce chapitre.

Le problème est réel. Et il n?est pas spécifique à un secteur ou un ministère quelconque. Il relève autant d?une incapacité des politiques à sortir des considérations purement politiciennes qu?à un tropisme avéré des hommes de pouvoir à porter le débat sur le terrain des personnalités. «Il faut savoir qu?on ne nomme pas des illéttrés à des postes de responsabilité. A partir de là, il importe de savoir d?où vient le problème.» Il faudrait donc avoir de bons managers et de bons administrateurs qui sauraient transcender les querelles de pacotille. Car : «Ce sont les personnes qui font les structures fonctionner et non l?inverse», tempère une source du ministère des Finances, qui laisse entendre qu?il faut regarder du côté de ce ministère pour savoir ce qui ne fonctionne pas.

<B>Piégé

Le responsable d?un organisme, qui tient à garder l?anonymat, soutient que les choses peuvent être plus simples si les hommes remplissent leurs responsabilités. «C?est le rôle du ministre d?encourager les gens à travailler.» Car, souligne-t-il, c?est lui qui tirera profit du travail bien fait. «Mais, en même temps, on ne peut prendre des initiatives auprès des partenaires locaux et étrangers si, par la suite, on est désavoué par son ministre. On perd, dans ce cas, de sa crédibilité», fait ressortir cet interlocuteur.

C?est ainsi que dans le cas d?EM,il semblerait que le ministre de tutelle a, pendant longtemps, entretenu un rapport approprié avec cette institution, soit définir l?orientation de sa politique industrielle et des programmes qu?il souhaitait matérialiser pour le secteur industriel, alors que l?EM s?occupait de l?exécution des projets. «Ce sont certains de ses conseillers qui l?ont systématiquement poussé à faire de la micro-gérance sur la base de l?argument ?ou ki ministre, ou ki donne kass, ou capave fer seki ou decide?», soutient cet interlocuteur.

Mais le ministre en question semble, aujourd?hui, pris dans un piège. Celui de bien départager le rôle des uns et des autres. Certains ne s?embarrasseraient pas, non plus, à brouiller les frontières. Comme nous le dit le président du conseil d?administration du SME Partnership Fund, Raj Ringadoo, il peut y avoir l?impression d?un chevauchement des fonctions entre les institutions oeuvrant dans le secteur des PME. «D?évidence, un organisme ne peut à la fois faire du micro-crédit et les moyennes entreprises», dira-t-il. A ce chapitre, ajoute un autre observateur, il peut y avoir la tentation de jouer les uns contre les autres.

On n?est donc pas sorti de l?auberge. Les protagonistes du secteur ne mâchent plus leurs mots mais craignent de parler à découvert. Nous ne rapporterons pas leur évaluation de la performance du ministre Jeetah. Mais le fait demeure qu?un fossé est en train de se creuser. Et ce sont les PME qui en font les frais?

<B> Finances s?en chargent</B>

■ Au ministère des Finances, la situation prévalant au niveau des organismes responsables des PME et les dysfonctionnements structurels sont devenus source d?inquiétude. Au point qu?une étude a été enclenchée pour voir comment améliorer l?encadrement de ce secteur. Un rapport est ainsi en cours de rédaction pour identifier, entre autres, les raisons pour lesquelles les PME n?ont pas décollé, malgré les efforts déployés. Un premier tour de table des différents protagonistes démontre l?existence d?un certain nombrilisme. Chaque organisme, chaque association, chaque partenaire estimant détenir seul la solution ou encore être le seul habilité pour tout entreprendre. D?un autre côté, les solutions ne sont pas nombreuses. Faut-il créer une autre institution où, une nouvelle fois, les politiques vont nommer leurs personnes ? On connaît les limites de ce réflexe. L?autre problème majeur demeure le fait que, malgré les initiatives et les ressources, il n?y a pas d?exercice de suivi systématique pour tout ce qui est entrepris. Aujourd?hui, il s?avère que la plupart des PME et des moyennes entreprises se signalent par un manque d?expertise en gestion. L?une des options est d?interagir les PME avec des gens qui leur parlent leur langage. «Le ministre des Finances, lui, veut des résultats. On ne peut parler de ce que font les autres. Aux Finances, nous voulons savoir ce qui a été réalisé, ce qui a marché et les résultats engrangés», fait-on comprendre.

QUESTIONS À?

<B>Sanjeev Mulloo Président SME Chamber

«Comment peut-il y avoir de l?action lorsqu?il y a tant de rivalités ?»</B>

● <B> Que vous inspirent les guéguerres à la tête des institutions comme EM ou encore le désaccord entre le ministre Jeetah et son directeur de la SEHDA ?</B>

Au niveau de la Chambre des PME, nous estimons, pour qu?il y ait un travail cohérent, qu?il faudrait une SME Coalition. Une coalition qui regroupe tous les partenaires du secteur. Le Steering Committee de cette coalition comprendra le gouvernement, les corps intermédiaires que sont la SEHDA, l?EM, l?IVTB, la NPCC?, et le secteur privé, chacun représentant 33 % du comité. Et ce sont les acteurs du privé qui devraient diriger ce comité. Nous devrions ainsi ?uvrer afin que tous les pays d?Afrique aient leur SME Coalition. Créant, de la sorte, un véritable réseau. Il faut désormais rationaliser ce secteur.

● <B>Les PME sont-elles condamnées à être la victime désignée des rivalités en haut lieu ?</B>

En effet, nous assistons à une drôle de situation. Personne n?assume sa responsabilité. Tout cela fait du tort aux PME. C?est la raison pour laquelle une SME Coalition est nécessaire. Elle permettra de dégager des consensus avant qu?on ne s?engage sur le terrain. A ce jour, le gouvernement peut affirmer qu?il met en place les leviers économiques nécessaires mais on se rend compte que les intentions ne se matérialisent pas dans des actions concrètes. Comment peut-il y avoir de l?action lorsqu?il y a tant de rivalités ?

● <B>Estimez-vous qu?il y ait une volonté politique réelle pour améliorer le sort des PME ?</B>

Il y a une volonté politique qui s?exprime dans les intentions, et non au niveau de l?exécution. Le ministre de tutelle doit faire preuve d?autorité pour mener ses troupes.

● <B>Il est un fait que les organismes ne manquent pas pour ?uvrer en faveur des PME, peu importe le gouvernement en place. Pourtant, la mayonnaise n?a toujours pas pris?</B>

Aujourd?hui, on agit par intérêt, par calcul, par esprit tactique et non selon un plan stratégique?

● <B>En même temps, il est également vrai que les PME ne sont pas exemptes de critiques, dont un amateurisme avéré?</B>

Les critiques sont tout à fait justifiées. C?est pour cela que nous disons qu?il faut travailler pour augmenter le capital intellectuel, financier et intellectuel des PME. Au niveau de la SME Chamber, nous oeuvrons avec des moyens de bord sans le soutien de personne en proposant, entre autres, une librairie dotée de 25 ordinateurs et des services d?orientation. A ce stade, le secteur économique ressemble à une jungle composée de grands arbres qui contrôlent le gros du marché et de petits arbres, voire des fougères qui font partie intégrale de l?éco-système. Le pays et l?Etat doivent ainsi poursuivre leurs efforts afin de faire émerger de nouveaux acteurs économiques. Les PME, c?est une nouvelle façon de faire des affaires et, dans d?autres pays, elles sont une contribution énorme. On a besoin, à Maurice, d?une finesse intellectuelle pour faire avancer les choses.

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