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Se laisser impressionner par l?impressionnisme

25 août 2004, 20:00

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L?arrivée d?un grand artiste sur nos rives est chose rare. Alors, quand un de ces êtres d?exception vient s?installer dans un vieux moulin, avec une collection permanente contenant une partie importante de son ?uvre, nous avons de quoi être heureux. Aux anges même. Il est ici question de la dernière élève du grand maître Matisse. Il est question d?une femme chez laquelle la créativité vient naturellement, mais qui a consacré des années précieuses à étudier l?art classique sous Primo Conti, et l?abstractionnisme lyrique sous Manfred Henninger. Il est question de Maniglier, tout simplement.

Ce lieu unique, le restaurant le Café des Arts et le Musée d?Art Contemporain, à Trou-d?Eau-Douce, titille les sens pour nous permettre d?accéder au type de sommet interactif que notre cher Malcolm appelait volupté. Cette institution (elle mérite l?appellation malgré son jeune âge) défie la description. D?un côté, l?art et l??uvre de Maniglier : 200 tableaux tantôt sérieux, tantôt capricieux, toujours merveilleux. De l?autre, la cuisine, que le président de la Fondation Maniglier et ?fils? de l?artiste, Jocelyn Gonzalez, décrit comme ?une alchimie légère qui mélange les saveurs, les couleurs et les senteurs ? une cuisine contemporaine en somme?. Finalement ? terme inapproprié, il n?y a pas de finalité en cet endroit magique, seulement une série d?expériences de laquelle le visiteur émerge dans un état second ? il y a le cadre de l?ancienne usine à sucre classée patrimoine de Maurice, Victoria 1840. Ce décor reflète parfaitement l??uvre de cette grande dame qui a déjà exposé ses tableaux à la salle royale de la Madeleine, à Paris, et qui prépare une exposition prochaine au Centre Georges Pompidou.

Tout comme l?éducation artistique de Maniglier, qui a mêlé le classique au moderne, la rénovation de Victoria 1840 a savamment allié la robustesse et le charme d?une usine du XIXe au raffinement indéfinissable de son propriétaire, Jocelyn Gonzalez. C?est qu?il a l??il du détail, ce monsieur qui est aussi le plus grand admirateur de Maniglier ! Pour preuve, les assiettes du restaurant imprégnées de la création Maniglier.

Motee Ramdass, ministre des Arts et de la Culture a reconnu, lors de l?inauguration hier, que ?pendant trop longtemps on a cru que nos plages, notre ciel bleu et notre hospitalité pourraient faire venir les touristes. On s?est trompés. Ce qui nous manquait c?était l?aspect culturel, et on l?a trouvé, avec la Fondation Maniglier?. Merci à Maniglier et merci à Jocelyn Gonzalez pour ce don inestimable qu?ils nous font en s?installant, un peu comme Alphonse Daudet, dans un vieux moulin.

Pour prendre avantage de ces délices ? disponibles midi et soir, et également pour des conférences ? appelez le 480 0220 .

L?imaginaire d?Yvette Maniglier

■ Il manque une aiguille à la pendule. Un jour, elle en a eu marre d?être enchaînée au temps. Et c?est dans l?imaginaire du peintre, Yvette Maniglier, qu?elle est allée se promener.

Ce qui l?y a attirée ? Sans doute ce grand-père vénéré qui ?a fait les bas-reliefs de l?Opéra Garnie?. Sûrement la rencontre en 1950 avec Henri Matisse, le maître du fauvisme. Une odyssée qui a fait escale dans ?des lieux d?expositions prestigieux, comme les châteaux et les églises? avant de se poser à Petite Victoria.

Comme une enfant fascinée qui découvre sa nouvelle maison, le peintre avance à pas menus. Un trop plein de beauté et de trouvailles l?assaillent. Nous emportent avec elle. Monté sur ressort, le regard s?affole, navigue à vue entre ces tableaux grand format, pendus comme des lianes aux murs. Les couleurs vives et chaudes, mélange de rouge, de fuchsia et de jaune, laissent à chaque fois des éclats dans les yeux. Des heures après les avoir contemplées, les regards valsent et virevoltent en suivant le trait vif et soutenu qui a, d?un seul jet, tracé la douceur d?un visage ou la chute d?un rein. Autour de la piscine, les acryliques à thème pieux baignent dans une odeur de sainteté. A l?étage, au bout de l?escalier à rampe en fer forgé, un enchaînement de corps de femmes nues finit sur une baignoire immaculée qui n?attend plus que les invités.

Ils se sont attardés au rez-de-chaussée. Emportés par la curiosité devant une petite armoire. Le bois sombre ne demande qu?à parler et raconter l?enfance d?Yvette qui, à 11 ans déjà, voulait devenir peintre. ?J?avais copié un tableau de Monticelli, un Marseillais qui se trouvait dans le salon de mes parents. Quand mon père a vu le dessin, il m?a dit : ?C?est pas possible, tu ne l?as pas fait toute seule. Ton frère t?as aidée !? ? Fouettez l?amour?propre et la vocation vient au galop. Le père Maniglier propose à sa fille de suivre des cours privés. Elle se lance. Par la suite, elle fera des études dans de nombreuses académies dont San Marco de Michel Ange et les Beaux Arts de Stuttgart. De ce parcours auréolé de succès, le peintre garde une émouvante simplicité. Son sourire s?attendrit devant le petit cheval de bois qui trône dans la première salle de Petite Victoria.

Yvette Maniglier n?a jamais manqué de persévérance. On le sent rien qu?au contact de tous les objets qui meublent cet espace privilégié. Tiroirs et placards qui regorgent de ?trésors?. Des meubles qui, avant d?habiter la Fondation Maniglier à Trou-d?Eau- Douce, habillaient sa maison de campagne dans le Val de l?Oise. Le peintre explique : ?Non, je n?ai pas eu de mal à m?en séparer. C?est comme s?ils revenaient à la maison. Cette usine, qui a eu une existence si éloignée de mes tableaux, leur donne maintenant une nouvelle dimension. La hauteur du plafond par exemple permet une vision différente. Il y a plus de recul. C?est comme une élévation.?

Un homme tient serré, les clés de cet univers. C?est Jocelyn Gonzalez. ?Non, les tableaux ne sont pas à vendre.? Le ton est ferme, décidé. Il y a mis toute son admiration pour Maniglier. ?Je l?ai rencontré, en 1999, dans un avion en revenant de Californie. Qu?est ce qui se passe quand deux originaux se croisent ? Il dormait sur le siège à côté de moi. Je me suis amusée à le dessiner, l?imaginant en Don Juan de Mozart. Vous savez quoi ? De retour à Paris, on m?a commandé un Don Juan. Mais chut, il ne faut pas le lui dire.?

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