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Savoir décoder les signaux
<B>par Marie-Annick SAVRIPÈNE</B>
Le débit de Sharmila Lochun est ultra-rapide. à croire qu?elle a un microprocesseur greffé dans le cerveau. Cela tient au fait qu?elle maîtrise ses dossiers sur le bout de ses doigts. Elle s?excuse gentiment lorsqu?on lui demande de ralentir la cadence. «Tout me paraît tellement clair dans ma tête que, lorsque je suis lancée, j?ai du mal à m?arrêter.»
Et c?est vrai que tout lui paraît simple. Et en dépit d?une journée particulièrement chargée ? mercredi, elle a quitté le centre de formation d?Anahita à Beau-Champ pour animer un point de presse au bureau portlouisien de Ciel Properties, a enchaîné réunion sur réunion, avant de se soumettre à notre entretien ? Sharmila n?a aucunement besoin d?aide-mémoire pour parler de la vision de Nicolas Vaudin, General Manager d?Anahita Properties. Vision qu?elle partage entièrement et qu?elle entend appliquer dans les domaines la concernant.
Cette célibataire de 33 ans, qui a toujours eu le souci du détail, n?a jamais recherché la sécurité d?emploi. Elle aime les défis qu?elle prend à bras le corps, quitte à se tromper parfois. Ainsi, cette ancienne élève du Droopnath Ramphul SSS, détentrice d?un Bachelor of science en gestion, commence sa carrière dans le textile. D?abord comme assistante de direction et responsable des négociations pour la chemiserie française Job Textile Ltd puis comme merchandiser chez Consolidated Fabrics Ltd avant de retourner à ses premières amours, à savoir le management.
Elle prend en effet un emploi comme formatrice en management à l?école hôtelière sir Gaëtan Duval et enseigne aux étudiants inscrits aux cours menant aux diplômes en Tourism Management et en Hotel Management. Comme l?hôtellerie est un milieu auquel elle n?est pas familière, en parallèle, elle se rend deux fois la semaine dans des hôtels pour mieux observer ce qui s?y passe. Parmi ses élèves, il y a aussi les fonctionnaires responsables de la restauration dans les hôpitaux et les prisons.
Si cette habitante de Goodlands adore son contact avec les étudiants, ses parents qui sont des nursing administrators à la retraite, finissent par la convaincre qu?elle fera des merveilles dans le service public. Elle postule et est sélectionnée pour remplir le poste vacant d?administratrice d?hôpital. C?est à Flacq qu?elle est envoyée et son ?il naturellement acéré remarque les détails qui tuent comme la peinture mal appliquée par endroits et jamais corrigée ou encore les bouts de ballon datant du dernier Noël qui n?ont jamais été retirés.
<I>«Savoir comment un employé a par exemple rattrapé son erreur me permettait de voir comment ils réagissent dans l?opération. à travers l?expression et les non-dits parfois, ces employés me passaient des messages que je relayais aux superviseurs.»</I>
Sharmila réalise au bout de trois mois, qu?elle s?est fourvoyée. «Je venais du privé où j?avais toujours eu une autonomie dans le travail et là, je devais ?uvrer au sein d?un cadre administratif corseté. Et même si au niveau statut, c?était bien considéré, je ne me voyais pas faire cela tout le temps.»
Ses démons de la formation la reprenant, elle postule et est embauchée comme responsable de la formation par Sun Resorts Ltd et l?hôtel Touessrok et vient renforcer l?action de l?équipe des formateurs.
Au cours de son passage dans cet établissement, Sharmila fait notamment enregistrer les formateurs, de même que les cours délivrés, tout comme elle identifie les besoins de formation pour mieux y répondre. Lorsqu?à son titre, on accole celui de Quality Assurance Manager qui est une promotion aux responsabilités dont elle s?acquitte déjà, elle doit s?assurer que les normes sont respectées par le biais d?audits. Elle fait d?ailleurs l?hôtel obtenir sa certification ISO 9001: 2000.
Un de ses baromètres pour mesurer la qualité est le questionnaire de satisfaction des clients à partir duquel elle puise les besoins en formation. «Lorsqu?une critique se répète, comme par exemple, que la chambre n?a pas été nettoyée à temps, cela signifie que les employés du nettoyage sont débordés. Ou alors que certains ne font pas le boulot. Lorsque la critique à l?effet que certains employés sentent très fort en été revient souvent, cela indique qu?il faut refaire un cours sur les soins personnels. D?un autre côté, les compliments démontrent que nous avons des atouts qu?il faut renforcer.»
Sharmila parvient à mieux observer et lire les signaux lorsque Kerzner American International lance la marque One and Only qu?elle et ses formateurs se chargent d?adapter au contexte mauricien. Lors des sessions de formation, elle côtoie les employés des différents départements au sein de l?hôtel, qui partagent leurs mésaventures ou leurs expériences mémorables. «Savoir comment un employé a par exemple rattrapé son erreur me permettait de voir comment ils réagissent dans l?opération. à travers l?expression et les non-dits parfois, ces employés me passaient des messages que je relayais aux superviseurs.»
Mais Sharmila rêve de terres vierges à défricher. Si bien que lorsque Ciel Properties la contacte pour évoquer le projet Anahita et la mise sur pied du Anahita Centre for Excellence encore en gestation, elle est séduite par le rêve que Nicolas Vaudin lui fait miroiter et qu?il entend faire se matérialiser dans la région de Beau-Champ. Ce qui incite Sharmila à franchir le pas et quitter Touessrok pour Ciel Properties.
Son nouveau General Manager et elle n?entrevoient pas ce projet uniquement comme la construction de villas luxueuses pour étrangers fortunés mais également comme l?occasion d?amener un développement intégral et intégré dans la région. Les besoins des habitants ayant été sondés par le biais d?une étude socio-économique, la politique de développement intégré d?Anahita démarre avec un plan de développement économique partagé : le projet commence à prendre corps avec d?abord la création d?un centre de formation que Sharmila dirige pour aider les gens de la région à être employables. Cela signifie ensuite former ceux qui sont capables de se prendre en charge financièrement pour qu?ils montent leur petite et moyenne entreprise.
<B>Assurer le développement </B>
Il y a deux derniers volets. D?abord, il s?agit d?assurer le développement social de la région avec la mise sur pied d?un service d?accompagnement des familles, ainsi que le financement des projets éducatifs, sociaux, sportifs, environnementaux, pour ne citer que ceux-là. «Ainsi, un travailleur social a été embauché pour identifier les poches de pauvreté et ses fléaux généralement annexes .» Le dernier volet est la prise en compte de l?environnement pour assurer un développement durable. «On travaille actuellement sur un projet de protection de l?environnement marin.»
Ce projet explicité comme il se doit, est bien reçu par les habitants. Si bien que Sharmila se retrouve avec 3 000 demandes dont 1 000 viennent de personnes déjà employées par des hôtels. Sa responsabilité et celle de deux formateurs freelance qui l?aident, sont de rendre employables les 2 000 qui ignorent tout de l?hôtellerie, en les donnant des cours appropriés. «Les cours d?hébergement ont commencé. Ceux ayant trait à la restauration démarreront à la fin du mois.»
Comme la première phase du projet verra la livraison de 70 villas le 1er décembre prochain, Sharmila doit aussi recruter et former 200 à 300 personnes pour s?occuper de l?entretien des villas et du golf. Elle doit aussi coucher sur papier les normes qui deviendront celles d?Anahita. Dit comme ça, cela a l?air facile. Mais dans la pratique, c?est du travail et d?énormes responsabilités. Mais Sharmila a besoin d?adrénaline pour foncer et ce ne sont pas les délais courts qui lui font peur. «Je n?ai pas le temps d?avoir peur. Je vois l?ampleur du projet et cela m?excite.»
Son plus gros souci est de pouvoir répondre aux attentes des habitants. «Les inscrits ont parfois des attentes démesurées. Ils pensent que leur vie va changer drastiquement et qu?ils seront tous employés par Anahita. C?est mon devoir de leur expliquer la réalité et de leur faire comprendre que même si le projet ne les absorbe pas tous, ils trouveront un emploi ailleurs après avoir été formés par nous. Ou bien qu?ils pourront travailler indirectement avec Anahita en tant que fournisseurs, sous-traitants et prestataires de services. L?essentiel est qu?ils arrivent à en trouver un et que nous ayons contribué à l?assainissement de la région. Cela me tient énormément à coeur.»
Comme quoi, business peut très bien rimer avec conscience sociale.
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