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Sauver le Plaza : le dessous des cartes
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Sauver le Plaza : le dessous des cartes
Paul Olsen, dont on sait le dévouement à la noble cause de la Culture, lance l?initiative de sauver le théâtre de Rose-Hill. Il fait appel à Nana Mouskouri et à Jean-Claude Brialy. Ils font 10 000 km par avion pour porter sur les fonts baptismaux un projet aussi édifiant que louable. Armand Maudave reprend sa sébile et son bâton de mendiant. Il transcende sa déception de constater que ses premières démarches, pourtant couronnées de succès, n?ont servi à rien car nous voilà tristement de retour à la case départ et devant le même théâtre tristement fermé pour cause d?insécurité notoire.
Il y eut des mots, toujours des mots, rien que des mots. Normal ! Nous sommes après tout dans un théâtre. Des mots ou du vent car les paroles s?envolent même quand on sait qu?un théâtre est à la Culture ce qu?une cathédrale, un temple, un mandir, un masjid, une pagode, sont à nos religions.
Il y eut des mots, mais aussi des stupidités à l?instar de certaines envolées démagogiques sur le respect dû à notre patrimoine architectural. Leurs auteurs auraient mieux fait de nous donner plutôt l?assurance formelle que notre GM n?a pas l?intention de démolir le bâtiment de la School de la rue Edith-Cavell, ni de céder notre Grenier et les bâtiments de la DWC et de la State Trading à des promoteurs hôteliers sud-africains, qu?il compte empêcher des pyromanes patentés de mettre le feu à notre gare Victoria.
Pourquoi ce besoin de vieillir de la sorte l?hôtel de ville de Rose-Hill pour mieux le qualifier à faire partie de notre patrimoine architectural ? Ce bâtiment historique, comprenant un théâtre municipal tristement surnommé Plaza, est inauguré le 27 mai 1933. Il n?a donc que 73 ans mais fait incontestablement partie de notre patrimoine architectural, au même titre que notre Grenier (inauguré le 16 décembre 1931) ou encore l?abattoir de Stanley (aujourd?hui Quo-rum), construit par Georges Randabel et des em-ployés municipaux, comme peut-être l?hôtel de ville de BBRH. Fantasmer sur les 100 ans du Plaza équivaut à faire de notre président de la République (né en 1930) un? centenaire. Soyons sérieux. Des étrangers nous écoutent et nous jugent. Pardon ! Des Mauriciens de c?ur puisqu?il s?agit de Nana Mouscouri et de Jean Claude Brialy.
Redevenir un panier percé
L?on a beaucoup glosé sur la formule PPP, insinuant un partenariat GM - secteur privé. Elle nous laisse de marbre. En deux décennies, des gouvernements successifs et notre classe politique, présente tant au Parlement, au Conseil des ministres qu?au conseil municipal de BBRH, ont laissé un Plaza rénové et retapé à neuf redevenir une épave. Avant de vouloir sauver ce monument historique, nos politiciens doivent nous expliquer comment et pourquoi ils ont laissé un hôtel de ville, remis à neuf avec l?aide française, redevenir un panier percé. Après leurs ex-plications, peut-être pourrions-nous les entendre vouloir sauver le Plaza sans bouillir d?indignation.
Un non-dit concerne le flou entretenu au sujet d?un bâtiment polyvalent, mais qu?on résume volontiers en un seul nom, le Plaza, pour accentuer le côté pathétique de la chose. Tout le monde sait que l?hôtel de ville de BBRH comprend un théâtre municipal, une salle des fêtes et une aile administrative. Pourquoi les amoureux du théâtre devront-ils se battre seuls pour rénover des bureaux administratifs et une salle des fêtes, dont le Dr Julia Maigrot a, à bon escient, souligné la nuisance que constitue sa sonorisation musicale excessive, pour ceux qui font l?effort de venir soutenir le théâtre à Maurice ?
Autre non-dit concernant l?entretien ou plus exactement le manque d?entretien ayant présidé à la dégradation accélérée de ce monument public. L?on sait que c?est le maillon faible de tout gouvernement mauricien. On vote des centaines de millions pour construire du béton et après il n?y a plus un sou pour subventionner ceux devant utiliser le nouveau bâtiment. Il n?y a plus de sou non plus pour? entretenir une équipe d?entretien digne de ce nom ni pour lui fournir les équipements et les matériaux requis. Le résultat est triste : il arrive qu?avant même son inauguration officielle, le nouveau bâtiment est déjà défectueux. Rien d?étonnant à ce que la question de Régis Finette sur l?absence de toute garantie concernant le futur entretien du théâtre de R-Hill ait eu droit à des applaudissements nourris tant elle était opportune.
Précisons tout de suite que l?entretien d?un bâtiment historique se fait au jour le jour et non une fois tous les 20 ans. Il y aurait beaucoup à redire sur la dégradation continue de nos monuments historiques jusqu?au moment de devoir consacrer des centaines de millions à les rénover en pure perte faute d?un entretien digne de ce nom. Rappelons seulement qu?avant qu?elle ne devienne la honte publique qu?on a connue dans les années 1980, l?hôtel de ville de Curepipe, était entretenu par un seul homme, le père de Philippe, mécanicien curepipien bien connu. Il connaissait si bien son hôtel de ville qu?il pouvait réparer une gouttière en pleine nuit, par nouvelle lune et sans l?aide d?une torche électrique. On n?a pas jugé utile de nommer son remplaçant quand on l?a mis à la retraite. On connaît la suite de l?histoire.
Autre non-dit concernant le personnel chargé de son fonctionnement de ce bâtiment polyvalent que d?aucuns persistent à nommer Plaza. Si ce personnel comprend des fonctionnaires municipaux, nous sommes peut-être repartis pour des séances de « casse pose » chronique, avec des heures supplémentaires généreusement payées à partir de 14 ou 16 heures pour des spectacles devant avoir lieu entre 20 et 23 heures et même pour les répétitions se déroulant de 18 à 21 heures, des heures supplémentaires payées à des fonctionnaires oisifs par des promoteurs de spectacle, devant payer de leurs poches et s?endetter en raison de leur amour pour le théâtre et pour le spectacle. Les sauveteurs du Plaza doivent s?attendre à ce que ceux, qu?ils solliciteront, leur posent des questions embarrassantes concernant le personnel chargé du fonctionnement et de l?entretien du théâtre de R-Hill rénové.
Un journaliste voulait, à ce propos, demander à Gérard Sullivan, également présent sur la scène, s?il pouvait, pour l?édification de tous, rappeler l?essentiel de son bilan post-Starmania, dans lequel il expose si bien qu?un spectacle peut jouer à guichets fermés pendant des semaines et des semaines sans joindre les deux bouts pour autant, en raison des charges municipales, excessives. La question ne put être posée car le maire Andee mit fin sans préavis à la séance des questions. Il fut donc sauvé par le gong.
L?État se doit de financer à ses frais la construction, le fonctionnement et l?entretien d?un nombre donné de salles de spectacles. On ne peut en aucun cas compter sur ceux voulant monter un spectacle pour financer un budget théâtral. Au contraire, l?État doit subventionner à bon escient et intelligemment les promoteurs de spectacles de qualité. Une administration théâtrale ne peut s?écrier en apercevant un promoteur de spectacle : « Bonne poire en vue ! » tout comme, jadis, les pirates se réjouissaient en apercevant un navire marchand et qu?ils hurlaient : « Navire en vue ! À l?abordage ! Pas de quartier ! » Il suffit de savoir ce que réclame aux artistes le théâtre Serge-Constantin ou encore l?hôtel de Ville de Curepipe, rien que pour utiliser leurs locaux pendant une seule séance. C?est peut-être le moment de rappeler aux administrations municipales qu?il était de tradition, avant l?Indépendance, pour elles de subventionner la venue de troupes lyriques ou dramatiques pour animer leurs théâtres.
Certaines vérités sociologiques
Gaston Valayden, éminent homme de théâtre et dévoué serviteur de la Culture, fut quelque peu rabroué parce qu?il osa rappeler certaines vérités sociologiques concernant le théâtre. Ses propos touchent quelque chose de plus profond et mérite plus qu?une simple promesse de non-discrimination. Il pose la question de la nécessité d?un théâtre populaire, d?un théâtre pour le peuple et non d?un théâtre réservé à des bourgeois déjà hyperprivilégiés. Il s?agit de savoir si c?est un théâtre pour le peuple ou un peuple pour un théâtre bourgeois. Le peuple est déjà défavorisé parce que le théâtre est au centre-ville et non dans les faubourgs alors que les habitants de ceux-ci ne disposent pas des voitures que possèdent les habitants du centre-ville.
De plus, le peuple se sent obligé de s?endimancher et de s?embourgeoiser pour pouvoir se rendre au théâtre sans s?exposer aux quolibets des bourgeois et des snobs. Gaston Valayden a raison parce qu?il voit ce que les autres ne voient pas, à savoir un panneau invisible au fronton du théâtre et où il est écrit en lettres majuscules : « Pour bourgeois seulement ! » Ce mépris pour le peuple peut comprendre le refus d?associer cinéma (malgré ses gages de rentabilité) et théâtre. Cela est d?autant amusant que l?inauguration du théâtre de R.-Hill, le 27 mai 1933, se fait lors d?une séance cinématographique, les sous manquant pour faire venir une troupe lyrique.
Gaston Valayden a raison de poser la question du théâtre et du public sans lequel, il n?y a pas de théâtre. Le public rechignant de plus en plus à se rendre au théâtre, le moment est peut-être venu d?imaginer une autre formule, assurant la mobilité de tout un dispositif scénique et théâtral pour pouvoir transporter le théâtre là où se trouve le public c?est-à-dire dans nos faubourgs, dans nos cités ouvrières, dans nos villages, dans nos usines, sur nos plages publiques.
Je le dis : « J?aurai préféré être éboueur ou fossoyeur plutôt que d?avoir à écrire cela. » Mais on ne peut pas sauver notre Plaza sur des non-dits ni peut-être même sur des demi-vérités, sinon sur des mensonges par omission. Nous devons construire sur la Vérité. Il faut non seulement sauver l?hôtel de Ville de BBRH, mais aussi garantir son entretien et sa pérennité.
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