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Sartre et la musique
Le 21 juin, c?est la fête de la musique. C?est aussi le 99e anniversaire de la naissance de Jean-Paul Sartre. Et le rapport entre Sartre et la musique ne se limite pas à cette coïncidence. Ce grand philosophe du 20e siècle appartient à une génération qui conçoit la musique comme l?art des sons et non comme l?art des bruits.
Le XXe siècle, c?est l?éclatement des formes traditionnelles. Si Sartre a un penchant pour la musique qui affiche une volonté de briser tout ce qui constitue l?héritage des formes anciennes, il aime tout de même les musiciens qui ne choisissent pas un brassage de styles. Il apprécie plutôt ceux qui parviennent à leur style propre ? d?où sa préférence pour le sériel, une suite de 12 sons qui se définissent par leurs rapports réciproques. Dans cette forme de musique, il y a une certaine imprévisibilité qui l?oppose à la musique classique que l?on peut facilement suivre en prévoyant la suite du morceau.
Ce qu?il aime, c?est l?improvisation. Pianiste lui-même, il sait improviser des styles divers allant de Schubert à Webern. Mais il préfère une musique imprévisible qui ne soit pas dépourvue de forme, car celle-ci permet à un son d?être déterminé par le précédent ou le suivant. C?est pourquoi le style de sériel qu?il aime est celui de Webern, même si celui-ci utilise des formes anciennes. Par contre, il n?aime pas du tout celui de Schoenberg, en dépit du fait que son Pierrot lunaire qu?a dirigé Leibowitz à Paris, l?a beaucoup impressionné : il n?y trouve pas de changement malgré sa recherche d? individualité.
Ce qu?il cherche, c?est cette même individualité qu?il a trouvée chez Charlie Parker au festival du jazz de Paris en 1949. ?Quand Charlie Parker jouait (?) non seulement il était individuel en ce sens qu?il créait le morceau qu?il jouait, mais encore que le concert qu?il donnait ce jour-là était individuel par rapport aux autres concerts?? déclare-t-il. Certes, Sartre insiste beaucoup sur le rapport de l?individu à la musique dans son aspect événementiel, c?est-à-dire au moment même où c?est joué, dans le ici et le maintenant du jazz. L??immédiateté? est la qualité existentielle du jazz qui l?intéresse. ?La musique du jazz, c?est comme les bananes, ça se consomme sur place?, écrit-il dans Nick?s Bar, New York City.
Voilà pourquoi sa philosophie de l?existentialisme n?est jamais fondée sur le passé. Tel le be-pop de Charlie Parker, elle vit le présent comme une projection vers l?avenir. On comprend pourquoi il ne trouve pas en Stravinski un grand musicien, malgré l?excellence de son travail dans La Symphonie des psaumes et Noces. La plupart de ses musiques ne sont, pour lui, qu?une manière de revenir au classique. Et c?est le matériau classique que Sartre aime chez lui. C?est aussi la raison pour laquelle il n?apprécie pas que la voix soit utilisée comme instrument parce que celle-ci a quelque chose de par-dessus l?instrument. L?utiliser ainsi, c?est lui faire perdre ses qualités propres.
C?est grâce à ses flairs en musique que Sartre découvre Juliette Gréco pour qui il écrira une chanson et qu?il introduira dans Saint-Germain-des-Prés où Le Tabou, prise d?assaut par les danseurs de be-pop et les trompettistes, devient la ?cave existentialiste?. A Boris Vian, trompettiste, il offre une chronique dans Les Temps Modernes. Enfin la musique, Sartre a su aussi lui trouver une place dans ses ?uvres. Dans L?Imaginaire il utilise la 7ème Symphonie de Beethoven comme exemple d??analogon?. Dans La Nausée, la Négresse qui chante Some of these days-You?ll miss me honey dévoile son fantasme d?écrire ce roman de jazz pour marquer un jour la terre entière de sa présence. Aujourd?hui, le 21 juin marque la fête de la musique mais aussi le 99e anniversaire de la naissance de celui qui a su marquer son siècle de tout son poids. Et la coïncidence ne s?arrête pas là. Que la musique continue?
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