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Sarkozy : ?M. Mitraillette?

12 février 2007, 00:00

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Nicolas Sarkozy n?est pas un tireur d?élite. Il adore trop envoyer des rafales, tous azimuts. Il aime trop multiplier les promesses. Il s?enflamme à aligner les déclarations, souvent en fonction du public présent. Il n?y résiste pas. Comme tous les confrères, on a donc renoncé, depuis plusieurs semaines, à détailler dans ses discours les innombrables ?je veux?, les ?je propose?, les ?il faut? : autour d?une centaine quand même à Charleville-Mézières, le 18 décembre, pour clamer : ?Je ne veux pas qu?on abandonne les Ardennes à leur sort !? Ah mais !

Il n?a probablement pas tort, notez. Le monde est complexe et plus personne ne croit à la magic bullet, comme disent les Américains, la balle qui règle tout pour toujours. Les problèmes économiques imposent aujourd?hui d?y aller par tirs successifs, quitte à changer d?angle, à redoubler. Mais cet exercice auquel se livre avec jubilation notre ?M. Mitraillette?, ne rend pas la vie facile aux commentateurs.

Qu?y a-t-il d?essentiel derrière la fumée des tirs ? Les plus importantes des mesures concernent le marché du travail. C?est par ce biais que Nicolas Sarkozy compte, à très court terme, débloquer le pays et accélérer la croissance. Un choix conforme à beaucoup d?analyses, au-delà des cercles libéraux.

Mais, une fois posée cette stratégie, la tactique est discutable. La défiscalisation des heures supplémentaires fait pousser des cris aux économistes : beaucoup trop cher (4,6 milliards d?euros, donc Bercy s?y opposera) et inutile : ?Il ne faut pas subventionner les insiders mais les chômeurs !?, déplore Patrick Artus, de Natixis.

Quoi d?autre ? L?augmentation de 50 % du budget de l?université et la promesse de porter la recherche-développement à 3 % du PIB. C?est une mesure cruciale, mais Ségolène Royal la proposera aussi.

L?autre volet de mesures concerne la fiscalité. La suppression des droits de succession, sous condition, peine à trouver des défenseurs. Au contraire, cet impôt est l?un des dispositifs les plus conformes à la justice sociale et, aussi, à la volonté de récompenser le travail dont Nicolas Sarkozy a fait sa ?valeur?. Le bouclier fiscal à 50 % du revenu des ménages trouve en revanche plus d?adeptes. C?est un biais pour tuer l?ISF, impôt tabou dont beaucoup estiment maintenant que son coût net dépasse trop largement son rapport symbolique.

Une foule des autres promesses du candidat de l?UMP portent beaucoup de questions : c?est le cas des déclarations fleurant le protectionnisme sur ?la préférence communautaire?, de celle sur la baisse de la TVA dans la restauration (ce canard est toujours vivant !), sur les droits opposables (hébergement, crèches...). C?est le cas aussi de la volonté de ne remplacer qu?un fonctionnaire sur deux partant à la retraite : ce ne serait le cas ni dans l?éducation, ni dans la police, ni à l?hôpital, alors où ?

Beaucoup de pétards pour rien ? Oui, parce que tout se réduit à peu, le programme législatif de l?UMP est curieusement beaucoup plus roboratif. Non, parce que le discours sur les vertus du travail est nécessaire. Mais l?ambiance reste à la dépense électoraliste, à l?économie de la demande. La perte de compétitivité de la France mérite une stratégie économique d?offre plus cohérente et plus ciblée que ne le croit ?M. Mitraillette?.

© Le Monde 2006 Distribué par
The New Times Syndicate

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