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Santé : Nos hôpitaux en mal de médecine high-tech
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Santé : Nos hôpitaux en mal de médecine high-tech
Rs 100 000. C?est ce que coûtent des équipements pour mesurer la pression intracrânienne des victimes de traumatisme crânien. Depuis plus d?un an, le ministère de la Santé hésite à débourser cet argent pour l?achat des cathéters et du moniteur de mesure. Résultat : 154 personnes, dont une majorité de jeunes, sont mortes l?année dernière suite à des traumatismes crâniens dûs à des accidents ou à des coups à la tête. ?Il faut qu?un ministre ou les parents d?un ministre ou du Premier ministre meurent bêtement en raison de l?absence des ICPM (Intra Cranial Pressure Monitoring). C?est à ce moment que les Rs 100 000 pour l?achat des équipements nécessaires seront trouvées. L?équipement est devenu très banal à l?étranger au point qu?il n?est plus considéré comme high-tech.?
L?explication de ce spécialiste en équipements médicaux high-tech qui a demandé à ne pas être nommé, pour des raisons évidentes, vient mettre le doigt sur un des paradoxes du système de santé publique à Maurice.
Un développement high-tech qui se fait dans certains secteurs seulement et dans des hôpitaux qui ne sont que des hangars, selon Renat Acturine. Hangars dont les cuisines sont infestées de rats selon le directeur de l?audit.
La situation n?a pas grandement changé. Rats et oiseaux infestent plusieurs salles de plusieurs hôpitaux alors que la poussière et la moisissure envahissent des salles d?opération et des salles de soins intensifs. ?Dans certaines salles de l?hôpital Victoria, vous ne pouvez pas laisser vos aliments sans surveillance sur votre table de chevet. Des oiseaux, moineaux et pigeons notamment, viennent picorer dans votre assiette avant de visiter celle de votre voisin. Bonjour la transmission des infections. Dans le département orthopédique, si vous ne faites pas attention le soir, vous risquez de vous faire mordre par des rats?, nous explique un spécialiste travaillant à l?hôpital Victoria.
En sus de l?environnement sale, l?entretien des équipements, pourtant pas high-tech, est devenu un casse-tête. C?est le cas actuellement avec certains appareils de dialyse qui sont en ce moment hors service et en attente de réparation. ?Dans certains cas, il a été noté que les agents qui ont fourni ces équipements doivent faire venir des techniciens de l?étranger pour la réparation. Le prix de la réparation sont alors si élevé qu?il est préférable d?acheter une autre machine?, indique un spécialiste.
Malgré les lacunes en ce qui concerne la politique d?entretien et de réparation de ses équipements, le ministère de la Santé veut acquérir des équipements high-tech. Ainsi, l?achat d?un autre appareil d?imagerie par résonance magnétique (IRM) est envisagé et sera installé à l?hôpital Victoria. Il sera du type ouvert, contrairement au premier que le gouvernement avait acheté et installé à l?hôpital du Nord et qui fait horreur aux claustrophobes.
Raj Jugernauth
Imagerie médicale par résonance magnétique à l?hôpital Victoria
La médecine a toujours eu besoin d?imagerie et la qualité des soins prodigués dépend aujourd?hui de la disponibilité d?une imagerie high-tech Tout a commencé par les rayons X pour détecter les fractures osseuses. L?échographie est ensuite arrivée pour des imageries d?un autre type. Elle utilise les ultrasons pour donner une image des organes et des foetus, notamment. Aujourd?hui, l?imagerie médicale s?est considérablement développée au point où des médecins estiment que le pays doit s?équiper d?un centre spécialisé en imagerie médicale.
La haute technologie de certains équipements donnent des images en trois dimensions (3D) qui permettent de détecter, de diagnostiquer ou d?opérer. Le scanner à 64 barrettes dont disposent aujourd?hui deux différentes cliniques privées sont en fait des équipements d?imagerie médicale de haute technologie. Ces scanners permettent de voir et de détecter des artères bouchées du coeur et du cerveau ou encore des ruptures d?artères ou des micro tumeurs au cerveau. Dans le passé, c?était uniquement des images obtenues à travers des méthodes invasives, en introduisant par exemple un cathéter et des produits contrastes dans le coeur ou au cerveau, qu?on arrivait à obtenir des images des artères bouchées à travers ce qu?on appelle une angiographie.
Toutefois, le scanner 64 barrettes ne vient pas remplacer l?angiographie. Il donne un première indication et tout résultat positif doit être confirmé par une angiographie.
Mais la précision et la netteté des images obtenues à travers des appareils à résonance magnétique restent jusqu?ici inégalées. Elle n?utilise pas les rayons X, mais les propriétés magnétiques du corps humain L?imagerie de résonance magnétique (IRM) permet d?obtenir des images anatomiques du corps avec une finesse inégalée, sans avoir recours à des radiations ionisantes ou à l?injection de traceurs radioactifs. L?examen par IRM est indolore et peut être répété sans danger. Des développements majeurs ont été notés dans ce secteur aussi. La spectrométrie de résonance magnétique (SRM) est une autre application du phénomène de résonance magnétique dans l?exploration du corps humain. La SRM qui connaît à présent un développement très rapide, analyse et visualise les réactions chimiques qui se produisent dans les tissus et les organes sans avoir à faire de prélèvements (biopsies). On obtient par SRM des images métaboliques du cerveau et de certains autres organes dont les anomalies éventuelles permettent de diagnostiquer de façon très précoce de nombreuses maladies et de quantifier l?effet des médicaments. Une autre application en plein développement concerne l?angiographie par résonance magnétique (ARM) qui permet la visualisation des vaisseaux. Enfin, le fonctionnement du cerveau lorsqu?il gère des tâches motrices ou sensorielles peut être suivi par les nouvelles techniques de l?IRM fonctionnelle qui sont basées sur les variations du débit et de l?oxygénation du sang dans le tissu cérébral. Des équipements qui seront demain d?utilisation courante à Maurice si le nécessaire est fiat pour que le pays devienne un ?medical hub?.
Questions au Dr Shiam Sungkur ex-directeur administratif au ministère de la Santé
● Vous avez toujours préconisé l?achat d?équipements modernes pour les hôpitaux, dont des appareils IRM pour chaque hôpital régional. Pourquoi ?
Il faut que le pays suive le développement dans ce secteur. On n?achète pas des équipements high-tech pour le prestige, mais parce qu?ils nous permettent d?économiser de l?argent en soignant à moindre frais et mieux. Il faut bien comprendre cela et agir en conséquence.
Prenez par exemple un appareil IRM. Vous savez combien de temps et d?argent il nous permet d?économiser. Je vous donne un simple exemple. Un cas de jaunisse. Il faut du temps pour le découvrir et des analyses. Or, un simple IRM donne des indications précises sur tout cas de jaunisse suspecté. Autre exemple. Aujourd?hui on pratique ce que les anglophones appellent le ?key hole surgery?. Plus besoin d?ouvrir le ventre d?un patient pour lui enlever son sac bilaire ou son appendice. Un petit trou de la taille d?un trou de serrure suffit. Et le patient retourne chez lui le même jour.
Pour ce type de chirurgie qui se développe de plus en plus, il vous faut des appareils pour des opérations laparoscopiques. On doit investir dans ces appareils et former le personnel nécessaire. On a commencé des ?key hole surgery ? dans nos hôpitaux et il faut continuer sur la lancée.
● Si vous aviez de l?argent, dans quels équipements auriez-vous investi en priorité ?
Dans des appareils IRM, qui coûtent la moitié du prix qu?ils coûtaient quand on en a importé pour l?hôpital du Nord. Il faut que chaque hôpital régional soit équipé d?un appareil IRM modèle ouvert et non fermé. L?IRM nous permettra d?aller très vite en termes de diagnostics précis et de réduire de temps d?hospitalisation. Il faut aussi que chaque hôpital régional ait son CT scan. Il nous faut aussi d?urgence un nouveau centre moderne pour la cancérologie et les équipements nécessaires.
● Et la neurochirurgie ?
Beaucoup reste à faire dans ce domaine qui demande aussi beaucoup d?attention. Il y a l?espace nécesaire pour ouvrir un bon centre à l?hôpital Victoria. Nous avons la compétence nécessaire, surtout avec l?arrivée d?un neurochirurgien mauricien qui a longtemps exercé en Afrique du Sud. Ce qui me fait dire que la personne nécessaire pour la médecine high-tech est aussi importante, sinon plus importante que les équipements. Il faut former, mais il faut aussi penser à remplacer les vieux équipements que nous avons. C?est aussi important, car un équipement médical, même celui de la haute technologie est censé durer une dizaine d?années seulement.
Propos receuillis par Raj JUGERNAUTH
Les équipements high-tech disponibles
Le développement de la cardiologie et la neurochirurgie ont commencé en même temps à Maurice dans les années 80. Le centre de cardiologie de Pamplemousses, qui est en mesure de réaliser des transplantations cardiaques, est aujourd?hui un joyau et vient de se doter d?un coeur artificiel. Le niveau des soins neurochirurgiques est resté presque stationnaire, principalement ?parce que ceux responsables de son développement étaient des incompétents intéressés principalement à se faire de l?argent en faisant opérer des malades à l?étranger?, nous indique-t-on dans les milieux concernés. Aujourd?hui, après des accidents cérébro-vasculaires, ceux qui ont de l?argent pour une évacuation sanitaire d?urgence arrivent à survivre. Ceux qui sont pauvres meurent. Une médecine à deux vitesses, à la différence que dans certains cas, le traitement doit se faire d?urgence à Maurice pour éviter une mort certaine. C?est dans ce contexte que le pays a besoin de certains équipements en urgence. En sus des équipements pour la surveillance de la pression intracrânienne, le pays a un urgent besoin d?appareils pour des radiographies du cerveau par le biais de la méthode invasive à l?aide d?un cathéter. Les équipements nécessaires coûtent environ Rs 25 millions. Le même équipement sera alors utilisé pour la technologie de l?embolisation des artères du cerveau afin d?éviter des ruptures qui causent des anévrismes. Cette méthode évite au chirurgien d?ouvrir la boîte cranienne pour mettre des ?clips? à la base de la bulle qui se forme sur l?artère en cas d?anévrisme. C?est la rupture de cette bulle qui cause l?hémorragie et la mort. Le pays aura aussi besoin d?équipements de neuronavigation pour des opérations du cerveau ou de la colonne vertébrale. ?Mais tout cela sera du domaine des rêves tant qu?on n?aura pas un personnel formé et qualifié pour l?utilisation de cet équipement, son entretien et sa réparation. Sans ces facteurs, il faut aussi oublier le concept de ?medical hub?à Maurice?, explique un technicien du ministère de la Santé. Le Dr Shyam Sungkur mise aussi sur la formation. Les équipements, vos pouvez les acheter n?importe quand, mais le personne pour utiliser ces équipements doit être formée et disponible.
Rs 100 000 pour sauver 154 vies
La surveillance de la pression intracrânienne de ceux qui ont subi des traumatismes crâniens, principalement les victimes des accidents de la route, des chutes ou des coups à la tête, est une question de vie ou de mort. En effet dans ces cas de blessure, mais aussi après une opération chirurgicale au cerveau, celui-ci à tendance à s?enfler. Souvent sous la pression d?une hémorragie. Comme la boîte crânienne est un espace limité, elle n?arrive pas à contenir le cerveau qui grossit. La pression intracrânienne monte. Le cerveau descend alors, fait une tentative de sortir de la boîte crânienne par l?ouverture disponible au niveau du haut de la nuque. C?est le coma suivi de la mort. à Maurice, c?est seulement quand le patient entre dans le coma que les médecins savent que la pression intracrânienne est montée et cherchent à intervenir. Il est alors trop tard. Pour éviter d?intervenir trop tard, l?ICPM (Intra Cranial Pressure Monitoring) permet de connaître en temps réel la pression intracrânienne. C?est un cathéter, qui coûte Rs 20 000 qui est placé dans le crâne. Il est relié à un équipement électronique (environ Rs 100 000) qui indique alors la pression à l?intérieur de la boîte crânienne. Les médecins interviennent du moment que la pression commence à monter et situent le problème grâce à un IRM.
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