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Samsø : une vraie île durable
Le gouvernement ambitionne de faire de Maurice une île «durable». Le milliardaire britannique, Richard Branson, pense que Maurice peut être le premier pays au monde à être «neutre en carbone». A l?heure où l?écart entre la rhétorique et la réalité s?agrandit plus que jamais, nos dirigeants feraient bien d?essayer d?imiter l?île danoise de Samsø, qui a réussi le pari remarquable de réduire son empreinte carbone de 140 % au cours des dix dernières années. Si tout projet national doit, naturellement, prendre en considération les spécificités mauriciennes, le succès de Samsø est un cas d?école des plus intéressants.
«Quand vous vivez à Samsø, une île au c?ur du Danemark, l?électricité qui traverse prises de courant ne vient ni d?énergies fossiles, ni des centrales nucléaires, ni d?aucune source conventionnelle. Elle vient du vent. Le réseau de 11 éoliennes de l?île crée assez d?électricité pour subvenir à l?intégralité de ses besoins. Les jours où le vent ne souffle pas, quand les éoliennes ne peuvent générer suffisamment d?électricité pour alimenter l?île, l?énergie afflue du réseau électrique principal du Danemark. En retour, les jours de vent, l?île exporte l?énergie éolienne vers le système national. L?île a une balance électrique positive, puisqu?elle exporte bien plus d?énergie vers le continent qu?elle n?en reçoit», peut on lire sur le site de son Académie de l?énergie, qui a ouvert ses portes en 2006.
De plus, nombre d?habitants de l?île produisent leur propre énergie grâce à des éoliennes et des panneaux solaires. Cette évolution est d?autant plus extraordinaire, quand on sait qu?il y?a moins d?une décennie, l?île puisait tous ses besoins en énergie de sources fossiles. Fait encourageant à noter, les dirigeants de Samsø affirment que cette réussite est à la portée du reste du monde. Mieux encore, ils sont prompts à partager leur expertise.
Cela tombe bien parce qu?à Maurice, on veut aussi mettre fin à notre addiction aux énergies fossiles. Lors du dernier budget, le ministre des Finances, Rama Sithanen, a exprimé le désir de «construire un avenir vert pour Maurice en adoptant des sources locales d?énergies renouvelables au dépens des énergies fossiles importées». Il a également dit vouloir doubler la part des renouvelables d?ici 10 ans. Si l?on se fie aux chiffres du Bureau central des statistiques, cette ambition semble plus chimérique que jamais, car les deux conditions sine qua non de l?autosuffisance énergétique, en l?occurrence l?utilisation des énergies renouvelables et une meilleure gestion de l?utilisation énergétique, sont loin d?être réunies.
<B>«Point de rencontre nouveau et unique»</B>
En 2006, la consommation énergétique du pays a augmenté de plus de 6 % comparé à 2005. Les énergies fossiles importées représentaient presque 82 % de la fourniture énergétique, comparé à seulement à 18.5 % pour les sources renouvelables locales, la bagasse se taillant la part du lion parmi celles-ci.
Durant la même période, la consommation de charbon importé a connu une hausse plus de 32 %. La mise sur pied d?un parc éolien à Bigarra ne contribuera pas non plus à infléchir cette tendance de manière significative. Pour cause, une fois en opération, il ne fournira que 3 % de nos besoins en électricité. D?autant plus que le gouvernement a récemment donné le vert pour la construction d?une centrale de charbon de 110 MW à Albion.
Si les foyers mauriciens ont réussi à baisser leur consommation électrique, les secteurs du transport et manufacturier restent particulièrement «énergivores». En 2006, ils représentaient 48.6 % et 31 %, respectivement, de la consommation énergétique du pays
De son propre aveu, même Samsø a du mal à réduire la dépendance du secteur du transport sur les énergies non-renouvelables. «Alors que les technologies basées sur les énergies renouvelables comme les éoliennes sont devenues de plus en plus fiables et acceptées, le secteur du transport continue de manquer de solutions durables solides.» Les habitants de l?île planchent toutefois sur le problème et les filières de l?hydrogène et de l?huile de colza semblent les plus prometteuses.
En plus d?être une attraction touristique de plus en plus populaire, l?Académie de l?énergie de Samsø offre «un point de rencontre nouveau et unique pour les entreprises, les institutions, les organisations de l?énergie, et les hommes politiques dans un environnement où les éoliennes, le chauffage à la paille, et les panneaux solaires génèrent une énergie durable juste de l?autre côté des fenêtres». Cette institution semble être le modèle idéal sur lequel on pourrait calquer notre Observatoire de l?énergie, qui visera, selon les dires du ministre des Finances, à « promouvoir les notions de maîtrise de l?énergie, du développement durable et du changement climatique ».
Pour des raisons évidentes, Maurice ne pourra imiter le succès de Samsø. La population est beaucoup plus importante que celle de l?île danoise et le pays ne dispose pas des même moyens financiers. De plus, une véritable volonté de transformer Maurice en île durable semble être absente. Malgré cela, l?exemple de Samsø devrait nous rappeler que le Saint-Graal de l?indépendance énergétique est à portée de main.
<B>Pour en savoir plus :</B>
http://www.energiakademiet.dk/
http://www.gov.mu/portal/goc/cso/report/natacc/energy06/energy.pdf
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