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Samantha, fille courage

12 mai 2007, 20:00

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Un tout petit sourire apparaît sur ses lèvres et vient donner un soupçon de couleur à son visage. Mais le c?ur n?y est guère.

Car il porte en lui tant de tourments. Samantha (prénom fictif), 20 ans, qui est responsable du foyer Africa Network for the Prevention and Protection of Child Abuse and Neglect (ANPPCAN) pour l?encadrement des jeunes filles placées dans les centres de réhabilitation à l?enfance ou à l?adolescence, a l?air préoccupée. Elle repense à cette enfance volée par les affres de la vie et tente de déchiffrer des bribes de souvenirs.

Habillée d?un haut bleu ciel et d?un pantalon noir, elle s?affale dans un fauteuil et commence à bafouiller quelques mots de sa petite voix. « Kan mo ti tipti, nou pa ti éna la caz. Ena fois nou ti pé dormi kot mo grand-mère, éna fois déhor osi », confie-t-elle.

À mesure qu?elle grandit, la situation se complique davantage. Le père alcoolique, la mère maltraitée et mentalement instable, font que la famille en sort éclatée. « Après mo mama ek papa fine séparés. Mo pa tro rappel ki fer mé ler là nou fine divisés », raconte-t-elle.

Les enfants se retrouvent ballottés entre une tante, une arrière-grand-mère, entre autres proches. Samantha sera, elle, confiée à sa mère, qui entre-temps, se met en concubinage avec un autre homme à Albion. Toutefois, elle sera complètement coupée de son frère et de ses s?urs.

De cette partie de son enfance, Samantha garde une profonde blessure, indicible, mais si palpable, avec des épreuves qu?elle n?ose pas révéler.

Alors qu?elle n?a que sept ans, Samantha est placée au centre de SOS Village, car sa mère ne peut plus s?occuper d?elle. C?est alors qu?elle retrouve, par hasard, son frère et ses s?urs. « Li ti bien difficile pou nou, kan nou ti là bas, nou ti bien triste. Séki ti pli difficile c?était quand gagne visite, nou tane lézot coz zotte fami. Nou, nou pa ti coné meme ki sa été la fami. Zis ene dé fois, nou papa vine guette nou. »

Elle gagne en confiance et en maturité

Après avoir intégré le centre, la jeune fille prend le chemin de l?école. Elle n?y avait jamais mis les pieds avant, faute de moyens. Mais l?adaptation ne se fait pas facilement : « Mo pa ti conne narnié, mo ti senti moi gêné parski ti éna ène banne lézot zenfants ki ti pli tipti ki moi. »

Elle doit donc se résoudre à mettre sa honte de côté pour se consacrer à l?apprentissage de la broderie et d?autres matières. Samantha passera dix ans dans le foyer. Une maman la prend en charge, ainsi que six autres enfants dans une des maisons du centre.

À l?âge de 18 ans, elle doit quitter le SOS Village. L?heure de la douloureuse séparation avec les siens sonne à nouveau. Une s?ur va chez la grand-mère, une autre est envoyée au Rehabilitation Youth Centre (RYC), tandis que le frère se marie et refait sa vie.

Samantha ne sait où aller. Cela lui fend le c?ur. C?est alors qu?elle apprend qu?un foyer spécialisé dans le recueillement et l?encadrement des filles ayant atteint leurs seize ans et précédemment placées dans les centres de réhabilitation, va ouvrir ses portes. Il s?agit de l?ANPPCAN, qui dispose de deux ans pour entreprendre la réhabilitation des filles, en les aidant à se reprendre en main, à se former, à gérer des budgets et à trouver du travail afin de se réinsérer.

En 2004, Samantha rejoint ce foyer et sera graduellement guérie de ses peurs. Après avoir commencé à travailler dans la restauration, elle se lance ensuite dans l?hôtellerie. La jeune fille, qui gagne en confiance et en maturité, s?occupera également de la réhabilitation de ses deux s?urs, dont l?une est toujours en centre.

Quant à son autre s?ur, Samantha a réussi à l?arracher aux griffes d?une famille qui la battait, la maltraitait et l?attachait même avec une chaîne pour chien !

Après deux ans passés à l?ANPPCAN, Samantha en est devenue la responsable. Elle siège également au conseil d?administration. « A coz séki mo fine vive, mo ti envi aide lézot. Un pé couma sa mama SOS là ti pé okip nou. Mone guette sa façon li fine aide nou là et mo fine décide pou saye souténir lézot ki dans meme sitiation ki mo ti été », soutient-elle.

Au quotidien, la jeune fille est au chevet des autres pensionnaires et à leur écoute. Elle anime des réunions avec les filles et essaye de les canaliser pour qu?elles échappent aux fléaux qui peuvent facilement les happer : « Beaucoup tifi ki sorti dépi banne centres là, tom dans prostitution, zot croire péna lot débouchés. Sé ène grand danger. Mais li fausse ! Si nou fer zéffort, nou capav sorti de nou problème. »

Elle garde espoir pour une vie meilleure

Samantha va bientôt poursuivre son travail de réhabilitation dans les autres centres de réhabilitation de l?île, même si ses soucis ne sont pas pour autant terminés ! En effet, après avoir économisé un peu d?argent, elle s?attelle maintenant à trouver une maison de la NHDC, car d?ici peu, sa s?ur, encore placée au RYC, en sortira. Samantha cherche désespérément un toit pour l?accueillir et pour la prendre en charge. « Sa pé fatigue mo la tête. Mo bizin trouve ène moyen au pli vite pou mo ti s?ur », indique-t-elle.

Bravant les obstacles, cette fille courage garde espoir. Pour une vie meilleure, une vie nouvelle, à laquelle elle peut aujourd?hui aspirer.

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