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Salon d?été, salon réussi

4 mars 2007, 00:00

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La Galerie d?art national (GAN) de Thivy Naiken organise jusqu?à mardi, son premier Salon d?été, à la nouvelle salle d?exposition sir Seewoosagur Ramgoolam, route Saint-Jean, Quatre-Bornes. Celle-ci, à l?étage d?un nouvel immeuble, est vaste pour ne pas dire immense. Froide même, avec son environnement bétonné et ces simples piliers, mais que vient rompre heureusement un quatuor de colonnes armées de bonnes intentions, misant sur l?asymétrie pour désorienter fructueusement le visiteur (le singulier s?impose ici).

Visiblement la décoration de l?espace d?accueil, de l?escalier, du labyrinthe d?entrée, a été confiée à un spécialiste de la décoration des cliniques et autres dispensaires. Côté hygiénique et sanitaire, rien à redire donc. Nous pouvons comprendre que cet aspect aseptisé ne relève pas des responsables de la salle d?exposition, ni de ceux de la GAN.

Encore ce singulier ! La salle SSR, à Quatre-Bornes, est appelée à relever un défi : quoi faire pour qu?un passant, ait envie de déserter, pour un quart d?heure ou davantage, la route Saint-Jean si passante et si attractive, commercialement parlant, pour aller admirer, à l?étage, une soixantaine d??uvres d?autant de nos peintres, sculpteurs et autres artistes ?

Réconcilier la rue et les Beaux-Arts

La ville de Beau-Bassin-Rose-Hill a renoncé, depuis belle lurette, à réconcilier la rue et les Beaux-Arts, en persistant dans son refus de transformer, en galerie d?Art, une maison de la Culture, inutilisée ou presque, sinon pour des rares assemblées de délégués mauves, alors qu?elle trône au milieu d?une de nos arcades commerciales les plus fréquentées.

Jadis, les habitués du marché nuwemborgien de Curepipe faisaient l?effort, en dépit du poids de leur tente bazar, sauf en période de disette légumière, comme aujourd?hui, d?aller admirer les chefs-d??uvre exposés dans les salons de son magnifique Hôtel de Ville. Cela ne peut plus se faire depuis que la ville dite Lumière surtaxe nos malheureux artistes à coups de milliers de roupies par journée d?exposition.

Port-Louis sait que le salon du maire affiche complet à chaque exposition et ne l?ouvre plus au public connaisseur de la capitale. D?où la question : Quatre-Bornes réussira-t-elle là où nos autres villes échouent, à savoir réconcilier la rue et les Beaux-Arts et faire en sorte que les piétons, si nombreux à hanter nos rues les plus passantes, hantent aussi nos cimaises ?

Place à présent aux chefs-d??uvre exposés au Salon d?été. Les paysagistes d?abord. Bien représentés en la personne des Charoux, de David, de Constantin, de Thomasse (plus pastel que d?habitude, mais tout autant agréable à admirer). Nuckcheddy est enfin à sa place aux côtés de Roger Charoux et d?Yves David. Bernard Charoux rejoint avec succès Thomasse dans le port.

On retrouve avec plaisir la chaîne montagneuse mokasienne d?Edmond Masson et surtout une clairière illuminée d?Anna Lam, adoptant un éclairage lumineux à la Gaëtan, non pas Lam, mais de Rosnay.

Beejadhur offre un style, proche de Debergh et de Jundoosing, loin d?être déplaisant. Rangeons dans cette série paysagiste la photo de Gilbert Pernet du baobab de Petite-Rivière sous un ciel bleu profond faisant plaisir à voir, en ces jours de bandes nuageuses accompagnées d?averses aussi fréquentes qu?abondantes.

Nous avons aussi quelques peintres figuratifs ou décoratifs, en ce sens qu?ils nous présentent davantage des paysages ou des natures mortes imaginaires ou recréés par eux que d?émotions ressenties devant un paysage qui vous estomaque et qui vous cloue au sol jusqu?à ce que vous ayez restitué, sur toile, le trop plein de vibrations artistiques ressenties en ce moment de grâce.

De La Peyre réussit une jolie silhouette de barque, de mâts, et de cordages. Nous l?aurions préféré sur mer d?huile qui convient davantage à ses aplats. Il y a aussi le monde féerique de Mila Gupta, fait de végétation irradiante. N?oublions pas l?oiseau du Paradis que le photographe Dubois tente de captiver, sinon de capturer.

Les figuratifs ou les symbolistes donnent, avec bonheur, une nouvelle vocation aux paysages et objets nourrissant leur inconscient. On y retrouve de vieilles connaissances comme le chazalien Hossanee, Chooramun ou Castel. L?Indienne de Nathalie Perichon-Moutia a un côté faire-part qui lui vaut nos chaleureuses félicitations.

D?autres optent, avec succès, pour les formes gracieuses d?une ou plusieurs silhouettes, féminines de préférence. Gunnoo entre dans la danse en privilégiant un rose plutôt acidulé. Poinen confond, avec bonheur, chute des corps et décor ambiant dans une même tonalité sanguine. Béatrice Julien enchevêtre harmonieusement des nudités, féminines comme il se doit. Jundoosing fait danser ses processions féminines.

La touche mystique, iconographique et même philosophique est présente dans les mains colorées de Seeruttun, le losange ensoleillé de Rampersad, l?escalier de Monohur, la voyante de Goonraj, le sacré-c?ur, mauve comme il se doit, de Gerval-Arouff, la symphonie priante et illuminante d?Amrita Dyalah.

L?élégance expressive des sculptures

Incitent à l?interprétation les peintures intérieures, imaginées ou inventées, telles la fragmentation d?Appadu, la société tourmentée d?Auckel, les spirales argentées de Dowlut, les réflexions horizontales de Hardy, la synergie d?Haukim, la Vénus naissante de Khodabaccus, les rêves émotifs de L?Onflé, les fragments de Luchoomun, la touche, non plus marine, mais japonaise de Marimootoo-Nutchoo.

Les surprises les plus agréables du Salon d?été peuvent être les natures mortes en forme de papiers découpés sur rectangles colorés de Lalit Kumar Gupta ou encore le futurisme argenté de Bucktowar. Il faudrait encore parler de l?élégance expressive des sculptures, très architecturale chez Kallooa, très manuelle chez Kistoo, très expressive chez Louise.

Le catalogue, accompagnant le Salon d?été, demeure une aubaine et un fructueux rappel même si le designer de service ne s?entend pas avec certains artistes pour présenter leurs ?uvres, même si la séparation de couleurs et l?impression avantagent les uns et desservent les autres.

La GAN compense par l?éphémère (moins le catalogue) ce qui lui échappe dans le permanent, musée de préférence. Nos Beaux-Arts se portent bien. La rue le sait-elle seulement ?

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