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Révolution de bon ton d?Eric Triton

21 septembre 2005, 20:00

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Il a bien dit qu?il ne fait pas de politique, non ? Sauf que perché sur son tabouret, Eric Triton a gagné tous nos suffrages. Des voix exprimées à mains levées. Celles d?une salle pleine d?anonymes, qui portée par le refrain de Linite, se donne volontiers la main.

C?était hier soir dans la petite salle du Centre de conférences Swam-Vivekananda, à Pailles. Premier des trois concerts d?Eric Triton, une série qui s?achève ce soir au même endroit.

Paumes moites d?émotion, doigts rêches de tension. Cordes cassées, guitare et voix ont soulevé un raz-de-marée. Répertoire chauffé au coaltar des expériences malaisées. Triton, c?est l?incompris qui savoure avec panache sa revanche. Hier, réduit à se réfugier Dan koin legliz pour s?exprimer, aujourd?hui, c?est dans une salle n?ayant encore jamais servi que ce Mauricien, qui a marché sur la lune du label Polydor Universal, étrenne son nouvel album.

Des cris et des égratignures

Non sans avoir extirpé ce blues en soi, plaie béante cognée aux bleus de l?existence. Cri géant qui nous happe par les tripes tant la justesse des textes égratigne le quotidien. Et s?ils pêchent par leur côté répétitif, leur mérite est d?être directs. Triton lui reste débonnaire. Joue de son humour décapant, de ses ricanements acides. Prend le temps de faire de la place à un Christophe Rey stressé en première partie, puis à Richard Beaugendre. Se paie la tête d?un parrain du concert en reprenant ironiquement son slogan. Avant de nous jeter l?impensable en pâture : Joël Toussaint, chargé des Relations publiques à Air Mauritius, un des sponsors, qui a enfilé son béret de saxophoniste, le temps d?une chanson.

Contraste de genre. Coup de pied, là où le patriotisme a mal, coups de c?ur pour Mauricien convaincu. Sur notre siège, nous ne tenons pas en place quand les refrains s?enflamment. Avant de nous enfoncer dans les fauteuils, anéantis par des vérités à peine recouvertes de vernis poétique.

Triton aime son pays?de loin. De cette France où ?parfois ça va, parfois ça va pas.?. Métropole où l?on se moque d?un ?Moris ki bien zoli pou pass vakans me pou le ress bizin reflesi?. Nous, on rit jaune, parce que la cherté de la vie y est si bien croquée.

Trois guitares pour armes

Triton, c?est une idée fixe. Un vocabulaire de la guerre transposé en musique. L?art vaincra?la révolution en musique?Ses armes : trois guitares, de la sèche à l?électrique. Une voix rocailleuse mais drapée de brume. Son bouclier : le quadricolore dont il s?est enveloppé sur scène.

Au plus fort du blues qui lui déchire les entrailles, il nous fait vibrer entre cordes et percussions. Pour sortir indemne de ces textes qui flirtent avec scat et phrases ciselées difficiles à prononcer , Frédéric Piot arrive à la rescousse. Le Réunionnais promène sans retenue ses mains entre cymbales, djembé et batterie. Escale dans le répertoire du métissage.

Si nous vous avons mis la musique à la bouche, prenez rendez-vous à 20 heures à Rs 350.

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