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Résonances malgaches : de la lutte à la libération
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Résonances malgaches : de la lutte à la libération
Tonga Soa. Bienvenue. Madagascar a le sens de l?hospitalité. C?est sans doute s?avancer, mais il semble qu?elle a une qualité spéciale pour nous.
Nombreux sont les Mauriciens qui confirmeront. Fouler le sol malgache, c?est un bouleversant mélange de sensations. À la fois du dépaysement, et un inexplicable sentiment de se sentir chez soi. Dans la rue, les gens nous ressemblent. Dans les taxis, les magasins et les bars, ils nous abordent spontanément. Ils nous adressent la parole en malgache. La ressemblance est telle qu?ils ont parfois l?air très étonnés d?apprendre notre appartenance mauricienne.
C?est, en filigrane l?un des aspects du 45ème anniversaire de l?indépendance de Madagascar, célébré hier. Le moment de se souvenir des liens de sang qui nous unissent avec la Grande Île. L?histoire retient d?ailleurs que ?47 % des esclaves à Maurice viendraient de Madagascar.?
Dans ce contexte, l?ambassade malgache et le centre Nelson Mandela, tient une exposition de gravures et de photos chocs à la galerie Max Boullé, à Rose-Hill. Elle s?intitule Les luttes du peuple malgache pour retrouver leur souveraineté.
Une série d?exactions. Des pendaisons assorties de coups de fouet et de tortures au fer chaud. Des visages souriants d?officiers de l?armée française, posant devant les corps de patriotes malgaches morts dans d?atroces souffrances. L?exposition reste ouverte jusqu?à demain.
À l?heure du vernissage, Bruno Ranarivelo, ambassadeur de Madagascar à Maurice, a affirmé que l?exposition a pour objectif de ?faire connaître au peuple frère l?histoire de Madagascar et les péripéties qui ont jalonné celle-ci jusqu?à l?indépendance, le 26 juin 1960.?
La collection présentée témoigne de la ténacité des organisations secrètes. Deux d?entre elles sont abondamment citées : le Mouvement démocratique pour la rénovation de Madagascar (MDRM) et Vy Vato Sakelika, qui signifie Fer, Pierre, Poignard, symbole des armes de fortune utilisées par les Malgaches contre l?occupant français. On y voit également des cases incendiées, et les vêtements criblés de balles d?un lieutenant malgache ayant servi dans l?armée française. Il fut exécuté pour collaboration avec le MDRM.
VERS L?INDÉPENDANCE
<B>Madagascar, une histoire de ténacité</B>
■ ?Le peuple malgache n?a jamais accepté les formes d?occupation?, a souligné Bruno Ranarivelo. S?appuyant sur les recherches du Frère Jacques Tronchon, professeur d?Histoire à l?université de Madagascar, l?ambassadeur malgache a rappelé les principales dates de la cause indépendantiste.
Au 19ème siècle, Madagascar est un royaume placé sous l?autorité de la couronne d?Antananarivo, un pouvoir reconnu par les grandes puissances de l?époque. En 1895, le pays est occupé par la France, au terme d?une campagne militaire de grande envergure. Le 30 septembre, la reine Ranavalona III est contrainte de signer un traité de protectorat avec la France. Quelques semaines plus tard, éclate l?insurrection des Menalamba, les ?toges rouges?, sévèrement réprimée par le général Galieni. Cela aboutit à la déposition de la reine, exilée à la Réunion, puis en Algérie, où elle meurt en 1917. En 1916, pendant la Première Guerre mondiale, le VVS, autre mouvement de libération s?organise clandestinement à partir d?Antananarivo.
Toute forme d?organisation politique étant alors interdite par les autorités d?occupation.
Ce mouvement est lui aussi réprimé. S?ensuit l?instauration d?un système colonial basé sur l?organisation de l?indigénat. Le peuple malgache est dépouillé de sa souveraineté et de ses biens, les meilleures terres étant attribuées aux colons. C?est la Deuxième Guerre mondiale qui ébranle ce système de domination. En 1942, sous prétexte d?une invasion japonaise imminente, la Grande Bretagne envahit Madagascar et dépose le gouvernement colonial resté fidèle au maréchal Pétain. Des accords sont signés à Londres avec le gouvernement de la France libre qui prend aussitôt le contrôle de Madagascar. Pendant cette période troublée, le mouvement de libération nationale s?organise à nouveau de manière clandestine à travers des sociétés secrètes.
À la Libération, le général de Gaulle appelle les populations d?outre-mer à élire des députés au sein de l?assemblée constituante française. Les sociétés secrètes déclenchent à nouveau le soulèvement populaire, le 29 mars 1947. Il sera à l?origine d?opérations militaires qui dureront près de deux ans et aboutiront à l?échec de l?insurrection. La revendication de l?indépendance aboutira au retour aux affaires du Général de Gaulle. Sa tournée des capitales africaines en août 1958 commencera par Antananarivo. Deux ans plus tard, l?indépendance malgache est proclamée, soit le 26 juin 1960.
CHRONIQUES LITTÉRAIRES
<B>L?affaire Marcel Cabon </B>
■ Le vernissage était assorti d?une conférence réunissant le Frère Jacques Tonchon, professeur d?Histoire à l?université de Madagascar et Jocelyn Chan Low. Celui-ci s?arrêtera longuement sur l?affaire Cabon. Sa mission ?consolider l?idée française à Madagascar?, et y développer une agence de presse. Selon l?historien, le journaliste et écrivain Marcel Cabon est ?un de ceux pour qui la France reste la première patrie. Se rendre à Madagascar, c?est réaliser le rêve de vivre en terre française et d?y devenir Français.?
Mais le Mauricien y sera ?quasiment expulsé.? Il est l?objet d?attaques des journalistes indépendantistes malgaches, qui craignent son influence. L??uvre de Marcel Cabon porte des traces de son voyage. Jocelyn Chan Low de citer ses chroniques littéraires. La première : Tana la belle qui ?a pour décor le palais de la reine, mais où il n?y a pas de Malgaches.? La deuxième est dédiée à un archéologue. Interprétation de l?historien : ?c?est la paranoia d?une société créole assiégée par les insurgés malgaches.?
Il a aussi évoqué le bilan de ?100 000 victimes malgaches de l?insurrection.? Jocelyn Chan Low a aussi cité les ?47 % d?esclaves à Maurice qui étaient d?origine malgache.? Un héritage que, selon lui, les descendants afro-malgache ne revendiquent pas. ?On voit apparaître un sentiment de culpabilité. Ils vont tenter de s?élever en se blanchissant et en acquérant la langue du colon.?
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