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Réconciliation autour de l?éducation

12 novembre 2006, 00:00

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La soumission cette semaine du rapport Empowering the Nation?s Children par le ministre de l?Éducation et des Ressources humaines, Dharam Gokhool, semble avoir été favorablement accueillie par presque tous les acteurs engagés dans ce secteur. « Je félicite chaudement le ministre ainsi que ses techniciens pour le travail abattu et je souhaite qu?il continue dans cette voie, pour le bien de nos enfants », a, pour sa part, déclaré l?ancien ministre de l?Éducation, Kadress Pillay.

Si l?ensemble des observateurs affiche sa satisfaction, d?aucuns s?interrogent sur ce changement radical de la philosophie du gouvernement. « Avec le A +, c?était la fuite en avant. Les deux éléments outranciers qui étaient la sélection et la compétition sauvage avaient été exacerbés avec l?introduction de la formule A +. Cela ne correspondait pas à une éducation démocratique », nous a déclaré Steven Obeegadoo.

Pourquoi ce changement radical ? À cela, Kadress Pillay et Steven Obeegadoo, estiment tous deux que le ministre ne pouvait ignorer ce qui se passe dans le secteur de l?éducation. « Il a compris que c?est l?intérêt général qui doit prévaloir. »

« Prendre en compte les réalités sociales »

Et Dharam Gokhool de souligner qu?il situe ce rapport dans le contexte de la réforme fondamentale, qui était déjà inscrite dans le programme gouvernemental. « Il nous fallait donner une nouvelle orientation et mettre l?accent sur une éducation de qualité et un standard accessible à tous. D?autre part, il fallait selon le ministre, prendre en compte les réalités sociales, économiques et l?environnement local et international. »

Toutefois, selon Kadress Pillay, la décision du gouvernement d?introduire le A +, se situe davantage dans le contexte de la campagne électorale. « J?ai l?impression qu?avant les élections générales, l?opposition d?alors était en butte à des pressions externes pour maintenir le statu quo. Il y avait la pression d?une certaine bourgeoisie d?État pour maintenir le système tel qu?il était. ça faisait leur affaire. Une autre bourgeoisie, celle du privé, n?en pensait pas moins. C?est une position de classe. Il fallait rassurer une certaine élite qui ne voulait pas perdre ce qu?elle estime, lui avoir permis d?accéder à une éducation de qualité », a fait ressortir Kadress Pillay.

Quant à Steven Obeegadoo, même s?il abonde dans le même sens, il estime que la manière dont cette question avait été évoquée, lors de la campagne électorale, contenait une forte charge émotionnelle pour certains. Il considère que la décision du gouvernement d?introduire la formule A+, avait été prise « à la va-vite ». « La contre- réforme du ministre de l?Éducation ne prenait pas en compte l?aspect pédagogique », estime Steven Obeegadoo.

Ainsi, pendant la campagne électorale, le gouvernement avait mis l?accent sur le maintien des Form I à Form vi schools.

Mais c?est au niveau des examens du CPE qu?il allait toutefois introduire le système A + comme moyen de favoriser son projet de World Class Education. Bref, favoriser une élite des écoles primaires.

Cette idée avait alors été décriée par les partis d?opposition et les pédagogues. Et le ministre de l?Éducation de réfuter ces arguments avant de laisser entendre qu?il envisageait des changements dans le cadre d?une plus grande réforme au niveau de l?éducation, d?où l?introduction du A +.

« Attendre pour voir »

C?est ainsi, qu?après les Assises sur l?éducation en novembre et décem-bre 2005, un débat national a été initié par son ministère. Un premier rapport lui avait alors été soumis fin 2005. En février 2006, Tamara George Cu, la Senior Consultant and Programme Coordinator à l?International Bureau of Education, une filiale de l?Unesco, a eu plusieurs sessions de travail avec les techniciens de son ministère. Le rapport avait alors été déblayé en vue d?ouvrir la voie à l?étude du Competency Based Curriculum.

Et au ministre de mettre l?accent sur le travail abattu sur la préparation du curriculum. Après avoir peaufiné tout ce travail, un document avait été soumis au cabinet, il y a trois semaines, et il a été entériné le jour même.

Certes, si effectivement les techniciens du ministère de l?Éducation ont mené une réflexion en profondeur, le ministre aura eu le mérite d?aller au-delà du grading si toutes les mesures contenues dans son document sont appliquées dans son intégralité. Dharam Gokhool est parfaitement conscient que la tâche ne sera pas facile. Il fera face à des contraintes financières et administratives.

C?est d?ailleurs, dans cette optique que deux comités ont été mis sur pied, notamment le National Curriculum Advisory Committee et le National Curriculum Committee. Ils se pencheront sur les modalités pratiques découlant de ce rapport. Ainsi, le calendrier sera établi selon Dharam Gokhool, et il s?attend, que d?ici décembre, les grandes lignes de ce programme seront connues. Réaliste, il s?est toutefois empressé d?ajouter que l?application des conclusions de ces comités pourrait s?étaler sur plusieurs années.

« Nous voulons avancer avec intelligence et en prenant toutes les précautions qui s?imposent. Ainsi, nous pourrons raccourcir sur une période de trois à quatre ans. Il est entendu que tous les techniciens et les conseillers et tous les partenaires de l?éducation doivent travailler de concert afin que ce projet arrive à bon port », nous a déclaré Dharam Gokhool.

C?est sur ce plan, d?ailleurs, que la députée Leela Devi Dookun, attend de connaître la politique du ministre en ce qu?il s?agit du time frame. « Je me suis insurgée contre un système qui menait nos enfants à l?abattoir. En fait, le ministre vient confirmer qu?il faisait le contraire de ce qu?il fallait faire. Je lui donne le bénéfice du doute, car il faut néanmoins saluer son courage. Mais, nous allons attendre pour connaître les mesures qu?il compte prendre pour la mise en pratique de la transition du primaire au secondaire », déclare-t-elle.

Entre-temps, des enfants auront à concourir encore quelques années avant qu?on ne mette un terme à ce qu?elle qualifie « d?injustice » à l?égard des enfants. Le ministre se penche effectivement sur le dossier de la transition et se veut rassurant. « Il y a tout un ensemble, qui englobe la formation des enseignants et nous nous sommes déjà penchés sur le contrôle continu qui débute d?ailleurs avec les enfants de la 1st, à partir de l?année prochaine. Un teachers driving licence sera par ailleurs introduit l?an prochain », a expliqué Dharam Gokhool

Si la classe politique entend encourager le ministre dans sa politique de réforme, comme définie dans le document, Strategy for Reform, certains hommes politiques restent prudents sur le soutien dont le ministre Gokhool pourrait bénéficier de sa famille politique.

Kadress Pillay, confie « attendre pour voir » jusqu?où ira la solidarité de ses collègues. « J?ai eu à faire face à des passéistes. Comme lui, mon projet avait été approuvé par le cabinet. Or, les Mauriciens connaissent la suite. Mon projet a été saboté par certains. Je souhaite de tout c?ur qu?il ne se retrouve pas dans la même situation. Ce serait un désastre pour le pays et ses enfants ».

Pour ceux qui suivent de près ce dossier, le ministre aurait rempli la première partie de son contrat, mais savait que le bon sens allait prévaloir. Il a attendu que la rafale passe et même s?il est conscient qu?il n?est qu?au début de la réforme, il sera, en quelques mois, passé de la colère engendrée par la formule A + à une réforme qui semble rallier des hommes politiques, les pédagogues et tous ceux engagés dans ce secteur.

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